‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 54 sur 153 · CHAPITRE II. - RAFFINEMENTS EXTÉRIEURS DE LA VIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. - RAFFINEMENTS EXTÉRIEURS DE LA VIE

adopter des modes étrangères, mais encore à supprimer souvent le luxe des habits en général ; Landi, par exemple, constate une révolution de ce genre dans les sentiments et dans les habitudes de la ville de Milan. Pourtant, comme il a soin de nous l'apprendre, la diversité continua de régner dans le costume; Naples se distingua, comme par le passé, par un luxe excessif; quant à la mode florentine, le chroniqueur la trouvait ridicule ».

Ce qui mérite particulièrement d'être remarqué, ce sont les efforts des femmes pour paraître tout autres que la nature ne les a faites. Depuis la chute de l'empire romain, on n'a travaillé dans aucun pays de l'Europe autant que dans l'Italie d'alors à modifier les formes du

1 Nous reproduisons ici le passage intéressant de ce petit écrit, qui est très-rare. (Le fait historique auquel l'auteur fait allusion, c'est la conquête de Milan par Antonio Leiva, général de Charles- Ouint, en 1522.) Olim splendidissime vesliebant Mediolanenses. Sed postquam Carolus Oœsar in eam urbem tetram et monstruosam Bestiam immisit, tta consumpti et exhausti sunt, ut vestimentorum splendorem omnium maxime oderint, et quemadmodum ante Ma durissima Antoniana tempora nihil aliud fere cogitabant quam de mutandis vestibus, nunc alia cogitant, ac menle versant. Non potuit tamen Ma Leviana rabies lanlum perdere, neque Ma in exhausta deprœdandi hbidine lantum expilare, quin a re familiari adhuc belle par ati fiant, alque ila vesliant quemadmodum decere exislimant. El certe nisi Ma Antonii Leviœ studia egregios quosdam imitatores invenisse.nl, meo quidtm judicio, nulli cédèrent. Neapolitani nimios exercent in vestitu sumplus. Genuensiiim vesiitum perelegantemjudico. neque sagati sunt neque logati. Ferme oblitus cram Venetorum. li logati omnes. Decet quidem Me habitua adulta œlaie hommes, juvencsvero (siquid egojudico) minime uluntur panno quem ipsi vulgo Venctum appellant, ila probe confecto , ut perpetuo dut-are exislimes, smpissima vero cas vestes geslanl nepotes, quas olim iritavi gestarunt. Noclu autem dum scorlanlur, ac polant, Hispanicis palliolis uluntur. Ferrarienses ac Mantuani nihil tant diligenter curant, quam ut pileos habeant aureis quibusdam fruslillis adornalos, alque nutanli capite incedunt seque quovis honore dignos exislimant, Lucenses, neque superbo, neque abjecto vestitu. Florent inorum kabitus mihi quidem ridiculus (on lit dans le texte imprimé : rediculus) videtur. Reliquos omitlo, ne nimius

<im< UgoliNUS VerinOS, t>e illuslralione urbis Florentiœ, dit de la

simplicité des anciens temps ;

Non externis advecta Britannis Lana «rat in pretio, non concha aut coccus in usu.

corps, le teint, la couleur et la disposition naturelle des cheveux >. On vise à réaliser par tous les moyens un idéal qu'on s'est forgé, et l'on se fait à cet égard les illusions les plus singulières, les plus manifestes. Nous ferons complètement abstraction du costume ordinaire, qui, au quatorzième siècle s, pèche par la bigarrure et par l'excès de richesse, mais qui plus tard devient plus élégant tout en restant riche, et nous nous bornerons à la toilette dans le sens le plus étroit du mot

Tout d'abord on porte, on quitte et l'on reprend de faux tours de cheveux, même en soie blanche ou jaune 3, jusqu'à ce que vienne un prédicateur de carême qui touche les cœurs trop portés aux vanités du monde; alors s'élève sur une place publique un élégant bûcher

' Comp. les passages correspondants de Falke : Modes et costumes allemands. Etude sur l'histoire de la culture en Allemagne, en deux parties, Leipzig, 1858.

a Sur les Florentines, comp. les principaux passages de Giov. VlLLANl, X, 10 et 152. [Ordonnances relatives à l'habillement et leur suppression; Matteo Villani, I, 4.) (Luxe incroyable à la suite de la peste.) Le grand édit de 1330, portant réglementation de la mode, ne permet entre autres, sur les habits des femmes, que des figures brochées, et défend celles qui sont simplement « peintes» (dipinto). Faut-il entendre par là l'impression sur étoffes? — il est probable que non; il est plutôt à supposer que les figures étaient peintes à la main, ce qui rendait les babils beaucoup plus chers; c'est là ce qui aura sans doute motivé l'interdiction de ce luxe tout particulier. L'impression sur étoffes aurait coûté meilleur marché que le brochage. Voir une longue énumération d'artifices de toilette employés par les femmes dans Boccace, De

cas vir. ill., lib. I, cap. XVIU, Inmulieres.

8 Les fausses nattes en cheveux s'appellent capelli morti. Les hommes aussi portent des perruques : témoin Giannozo Manetti. Vesp. Bist., Commentano, p. 103. (Il est possible qu'il ne faille pas entendre ainsi le passage de l'auteur, qui n'est pas tout à fait clair.) — Sur les fausses dents en ivoire que se fait mettre un prélat italien, mais dans le seul but de conserver la netteté de sa prononciation, voir Anshelm, Chronique de Berne, IV, p. 30 (1508). Déjà dans Boccace il est question de dents d'ivoire : Dentés casu sublatos reformare ebore fuscatos pigmentis gemmisque in albedinem revocare pristinam.

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