‹ La civilisation en Italie au temps de la RenaissanceChapitre 97 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. — LA MORALITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — LA MORALITÉ

siècle est dû à certaines causes extérieures tant politiques que religieuses, causes qu'on peut déterminer exacte nient, même si l'on ne veut pas admettre que le cercle des phénomènes possibles de la Renaissance ait été parcouru à cette époque. Malgré leurs excès, les Italiens continuèrent de figurer au nombre des populations les plus saines, les plus fortes, les plus intelligentes de l'Europe1, et, grâce à l'épuration des mœurs, elles ont gardé ces avantages jusqu'à ce jour.

Si maintenant on examine de près la morale amoureuse de la Renaissance, on est frappé du singulier contraste que présentent les assertions des auteurs. A en juger d'après les nouvellistes et les poètes comiques, l'amour ne consisterait que dans la jouissance, et, pour y arriver, tous les moyens, tragiques ou comiques, seraient non-seulement permis, mais encore intéressants à mesure qu'ils seraient plus hardis et plus plaisants Si, par contre, on lit; les bons poètes lyriques et les auteurs de dialogues, on y trouve la plus noble spiritualisalion de la passion; ils vont même jusqu'à chercher l'expression la plus haute de l'amour dans l'idée antique de l'u nion primitive des âmes au «eiu de la Divinité. Ces deux manières de concevoir l'amour sont vraies à celte époque et peuvent se rencontrer dans un seul et même individu. C'est un fait positif que chez l'homme cultivé des temps modernes les sentiments existent à l'état latent, avec les différents degrés qu'ils comportent, et qu'il est capable de leur donner une expression raisonnée, et même artistique, suivant les circonstances. L'homme

1 Quand la domination espagnole fut bien assise, le pays commença à se dépeupler, si ce dépeuplement avait été la conséquence de la démoralisation, il se serait nécessairement produit plus lot.

moderne seul est, ainsi que l'homme de l'antiquité, un microcosme sous ce rapport, ce que l'homme du moyen âge n'était pas et ne pouvait pas être.

Ce qu'il faut remarquer tout d'abord dans les nouvelles, c'est la morale. Comme nous l'avons fait observer, il s'agit, dans la plupart de ces récits, de femmes mariées et, par conséquent, d'adultère.

L'idée que nous avons rappelée plus haut (p. 142 ss.), savoir que la femme était considérée comme l'égale de l'homme, est de la plus haute importance. La femme cultivée et développée sous le rapport individuel dispose d'elle-même avec une liberté bien plus grande que dans le Nord, et l'infidélité n'aboutit pas pour elle à une catastrophe dès qu'elle peut s'assurer contre les suites matérielles dosa faute. Le droit du mari à sa fidélité n'a pas cette base solide qu'elle doit, chez les hommes du Nord, à la poésie et à la passion qui se déploie à l'occasion de la recherche en mariage et des fiançailles. La fiancée n'a pas le temps de faire la connaissance de son époux futur; elle sort de la maison paternelle ou du couvent pour entrer brusquement dans le monde, mais à partir de ce moment sou individualité se développe avec une rapidité extraordinaire. C'est surtout pour cette raison que le droit du mari à la fidélité de sa femme est très-conditionnel; même celui qui le considère comme un jus quœsitum ne le rapporte qu'au faitt extérieur et non aux sentiments. La belle jeune femme <d'un vieillard, par exemple, repousse les cadeaux et les raiessages d'un jeune amant, avec la ferme intention de gairder son honneur (honestà). « Mais elle a vu pourlantt avec plaisir l'amour du jeune homme à cause de ses grandes qualités, et elle a reconnu qu'une femme pure et généreuse peut aimer un homme distingué sans forfvaire à l'hon-

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