Conf : Apologie des Séminaires anglais par Mgr Allan
forçats. Et à quel prix ? au prix d’un exil lointain, sous un climat meurtrier, sous un ciel de feu.
»y Mais les Jésuites n’y regardent pas de si près. Qu'importe l'exil à des hommes pour qui le monde entier est un lieu d’exil ? Qu'importe la perspective de la mort, à des hommes pour lesquels vivre, c’est se dévouer; et mourir, c’est aller à Dieu ?
» Ils acceptèrent donc avec allégresse ce rude et rebutant apostolat, et, forçats eux-mêmes, mais forçats volontaires du dévouement et du divin amour, ils allèrent porter les consolations de la foi et les joies du repentir à ces âmes flétries que le monde a rejetées loin de lui !
» Ils y allèrent, poursuivant leur pieux labeur avec une infatigable charité et un admirable succès, faisant fleurir et resplendir la vie au milieu de la dégradation et de la mort, transformant en saints beaucoup de ces infortunés, et se succédant avec un inépuisable dévouement, sur cette terre ardente qui dévore si rapidement ses hôtes.
» J'ai connu un de ces modestes et sublimes martyrs de la charité catholique : c'était le père Dabbadie. À Paris, il s’'occupait à évangéliser les pauvres et les soldats, et je me souviens encore avec attendrissement de l’aimable sérénité de son visage. Un jour, son supérieur lui dit: « Mon bon Père, vous partez demain pour Cayenne. — Mon révérend père, bien volontiers, » répondit-il en souriant !.
» Et le lendemain il partit joyeusement, sachant bien qu'il ne reviendrait pas. Pendant six ans il aida ses confrères à consoler, à convertir les pauvres forçats, et au bout de six ans, toujours joyeux, souriant à la mort comme à la souffrance et à la vie, ils’endormit dans la paix du Seigneur. Un autre vint et prit sa place, car un Jésuite meurt, mais les Jésuites ne meurent pas (*). }»
Dans les petites Républiques américaines, partout où là Franc-Maconnerie ne les expulse pas, les Jésuites déploient un zèle au dessus de tout éloge.
Voici ce que disait Garcia Moréno, président de la
1. Les Congrégations religieuses et le Peuple, pages 26 et suivantes.
République de lEquateur, ce génie vraiment puissant à qui Dieu donna la gloire du martyre :
« La civilisation de la croix a pénétré d’une manière admirable sur les rives du Napo, et les écoles dues au zèle des infatigables fils de la Compagnie de Jésus préparent pour ces contrées riches mais incultes, des jours de lumière et de prospérité (+).
Le 7?mes de New-Vork, journal ultra-protestant, rend un éclatant hommage au zèle et aux vertus des révérends pères de Smet et Hélias-d'Huddeghem, de la Compagnie de Jésus, qui ont passé leur vie à évangéliser les [Indiens de l'Amérique du Nord. La droiture et la loyauté des appréciations du journal protestant contrastent singulièrement avec les sauvages élucubrations de notre presse libérale, toujours pleine de calomnies contre les ordres religieux.
Voici l’article du Vew York Times. Nous l'empruntons à une excellente feuille catholique de l'Orégon, la Sextinelle catholique, publiée à Portland :
& Il y a plus de cinquante ans qu’une petite troupe de Jésuites missionnaires belges débarquèrent en Amérique dans le but avoué de consacrer leur vie à la conversion des Indiens de nos plaines et de leur apprendre à professer la religion du Christ. Placés sous la conduite du père de Smet, l’un des hommes les remarquables qu’ait possédés au dix-neuvième siècle l’ordre fameux connu sous le nom de Compagnie de Jésus, ils commencèrent leurs travaux apostoliques parmi les Indiens campés aux bords du Missouri, et s'étendirent graduellement à travers tout le Nord-Ouest, jusqu’en 1840 ; le père de Smet pénétra dans l’Orégon, où ses efforts furent couronnés des plus grands succès.
» Affranchie des tentations du monde, loin äes champs clos de la politique et à l’abri des suggestions de l’orgueil, la petite troupe de
1. Message présidentiel adressé le ro août 1873, aux Chambres législatives siégeant à Quito.
zélés ouvriers mena une vie remplie des plus héroïques sacrifices, et, grâce aux exemples d’une conduite pleine de dignité et de sainteté, les charitables missionnaires firent un bien incalculable parmi les tribus sauvages. Ils disparurent de ce monde l’un après l’autre, et furent inhumés dans d’humbles et ignorés tombeaux ; et voilà que l’avant dernier de cette pieuse troupe vient de quitter cette terre, plein d'années et de bonnes œuvres.
» Le père Hélias-d'Huddeghem, qui mourut récemment à Taos, au Missouri, fut le premier prêtre qui célébra la messe à l’ouest de Saint-Louis; durant trente-cinq ans, il évangélisa avec une ardeur infatigable les sauvages habitants des plaines qui s’étendent entre Saint-Louis et la ville de Kansas. Sa mémoire sera tendrement chère à tous les citoyens de cet État, quelles que soient leurs croyances religieuses, car il fut vraiment un homme de Dieu, et les cinquante années qu’il passa parmi nous furent remplies des actes du plus sublime héroïsme. »
… En Amérique, les missionnaires Jésuites ont encore des établissements au Brésil, dans la Guyane anglaise, aux Antilles, au Pérou, au Mexique, au Nouveau- Mexique, à la Jamaïque, dans les États de New- York, de Honduras, du Chili, du Paraguay, de l'Uruguay, du Colorado, de Nicaragua, du Texas, de Californie, de Missouri, de Maryland, du Canada, dans la République Argentine, la République de l’Équateur, à la Havane et aux Montagnes Rocheuses.
ET LES JÉSUITES. Er