‹ La civilisation helléniqueChapitre 15 sur 47 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

LE DÉCLIN DE LA CIVILISATION HELLÉNIQUE. — C'est à partir de la mort d Alexandre que commence, pour la civilisation hellénique, la longue période du déclin. Elle a duré huit siècles, si l'on en fixe le terme au temps où s'éteignit la dernière création importante de la pensée grecque, le Néoplatonisme. Déjà, il est vrai, avait commencé une autre civilisation, celle de Byzance, mélange d'hellénisme et de christianisme ; mais, dans l'histoire des choses humaines, toutes les séparations ont nécessairement quelque chose d'arbitraire. Ce terme de déclin n'a lui-même qu'une valeur toute relative. Il s'en faut de beaucoup, en effet, que ces huit siècles aient été stériles. C'est dans les œuvres de l'imagination et du sentiment que l'amoindrissement du génie grec se fait vraiment sentir. Nous en verrons les causes et nous nous expliquerons l'espèce d'engourdissement intellectuel qui fut mortel à la grande poésie. Mais le

milieu qu'elles créèrent ne se montra pas aussi défavorable à la recherche du vrai ni aux méditations sur la conduite de la vie. L'érudition, la science, la philosophie continuèrent à se développer ; et ce qu'elles ont produit alors ne peut être méconnu dans un aperçu d'ensemble de la civilisation hellénique. D'autant moins que c'est en somme le travail de ces époques d'affaissement relatif qui a transmis cette civilisation aux siècles suivants, après l'avoir dépouillée de ses caractères trop particuliers et mieux adaptée par conséquent aux besoins généraux de l'humanité.

LE MONDE GREC APRES LA MORT d'aLEXANDRE. — Lors-

qu'Alexandre le Grand mourut au terme de ses prodigieuses conquêtes, les peuples de l'Orient, soumis par lui, s ouvraient aux influences helléniques. En apprenant à parler grec, ils se rendaient aptes à s'imprégner des idées et des sentiments de la Grèce. Tout ce que le génie hellénique avait produit en fait de poésie, de science, de philosophie, d histoire et de créations artistiques devint ainsi le patrimoine commun de l'humanité civilisée. Mais, dans cette diffusion, ce patrimoine ne pouvait pas demeurer inaltéré. D une part les peuples qui en prirent possession laissèrent de côté ce qu'ils ne comprenaient pas, ce qui ne s appropriait pas à leur culture propre. D'autre part, ils y introduisirent des éléments nouveaux, les uns empruntés à leur passé, les autres en rapport avec les formations politiques et sociales qui surgissaient alors.

On sait comment les généraux macédoniens, après la mort du conquérant, entrèrent en lutte et au milieu de quels conflits sanglants ils se partagèrent son héritage. Rappelons seulement ici que des débris de son empire se formèrent un certain nombre de royaumes, entre les-

quels il faut mentionner particulièrement celui d'Egypte sous les Lagides, celui de Syrie sous les Séleucides, celui de Pergame sous les Attalides, celui de Macédoine sous les Antigonides. A côté de ces royaumes subsistèrent quelques cités grecques, plus ou moins indépendantes selon les temps et les circonstances, mais, au total, survivances de médiocre importance. Le fait caractéristique de cette époque, dite hellénistique, fut l'établissement et l'organisation de ces royautés.

LES MONARCHIES ABSOLUES. LEURS CARACTERES. — Toutes

étaient des monarchies militaires, fondées sur le pouvoir absolu d'un seul homme. Dans chacune d'elles domine une volonté souveraine. Plus de magistrats élus, mais un maître héréditaire, servi par ceux qu'il choisit lui-même ; et, par conséquent, plus de citoyens, mais des sujets. Dans la Grèce elle-même, on voit alors d'anciennes cités libres soumises à des tyrans locaux, clients des rois. Donc, plus de vie politique à proprement parler ; ce qui en subsiste çà et là par exception ne dépasse guère l'horizon municipal ; médiocres querelles intérieures à propos de petits intérêts. Quelques groupements, comme les ligues achéenne et étohenne, promptement réduites à se mettre sous le patronage des puissances prédominantes, n'apparaîtront guère que pour attester par le peu de durée de leur existence la mort définitive des républiques autonomes. Seules, les grandes monarchies ont vraiment une vie digne d'attention ; ce sont elles qui donnent à la civilisation de ce temps sa physionomie distincte.

Essentiellement militaires par leur origine et condamnées à le demeurer puisqu'elles étaient presque constamment en guerre les unes avec les autres, elles s'appuyaient sur

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