CHAPITRE PREMIER. — LA MORALITÉ. f
culier de circonstances qu'il faut savoir attendre. C'est avec un vrai plaisir que les nouvellistes décrivent parfois le travail souterrain qui doit amener l'heure de la réparation.
Il n'y a pas lieu de porter un jugement sur la moralité d'actions où la môme personne est à la fois juge et partie. Si ce caractère viudicatif des Italiens était susceptible d'être justifié, on ne pourrait le faire qu'en lui opposant une vertu nationale correspondante, savoir la reconnaissance; il faudrait que la même imagination qui ravive et grossit l'injure subie, rendit toujours préseut le souvenir du bienfait reçu *. Il ne sera jamais possible de prouver que cette sorte de contre-poids se rencontre chez le peuple tout entier; pourtant le caracière actuel du peuple italien ne laisse pas de présenter des traces de ce genre de compensation. Citons, pour les gens du commun, la vive reconnaissance qu'ils témoignent pour les bons traitements dont ils sont l'objet, et, pour les classes élevées, le bon souvenir qu'elles gardent des services rendus.
Ce rapport de l'imagination avec les qualités morales des Italiens se retrouve partout. Si l'Italien obéit en apparenee à un froid calcul, dans des cas où l'homme du Nord écoute plutôt la passion, cela tient à ce que son développement individuel est plus fréquent, plus précoce et plus fort. Quand ce fait se produit en dehors de l'Italie, on trouve aussi des résultats analogues : l'habitude de s'éloigner temporairement de la maison et de l'autorité paternelle, par exemple, est également propre à la jeunesse italienne et aux jeunes gens de l'Amérique
1 C'est ainsi que Cardanus (De propria vita, cap. xm) se représente comme exirêmement vindicatif, mais aussi comme verax,
memor bcneficioium, amans jusiiliœ.
du Nord. Plus tard s'établissent entre les enfants et les parents des rapports de tendresse et de respect tempérés par une certaine liberté.
En général, il est très-difficile de se prononcer sur la question des sentiments chez d'auires nation?. La sensibilité peut être très-développée chez un peuple, mais elie peut avoir des caractères si particuliers que l'étranger ne saura ni la reconnaître ni même 3a deviner. Peutêtre toutes les nations occidentales sont-elles également bien partagées sous ce rapport.
Mais c'est surtout dans les relations illicites entre les deux sexes que l'influence de l'imagination sur la moralité a été souveraine. On sait qu'en général le moyen âge aimait assez les amours faciles jusqu'au moment où la syphilis fit son apparition; nous n'avons pas d'ailleurs à faire ici la statistique comparée de la prostitution de tout genre telle qu'elle existait à cette époque. Mais ce qui parait être particulier à l'Italie de la Renaissance, c'est que le mariage et ses droits y sont foulés aux pieds plus impudemment qu'ailleurs. 11 n'est pas question des jeunes filles des classes élevées, qu'on isole soigneusement du monde; ce sont les femmes mariées seules qui recherchent les plaisirs de l'amour défendu.
Ce qui est digne de remarque, c'est que le nombre des mariages ne diminua pas pour cela, et que la famille ne fut pas, à beaucoup près, atteinte comme elle l'aurait été dans le. Nord sous l'empire de circonstances semblables. On voulait vivre entièrement selon son bon plaisir, sans renoncer le moins du monde à la famille, mê.nae quand il était à craindre qu'elle ne fût souillée par djes éléments étrangers. Aussi la race ne dégénéra-t-elle ni physiquement ni intellectuellement, car l'amoindrissement intellectuel apparent que l'on constate vers le milieu du seizième