‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 1 sur 120 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

le 18 juin 1716‘, Montesquieu cherche à él blir que les Romains se servirent toujours

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CIILS INTRODUCTION

romains ne tinrent aucun compte des prescriptions liturgiques ou des menaces superstitieuses, et subordonnèrent leurs croyances ou leurs préjugés à l’intérêt public et au bien de la Patrie.

Les faits que Montesquieu rapporte sont géné-

ralement exacts !, et nous n’y contredirons pas. Mais on peut trouver dans l’histoire romaine

d’autres faits tout aussi exacts qui démontrent

la thèse contraire, à savoir : que très souvent, pour obéir à leurs croyances superstitieuses, les hommes d'État ou les généraux romains différèrent ou manquèrent d'engager des affaires ou de livrer des batailles. On peut admettre avec Suétone que César était peu accessible à la superstition, bien que le portrait de César, tracé par Plutarque, diffère sensiblement du portrait tracé par Suétone ; on peut encore admettre que

Cicéron et plusieurs de ses amis furent sceptiques

el ne crurent ni aux dieux ni à la divination;

mais, en général,les hommes d'Etat et les généraux romains restèrent fidèles aux croyances

1. Montesquieu se trompe sur un détail. Il attribue à Scipion

un acte qui appartient à César. César, étant tombé en sautant de son vaisseau sur le rivage d'Afrique, prit de la terre dans ses mains et s'écria: « Je te tiens, Afrique | » Par ces paroles, il rendit

heureux un présage qui paraissait funeste. — Voir Suétone, Vie de César, LIX.

CS OR AAA a a fe A GA SEE INTRODUCTION IX nationales et se montrèrent scrupuleux observateurs des prescriptions liturgiques. La plupart furent superstitieux en même temps que religieux ; quelques-uns restèrent superstitieux en cessant d’être religieux.

. Sur les douze Césars dont Suétone nous donne la vie, y en a-t-1il un seul vraiment dégagé de . la superstition ? Nous ne le crovons pas. Jules . César lui-même {qui ouvre la série des portraits . impériaux, bien que ses rêves de royauté n’aient pas abouti), Jules César avait des craintes ou des faiblesses puériles. Parce qu'un nommé Sci- . pion commandait en Afrique l’armée ennemie, et que le privilège des triomphes était inhérent à ce nom, il avait attaché à sa propre armée et - à sa personne un obscur descendant de la - famille Cornélia, homme des plus abjects : | parce que les Aruspices avaient promis l'empire . du monde au possesseur d’un cheval dont le . sabot fendu offrait l'apparence des doigts humains, il se rendit le maître de ce cheval et l'éleva avec le plus grand soin. Dans la suite, il lui érigea même une statue! devant le temple

% . AS fe ê __ 1. C'est Suétone lui-même qui donne ces détails, bien que | Suétone ait affirmé, quelques lignes plus haut, que César était le | moins superstitieux des hommes. — Voir aussi sur César le témoi-

… gnage de Cicéron : — De Divinatione, I, 52 ; I, 47.

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