W XI INTRODUCTION
le jour où l’on aurait enlevé une dent à Néron ; et il fut convaincu de la vérité de ce présage, quand un matin, entrant dans l'antichambre de Néron, le médecin lui montra une dent qu'il venait d'arracher à l’empereur. De plus, il se croyait thaumaturge et prétendait avoir guéri un aveugle et un boiteux. Titus multipliait les sacrifices pour se concilier la faveur des dieux. Il s’attristait fort quand la victime essayait de
s'enfuir, ou quand la foudre grondait. Il recou-
rait fréquemment aux horoscopes. Domitien, enfin, s’inquiétait beaucoup des prophéties d'un astrologue, nommé Asclétarion.
Appuvé sur tous ces faits, nous ne croyons pas que la thèse soutenue par Montesquieu,
prise dans son sens rigoureux, puisse être
acceptée, et qu'en général les hommes d'Etat romains se soient facilement soustraits aux exi-
4 gences superstitieuses de leur culte !. Cependant
il ya, à notre avis, une part de vérité dans l’as- sertion de Montesquieu; et cette part de vérité, c'est que les Romains furent des gens éminem-
1. Montesquieu dit que les Romains assujettissaient la religion à l'État: c'estle contraire qui est vrai ; il est impossible de lire quelques pages de Tite-Live, sans en être convaincu, dit Fustel de Coulanges, Cilé antique, livre HI, chap. vu.