CHAPITRE IV
l ui traversent notre vie, et s occupe-t- -il de nous, À tits ou ee Voilà encore une question que
nisme à résolue dans le sens le plus aiimabi. É ÆExaminons de près ce problème et comparons ce
qu’en ont dit le paganisme et le christianisme.
La Providence est une conséquence directe et nécessaire de la création. C'est par une défaillance de notre raison que nous séparons en Dieu lac-
F tion de créer et l’action de gouverner le monde. En . Dieu, les projets ne succèdent pas aux projets, les
volontés aux volontés, et, par un seul et mème acte, il à décidé et que le monde sortirait du
néant et que le monde macherait vers telle fin
déterminée.
Une autre remarque nous inspire la même con-
; lusion.
Avant de créer, Dieu a pesé la matière dans ses
puissantes mains, il en a compté les molécules, il . en a calculé les mouvements: il s'est rendu compte
de ce qu'elle était et de ce qu’elle pouvail; el ils lui a tracé d'avance, dans sa prescience incomparable, les chemins qu’elle devait suivre et les fins. qu'elle devait réaliser. De même pour les esprits, | Dieu, avant de les créer, s’est rendu compte de. leurs facultés et de leurs puissances : il a vu ce 1 qu'ils pouvaient faire et ce qu'ils feraient; et tout. en leur laissant une initiative conforme à leur libre. nature, tout en leur ouvrant un champ propor-. tonné à leur activité, il leur a tracé la route qu'ils. 4 suivraient librement, et leur a fixé le but où ils: | aboutiraient. Il serait insensé d'admettre que Dicu | a mis au monde des germes dont il ne soupçon | nait pas l'expansion ou vr forces dont il ne soup- | Connail pasle développement. Toutes les évolutions, 4 toutes les transformations, tous les progrès, Dieu les | à prévus, Dieu les a voulus et il en surveille l'accom- 4 plissement. Son intelligence et son cœur ont créé le É| monde, son intelligence et son cœur gouvernent le
monde.
Les plus grands des philosophes paiens admirent
le dogme de la Providence et l enselgnèrent à leurs 4 disciples, Socrate disait à Aristomède : « Il faut 4
croire que l'intelligence, qui réside dans l’uni-
« vers, dispose tout à son gré. Quoi! votre vue peut | |
s'étendre jusqu'à Re stades, et l'œil de M
Dieu ne pourra tout embrasser! Votre esprit », peut en même temps s'occuper des événements |
« d'Athènes, de l'Égypte, de la Sicile, et l'esprit de « Dieu ne pourra songer à tout en même temps! « Telle est Ja gran:'eur de l'Étre suprème qu'il voit « tout d'un seul regard, qu'il entend tout, qu'il est
En
« partout, qu'il porte en même temps tous ses “« soins sur toutes les parties de lunivers!. » Platon disait : «Les soins des dieux ne s'étendent « pas moins aux peliteschoses qu'aux plus grandes. « Les dieux étant éminents en tout genre de per- -« fection, sont chargés d’une manière très spéciale « du gouvernement de l'univers... Qu'on dise tant « qu'on voudra, que nos affaires sont petiles ou « grandes aux yeux des dieux; il est contre toute
« vraisemblance que nos maitres, très attentifs et « très parfaits, ne prennent pas soin de nous dans « toutes les circonstances... Ne faisons pas cette .« injure à Dieu de le mettre au-dessous des ouvriers « mortels. Les ouvriers mortels, à mesure qu'ils
« excellent dans leur art, s'appliquent davan- -« tage à finir et à perfectionner toutes les parties « de leurs ouvrages, soit grandes, soit pelites; -« dès lors, comment oserions-nous dire que Dieu,
En
-« qui est très sage, qui veut et peut prendre soin « de tout, néglige les petites choses, auxquelles il .« lui est plus aisé de pourvoir, et ne donne son « attention qu'aux grandes?.» Et Platon parle
1, Xénophon, Entretiens mémorables, Liv. EF, chap. 11. Platon Des /=Lois: iv: X:
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ainsi dans plusieurs endroits de ses ouvrages. Cicéron disait : « Que le citoyen Romain ait, « avant tout, la conviction que les dieux sont
« les maïîtres et les régulateurs de toutes choses;
« que tout ce qui se fait, se fait par leur puis- « sance, leur volonté, leur providence, qu'ils | « méritent bien du genre humain; qu’ils voient
« ce que nous sommes, nos actions, nos Cœurs;
« dans quel esprit et avec quelle dévotion chacun : « accomplit les pratiques religieuses; et qu'ils
« tiennent le compte de l'homme. pieux et de l’im-
« pie !.» Senèque, le philosophe, écrivit tout un : traité sur la Providence et parlant un langage
chrétien, enseigna aux Romains à honorer, à aimer Dieu, à l'appeler Père et à vouloir que sa” volonté füt faite ?.
Il est vrai que d’autres philosophes surgirent, niant ce que les premiers affirmaient. Les épicu- … riens et les stoïciens, qui prirent une si grande place dans la direction des consciences grecque et romaine, mirent en doute cette intervention de Dieu dans les choses de notre monde. Épicure ne fut pas athée ; mais il prétendait que les dieux jouissaient de leur immortalité dans une paix profonde, loin de tout rapport avec les hommes. Ils n'avaient pas participé à la production des êtres
1, Cicéron, Des Loris, Hiv, IT, 7.
2, Sénèque, Lettres, 47, T4, 107.
et ils ne s'inquiétaient pas de leur conservation. Zénon fit de Dieu un être matériel et nia par conséquent la Providence. Les stoïciens romains, modifiant sur ce point la doctrine de Zénon, admirent un dieu-esprit, mais ils diminuèrent grandement le domaine de ce dieu, en accordant une large part à la Fatalité.
En face de ces doctrines contradictoires, que pouvait faire la sociélé païenne? À qui devait-elle aller? Fallait-il croire Épicure ct Zénon,ou Platon et Socrate? Aucun de ces maîtres ne fut assez puissant pour entrainer l'opinion publique, etla société paienne, désemparée et aveuglée, alla en masse à de vaines superstitions. Avec la connivence des autorités politiques et religieuses, elle adopta les opinions les plus bizarres au sujet de l'intervention de Dieu dans les affaires humaines. Elle crut que les dieux manifestaient leurs volontés aux hommes par les entrailles des victimes, par le vol des oiseaux, par les caprices de la foudre, par la voix des oracles. Il y eut des Aruspices chargés d'inspecter les viscères d'animaux sacrifiés et de lire dans le foie ou le poumon ou les veines ou la langue de ces animaux, les arrèls de la divinité. Il y eut des fulgurateurs chargés d'interpréter les météores et de deviner lavenir par les éclipses de lune ou de soleil, par la marche des éclairs, par
la chute des étoiles filantes, par l'éclat d'un are-
en-ciel. [l y eut des augures chargés de surveiller le chant et le vol des oiseaux. Les aigles, les » vautours révélaient les secrets célestes par le mou- 1 vement de leurs ailes, tandis que les corbeaux, les corneilles, les hiboux les révélaient par leurs w cris. Le côté d'où la voix se faisait entendre était À loin d’être indifférent. Un corbeau criant à droite, une corneille criant à gauche étaient des | présages de mauvais augure. Selon que le vol. d’un oiseau était rapide ou lent, vers l’est ou vers \ l'ouest, il fallait ou remettre ou entreprendre une affaire. 1 À Rome, d’après la croyance populaire, les dieux { manifestaient leur volonté par un moyen plus | ridicule encore. Il y avait des poulets sacrés, qu'on 1 consultait à l’occasion des comices du peuple ou k à la veille d'une guerre. Un gardien, nommé pul- » larius, tenait ces pauvres bêtes enfermées dans une … cage et les laissait assez longtemps sans nourri- Ë ture. Si, le moment venu, les poulets se précipi- ë taient avidement sur le grain qu'on leur Jjetait. 4 et s'ils en laissaient tomber un peu de leur bec j par terre, cela constituait un signe favorable. Et on racontait des prodiges qui plaidaient en faveur à de cette superstition. Claudius fut battu et perdit … sa flotte pour avoir fait jeter à la mer les poulets. récalcitrants. Flaminius perdit la bataille de Trasimène et fut lui-même tué, pour n'avoir pas |
voulu différer d'engager la bataille, malgré l'avis du pullarius, et pour s'être moqué du rite sacré, en disant qu'il était bon d'agir quand les poulets avaient faim, et de se reposer quand les poulets étaient rassasiés.
Puis enfin, il y avait les oracles : manifestations plus directes et plus éclatantes de la volonté divine: l'oracle de Jupiter Ammon en Lybie, l’oracle de Dodone en Épire, l'oracle de Didyme près de Milet, celui de Claros près de Colophon et surtout l’oracle de Delphes. Ce dernier joua un rôle considérable dans l’histoire du paganisme et prolongea son influence pendant de longs siècles, puisque Plutarque nous raconte que, de son temps, c’est-àdire sous les règnes d’Adrien et d’Antonin, la pythie delphique était encore en grand honneur. Cet oracle s’occupait des petites affaires privées, comme des grandes affaires publiques. On le consultait pour les intérêts religieux, pour les démèlés internationaux, pour la fondation des colonies nouvelles, pour les déclarations de guerre, pour les emprunts d'État; on le consultait également pour les intérêts individuels et domestiques, pour les mariages à conclure, pour les héritages à revendiquer, pour le succès de la construction d’une maison, pour le défrichement d’une pièce de terre, pour l'achat d’un esclave, etc.
Malheureusement un sage comme Socrate van-
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sde | ;
tait l'oracle de Delphes,, et un philosophe comme | Platon conseillait d'aller l’'interroger?.
Avec le christianisme, ces misérables supersti- : tions s’évanouirent. On crut encore à une Providence, mais pas à une Providence exerçant son intervention par les entrailles des victimes ou le vol des oiseaux, ou les caprices de la foudre ou les divers oracles. On crut à une Providence, et la Raison est d'accord sur ce point avec l'Evangile.
L'ordre règne partout. Sur toute l’échelle de la création, le spectacle est magnifique et révèle la présence d’un Dieu. Newton, qui se connaissait en astronomie, nous dit : « L'ordonnance admirable- « ment belle du soleil, des planètes et des comètes, « ne peut être expliquée que par le dessein et « l'empire d'un être intelligent et puissant. N'en « doutez pas. Il est absurde de supposer que la « nécessité préside à l'univers, car une nécessité « aveugle étant partout la même, en tout temps, «en tout lieu, la variété des choses ne saurait « provenir d'une telle cause, et par conséquent, « l'univers, avec l’ordre de ses parties, appropriées « à la variété des temps et des lieux, n’a pu tirer «son origine que d'un Être primitif, ayant des « idées et une volonté!. » Linné, qui se connaissait