‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 55 sur 120 · T'AS · texte numérisé non relu

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Or que voyons-nous? Phénomène étrange, mais indéniable : nos forces matérielles ne sont pas au niveau de nos besoins matériels.

Pour avoir notre pain quotidien, nous ensemen- çons nos champs, nous arrosons de nos sueurs 3 les sillons que la charrue a ouverts devant nous,

et nous attendons que la moisson arrive. Mais arrivera- -t-elle? Le soleil, le vent ou la pluie ne ï manqueront- -ils pas à nos espérances? Ce n’est pas

nous qui faisons courir dans le firmament les | nuages chargés de pluie. ce n'est pas nous qui les faisons éclater en rosée bicenfaisante sur le sol De b desséché, ce n'est ne nous qui faisons pénétrer Les gouttes d'eau jusqu’au grain ensemencé pour le À forcer à à briser son enveloppe et à sortir de terre ; ce n’est pas nous qui faisons luire les rayons de 4 lumière sur les tiges encore vertes; et, pour que DE | Je grain arrive à maturité, le sole Si le vent et la pluie doivent être nos DHDURE® Le seront-ils? Et, s’ils le sont, est-ce qu'au dernier moment une tempête i imprévue n'emportera pas tout? Le laboureur était déjà sur le seuil de la porte; il allait : Joyeux, armé de ses instruments de travail, | recueillir la moisson superbe que le ciel lui donun ouragan, passe... et rien ne reste CUS Du de blé, et le laboureur n'aura point son pain quotidien.

à Nous sommes entourés d’ennemis, et ces enne-

mis sont plus forts que nous. La chaleur, le froid, les tempôtes, les beaux temps, le feu, l'air, l’eau, : la terre, le ciel conspirent contre notre santé. Les poisons se cachent dans l'atmosphère ou dans la limpidité des sources ou dans le calice des fleurs. Les roses ont des épines, les forêts ont des hôtes dangereux, les déserts ont des bêtes féroces, Les montagnes ont des torrents et des précipices, les mers ont des ouragans; qui nous en préservera ? Des maladies en nombre incalculable, plus dévastatrices, plus douloureuses, plus horribles les unes que Îles autres guettent notre corps et jalousent notre santé. À une heure marquée, elles s’abattent sur nous, el nous avons grand’peine à nous dégaser de leurs étreintes. Nous usons d’une multitude de remèdes, nous appelons la science à notre secours, nous fatiguons l'esprit des plus illustres praticiens. Vainement! Le mal défie la science. Il se glisse par des sentiers inconnus, le long des nerfs et des muscles, sous le réseau de la chair, dans le torrent des humeurs et du sang, à travers la moelle des os; il se glisse jusqu'aux sources de notre vie, sans que les médecins puissent arrêter sa marche invisible ni même deviner son chemin. Et si nous échappons par hasard aux longues maladies, d’autres maux plus foudroyants nous attendent. Un rien suffit pour nous tuer, un grain de sable, une goutte de sang... et c'en est fait.

sal " À qu id

- vantions de dompter la matière, de discipliner les

forces aveugles de la nature, et nous sommes à chaque instant vaincus par elles. Nous ne sommes

pas obéis, notre autorité est méconnue, nos ordres sont dédaignés, notre voix est impuissante, et

- finalement nous sommes écrasés. Nos forces ma-

térielles ne sont pas au niveau de nos besoins matériels.

Le même phénomène se reproduit dans l’ordre intellectuel.

Nous avons à connaitre la vérité, et surtout

. nous avons à connaitre certaines vérilés primor-

diales sans lesquelles il nous est impossible de

. bien gouverner notre vie. Nous avons à redresser

les faux témoignages de nos sens, à réduire les

. lueurs mensongères de notre imagination, à nous

dégager des préjugés et des illusions, des igno-

rances et des erreurs qui forment souvent l’atmos-

phère intellectuelle du pays ou du siècle dans

lequel nous vivons. Enfin, si nous voulions ré- pondre pleinement à notre haute vocation, nous

avons à conquérir l'univers intellectuel, à parcourir tout le royaume des sciences : tels sont les besoins de notre espril.

Or, que voyons-nous? Le phénomène est aussi frappant pour l’ordre intellectuel que pour l’ordre

matériel, nos forces ne nous suffisent pas. Nous

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