In viam excellentiæ
naturel de notre esprit, nous concevons el nous rèvons la beauté sans tache, la lumière sans déclin, la sagesse sans bornes, la puissance sans limites, l'amour sans fin, la vertu sans défaillance, la vérité sans ombre. Puis, par un dernier el sublime effort de nolre esprit, groupant ces différentes conceptions en une seule, amassant toutes ces grandeurs en un seul el mêm e Etre, nous faisons surgir Dieu, Celui qui est vrai, Gelui qui est beau, Celui qui est saint, ou plutôt tout simplement Celui qui Est! Alors l'idée de Pinfini s est | levé fe sur notre âme, et, dès ce moment, il faudra des riens pour faire revivre cette idée en nous. Un ciel étoilé, un rayon de soleil, &ne fleur parfumée suffiront pour qu'immédiatement Dieu se dresse devant nous et s'impose à notre pensée. Enfin nous rencontrons Dieu, sur le chemim | Le la négation!, e est-à- dire au sein des imperfec- | tions de notre monde. Oui, les misères des choses Roréées; oui, les laideurs de la terre nous font monter à Dieu. Nos biens terrestres, toujours limités par l'espace et le temps, nos beautés d'icibas, toujours souillées par quelques taches, nous
font songer malgré nous à ce qui est parfait et à ce ee
qui ne passe pas. Quand nous voyons les tempêtes voiler-de noir l'azur du ciel, les moissons dorées
À. {n viam negalionis. Noir Catena aurea. Commentaire sur el 4 .
l'Épilre aux Romains, chap. 1
LES LOIS RELIGIEUSES ravagées par la grêle, les arbres déracinés par le . vent, les fleurs noyées dans la boue; quand nous. voyons les fleuves déborder de rage, la mer hurler de fureur, les désordres de tout genre tout bousculer et tout briser; quand nous voyons les nations se débattre dans l'anarchie ou la guerre, les crimes se multiplier, les blasphèmes, les vols, les débauches, les homicides, les violences bouleverser un peuple; quand, en nous-même, les espérances faiblissent, les générosités s'émoussent, les défaillances surviennent, les malheurs se succèdent; il y a tout à coup dans notre âme une protestation qui se fait. Nous nous indignons contre les horreurs des réalités terrestres; nous éprouvons pour elles un superbe mépris: et nos instincts, nos désirs, entr’ouvrant devant nous un monde meilleur, nous font voir dans cet autre monde un Être sans imperfections et sans limites. C’est encore l’Infini, c’est encore Dieu qui se présente à nous.
Ainsi, à chaque instant et sur tous les chemins nous rencontrons la Divinité. Au milieu des phé-. nomènes et des événements terrestres, au-dessus des beautés et des biens créés, par-dela Les ombres el les ténèbres de notre monde, nous voyons se dresser le spectre de l’Infini et nous avons des apparitions de Dieu. Il se montre à nous et il nous parle. Que faire? Quand nous rencontrons
la Divinité, quel est notre premier devoir? C’est de l’adorer. Re Adorer, c'est reconnaître la grandeur et la suzeraineté de Dieu. Dieu est grand: seul, il est grand. Il a des grandeurs connues et des grandeurs que nous ne connaissons pas. Il est grand en Lui-même, il est grand par rapport à nous. Habitués au spectacle du monde mobile, quand nous rencontrons l'Étre immuable, infini, éternel, unique, l'Étre des êtres, la Cause des causes, que faire, sinon adorer? Habitués aux défaillances, voyant lant d'abaissement, tant de làchetés, tant de chutes en nous et autour de nous, palpant de . nos mains toutesles plaies quirongent l'humanité, . soulevant de nos pieds toutes les poussières où se . traînent les haillons humains, quand nous rencontrons Celui qui est la lumière, l'intelligence, . la vérité, la sagesse, l'amour, la bonté, la sain- - teté, que faire, sinon adorer?
__ Dieu est grand en lui-même, il est grand par
- rapport à nous. Nous sommes à son égard dans la dépendance la plus complète, et il exerce sur
. nous une souveraineté incomparable. Non seule-
. ment ce qui nous entoure et ce qui concourt à notre vie morale, intellectuelle ou matérielle, - mais encore notre être lui-même, la matière dont . notre corps est pétri, l'âme qui nous anime, le “- dernier des atomes que nous possédons, la plus
petite lueur d'intelligence dont nous jouissons, tout cela vient de Dieu et vient absolument de Lui. Je dis absolument; car ce n'est pas à l’aide d’une matière préexistante que Dieu nous à formés. Il nous à fait sortir du néant. Aussi il est notre maître souverain; il est le roi des rois, le dominateur des dominateurs. Les titres de sa souveraineté sont exceptionnellement indiscutables, et l'empire qu'il exerce est absolu. Principe, milieu, et fin de tout, il a éternellement sous sa main les mondes qu'il a lancés sur les innombrables chemins de leurs destinées; et, par une attraction irrésistible, il les dirige et les ramène vers lui. Y a-l-il un Maitre avant un empire aussi élendu que son empire, une domination aussi antique que sa domination, une autorité aussi incontestable que son autorité, un pouvoir aussi obéi que son pouvoir? Y a-{-1l une majesté comparable à cette haute majesté? Le monde et humanité lui appartiennent par droit de création; il gouverne le moude, il gouverne l'humanité, avec sagesse, car il est intelligence ; avec force, car il est loute-puissanec ; avec bonté, car il est amour. Il est magnanime dans ses pardons, il est terrible dans ses Justices. Il brise les sceptres comme des roseaux; il fait sauter les couronnes, comme un enfant fait sauter un cerceau ; Il écrase les royaumes comme on écrase un
: LOI DE L ADORATION 125 grain de blé, et parfois il secoue la terre entière comme un jouet. Les rois tremblent, les peuples s'agitent, l'humanité éperdue se demande quelle est l'ombre qui à plané sur elle, quel est le pied qui s’est appuyé sur notre sol. C'est Dieu qui À passe! Adorez-le.
Il faut adorer Dieu à cause de ses grandeurs È connues, il faut l'adorer à cause de ses grandeurs . inconnues. Ce que nous connaissons de Dieu à côté - de ce que nous ne connaissons pas est comme une 5 goutte d'eau à côté de l'océan. IT est tout ce que À nous pouvons penser de grand, dit Bossuet, il n'est rien de ce que nous pouvons penser de plus | grand, parce que sa perfection est si éminente que . nos pensées n'y peuvent atteindre, et que nous ue pouvons pas même dignement comprendre jusqu'à quel point il est incompréhensible. C’est un . abime que nous ne pouvons pas sonder. Nous
nous perdons à ses yeux, nous supprimons devant lui toutes nos pensées, nous nous contentons d'ad- mirer de loin une si haute majesté, et nous nous . laissons pour ainsi dire engloutir par la grandeur . de sa gloire. Dieu est à la fois connu et inconnu. Expliquons pourquoi. Si nous connaissons Dieu. c'est par les créatures qui le reflètent. Ainsi, en . voyant l’immensité des mondes, nous nous faisons . une idée de l'immensité divine; en voyant la À longue durée des globes célestes, nous nous faisons
une idée de l’éternelle durée de Dieu ; en voyant :
les facultés magnifiques de l'âme humaine, nous » nous faisons une idée des attributs intellectuels » et moraux de la Divinité. Mais Dieu, étant la cause parfaite et infinie de l'univers, les créatures ne |
le représentent qu'incomplètement. Tout en se reproduisant, Dieu retient en lui-même quelque
chose que nulle chose finie ne peut absolument
représenter, ni par conséquent nous permettre de comprendre absolument. Il reste donc en Dieu, malgré le monde et l’homme, quelque chose d'inconnu, d'impénétrable, d'incompréhensible. Pardelà les incommensurables espaces de l'univers, et sous toutes les profondeurs de l'âme humaine. Dieu nous échappe dans cette infinitude impénétrable. Aussi il produit en nous, dans l'imagination et dans l’âme, cetle émotion mélancolique excitée par le sublime !. Il est lumineux et obscur, éclatant et mystérieux, abîime et sommité, montagne et gouffre, nous éblouissant par son éclat, nous troublant par ses obscurités, nous séduisant par ses beautés, nous effrayant par ses grandeurs; et quand nous le regardons, la vertige nous prend. Que faire, sinon adorer ?
L'adoration ainsi comprise est un acte de haute raison. C’es! l'intelligence affirmant l'existence et