III. — La peinture et la céramique
APOGÉE DE LA PEINTURE GRECQUE. — II faut répéter ici, au sujet de la peinture, ce qui a été dit précédemment : la disparition totale de ses œuvres ne nous permet d'en parler que sur la fol des auteurs anciens. Mais nous savons par eux que les grands peintres du iv^ siècle, Apelle et Protogène, ne furent pas seulement les dignes successeurs des Zeuxls, des Parrhaslos et des Polygnote ; ils les surpassèrent. Ce qu'on nous en dit met hors de doute, en effet, qu'ils ne continuèrent pas servilement, eux non plus, la tradition des maîtres dont ils héritaient. La réputation que se fit Apelle comme peintre de portraits atteste un goût nouveau de l'analyse psychologique, une finesse remarquable du coup d'œil, habile à saisir les traits propres d'une physionomie, à noter les indices extérieurs qui révèlent le caractère personnel. Et ce n'était pas seulement ce qu'il y avait de permanent dans l'individu qu'il découvrait ainsi. Il excellait à traduire les agitations de l'âme, émotions violentes ou troubles passagers. Les sentiments délicats, les nuances de la vie morale, ne lui échappaient pas davantage. Et, pour les exprimer, la précision de son pinceau était merveilleuse. Jamais sans doute la vie, dans son extrême variété, n'avait été encore imitée avec pareille perfection. Il était à peu près dans la peinture ce qu'étaient Phllémon et Ménandre dans la poésie. Ne soyons pas surpris qu'il ait partagé avec Lysippe la faveur d'Alexandre. Sa repu-
tation d'ailleurs semble avoir été presque égalée par celle de son contemporain Protogène ; il est impossible aujourd'hui de dire en quoi ils se distinguaient l'un de l'autre. Parmi les arts mineurs, celui des coroplastes et des peintres de vases mérite d'être particulièrement mentionné, comme complément du tableau que nous traçons ici à grands traits. Il n'en est aucun qui nous fasse mieux connaître les aspects familiers de la civilisation grecque de ce temps. C'est au IV® siècle, en effet, qu'appartiennent la plupart de ces jolies figurines de terre cuite qui, de nos jours, se sont répandues dans tous les musées, dans toutes les collections d'amateurs, et qui ont popularisé particulièrement le nom du petit bourg béotien de Tanagra. Tout le monde a vu quelques-unes de ces menues statuettes de jeunes filles ou de jeunes femmes, qui nous ont fait connaître tant de détails amusants et gracieux d'une coquetterie raffinée. C'est un plaisir pour les yeux que d'en savourer l'élégance, la gentillesse exquise, d'y étudier le naturel des attitudes, l'ajustement des draperies, d'y prendre sur le fait la vie familière dans son amusante variété, la promenade, la méditation plus ou moins sérieuse, les jeux de l'enfance ou de l'adolescence. Quant à la série des vases peints dont il a été question plus haut, elle se continue sans interruption et nous lui devons aussi des documents qu'on peut dire vivants, scènes de banquets, scènes de palestre, scènes d'intérieur, autant d'illustrations précises des mœurs qui ont été décrites ci-dessus. Dans la céramique athénienne, en particulier, l'art décoratif attemt en ce temps à une délicatesse de travail et à une distinction de style où se manifeste, aussi vivement que chez un Lysias ou un Ménandre, ce qui est le propre de l'atticisme.