CHAPITRE II. — RAFFINEMENTS EXTÉRIEURS DE LA VIE
(talanw) sur lequel les fausses nattes 1 viennent s'entasser avec les luths, les jouets, les masques, les amulettes, les recueils de chansons et autres babioles ; la flamme, qui purifie tout, fait justice de tous ces monuments de la vanité féminine. La couleur idéale qu'on cherche à donner aux cheveux naturels aussi bien qu'aux cheveux postiches, c'est la couleur blonde. Comme le soleil avait la réputation de teindre en blond la chevelure*, il y avait des dames qui, par le beau temps, restaient toute la journée en plein soleil*; de plus, on employait des moyens artificiels, tels que des mordants et des mixtures, pour teindre les cheveux. Ajoutez à cela tout un arsenal d'eaux de senteur, de pâtes, de cosmétiques, de fards pour les différentes parties du visage, même pour les paupières et les dents, inventions bizarres dont nous n'avons plus aucune idée. Ni les sarcasmes des poètes *, ni la virulence des prédicateurs, ni la perspective de voir leur peau défraîchie avant l'âge ne pouvaient faire renoncer les femmes à la manie de changer leur teint naturel et même de modifier en partie les traits de leur visage. Il est possible que les fréquentes et somptueuses représen-
1 Infessura, dans ECCARD, Scriptores, II, COl. 1874. — Allegretto, dans Murât., XXHl, col. 823. — Puis les auteurs qui ont écrit sur Savonarole; voir plus bas.
s SANSOVINO, Venezia, fol. 152 : Capelli biondissimi per forza di sole.
— Comp. p. 78 et les écrits rares cités par Yriarte, Vie d'un patricien de Venise (1874), p. 56.
3 C'est ce qui arriva aussi en Allemagne. — Poésie satiriche, Milano, 1808, p. 119, dans la satire de Bern. Giambullari : Per prender moglie (p. 107-126). C'est un résumé de toute la chimie appliquée à la toilette, qui évidemment s'appuie encore beaucoup sur la superstition et sur la magie.
* Qui pourtant se donnaient toutes les peines du monde pour faire ressortir ce qu'il " avait de dégoûtant, de dangereux et de ridicule dans ce maquiilage. Comp. Ariosto, salira m, vs 202 ss.
— Aretino, II marescalco, atto II, scena v, et plusieurs passages des Ragionamenti. Puis Giambullari. — Phil. Beroald. sert. Carmina. — Voir aussi Filelfo dans ses Satires (Venise, 1502, IV, 2 f . 5 ss.).
tations de mystères, où figuraient des centaines d'acteurs fardés et parés à l'excès », aient contribué à répandre dans la vie journalière l'abus de ces ornements artificiels; il n'en est pas moins vrai que cet abus était général, et que les filles de la campagne s'évertuaient à imiter les dames de la ville *. On avait beau dire en chaire que ces artifices étaient des inventions des courtisanes , les femmes les plus honorables, celles qui de toute l'année ne touchaient pas une boîte de fard, étaient précisément celles qui se maquillaient les jours de fête, où elles se montraient en public ». — Que l'on considère cette habitude comme un symptôme de barbarie comparable à la manie qu'ont les sauvages de se tatouer, ou bien comme une conséquence du désir de conserver aux traits et au teint la beauté et la fraîcheur de la jeunesse, ce que sembleraient indiquer les soins multiples et minutieux qu'exigeait cette toilette de la figure, toujours est-il que les hommes n'épargnaient aux femmes ni les critiques ni les remontrances.
L'usage des parfums était également poussé à l'excès -, il s'étendait à tout ce qui entourait l'homme. A l'occasion de certaines fêtes, on allait jusqu'à parfumer des mulets* ;
1 CENNINO CENNiNi, Trattato dellapillura (publ. par Giuseppe Tambroni, Rome, 1521), donne au chap. clxi, p. 145 ss., une recette pour se peindre la figure ; il est évident qu'il a en vue des mystères ou des mascarades, car il recommande très-sérieu ornent de s'abstenir en général du fard et des eaux de toilette, dont l'usage, dit-il, est surtout originaire de la Toscane (p. 146 ss.).
s Comp. La Nencia di Barberino , str. 20 et 40. (Comp. SUT Ce poëme de Laurent de Médicis le passage cité plus haut, p. 88.) L'amant lui promet de lui rapporter de la ville du fard et du blanc de céruse dans un corn»;;':.
1 Agn. Pandolfini, Trattato del governo délia J'amiglia, p. 118, qui s'élève aussi très-énergiquement contre cet abus.
* Tristan. Caracciolo, dans Murât., XX», col. 87. — Bandeuo, parte II, nov. 47.