‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 7 sur 120 · LIVRE PREMIER LA NOTION DE DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER LA NOTION DE DIEU

4 © CHAPITREI

Y a-til un Dieu au-dessus de nos têtes?

Qu'est-ce que ce Dieu? Qu'est-il en lui-même? Qu'est-il par rapport à nous? Tels sont les problèmes qui servent de base à toute religion. : Q uelles solutions les paiens donnèrent-ils à ces

- problèmes et comment Jésus- Christ les at

La question de l'existence de Dieu s'impose t d’abord à la curiosité de notre esprit. Eblouis

mière. Nous nous demandons également si les

grandes idées qui hantent notre intelligence, si les axiomes sur lesquels s'appuient nos connaissances, si les lois qui dirigent notre volonté libre n’ont point leur source première dans une Raison éternelle et une Volonté parfaite. N'y a-t-il point quelque part une Réalité suprême, une Vérité suprême, un Bien suprême? Nous désirons le savoir et nous avons besoin de le savoir. Dans ce tourbillon effrayant qui emporte les êtres mobiles, nous cherchons un point d'appui; dans ce tumulte d'idées et de doctrines contradictoires, dans cette lutte de volontés dévoyées et perverties, nous cherchons l'Étre idéal, l'Étre parfait.

Est-il ou n'est-il pas ? C’est là la question.

Que dirent les païens ?

Les paiïens, déconcertés par des phénomènes naturels dont ils ne pouvaient se rendre compte, divinisèrent tour à tour les astres, les éléments, les forces diverses qui transforment la matière, ou les êtres corporels qui sont l’ornement de notre: monde ; et ils ne purent s'élever jusqu’à la conception d'un Dieu unique, pur Esprit, éternel, infiniment parfait, créateur du ciel et de la terre, et souverain seigneur de toutes choses. Certains peuples orientaux, particulièrement charmés par la splendeur d'un ciel toujours serein pendant le jour et inondé d'étoiles pendant la nuit, s’adon-

| nèrent au culte des astres; d’autres peuples, vivant au milieu d’une nature luxuriante et sur un sol magnifiquement fécond, adorèrent des végétaux et des animaux; d’autres enfin, plus aveugles et encore moins logiques, adorèrent de simples | fétiches.

Les Grecs, touchant à la fois à l’Orient et al'Occident, subirent en même temps l'influence des idées | orientales et occidentales, et s'ils n’adoptèrent pas | tous Les préjugés et toutes les insanités des peuples | qui les avoisinaient, ils n’arrivèrent pourtant point | à une notion bien hauteet bien pure de la divinité. | Leursdieux ne furent que des hommes, des hommes surnaturels et immortels, mais ayant les mêmes passions que nous et soumis aux même défaillances | morales. D’après la théologie hellénique, au som- | met de l'Olympe régnaient douze dieux, dont Zeus était le chef. Au-dessous de ces douze dieux | trônaient des divinités inférieures, puis des dé- [mons, puis des héros. Certaines cités grecques | réunirent les douze divinités principales dans un culte commun. À Athènes, la place du Marché avait un autel consacré aux douze dieux; à Éleusis

également. La ville de Mégare avait un temple élevé à Diane, où se dressaient en même temps les statues des autres onze divinités. Cependant il ne faudrait pas croire que le culte des dieux prin-

| cipaux ait toujours prévalu sur le culte des dieux

Ge

secondaires, ni que le culte de Jupiter ait prévalu sur le culte des autres dieux. Loin de là. En général, Apollon eut beaucoup plus d'adorateurs que Zeus ; ses temples, ses autels, ses statues furent beaucoup plus répandus. À Byzance, par exemple, on signalait cinq temples en son honneur, et il n'y en avait pas un seul en l'honneur de Jupiter. Il en fut de même parmi les divinites féminines. Junon, l'épouse du maître des dieux, eut moins de sanctuaires et moins d’adorateurs que Diane, ou Cérès, ou Minerve. Le caprice, le préjugé, l’influence de telle ou telle famille, de telle ou telle ville firent souvent prévaloir le culte de telle ou telle divinité inférieure ou supérieure, ou même donnèrent naissance à tel ou tel nouveau culte, et finalement les prérogatives suprèmes se trouvèrent distribuées à une foule de dieux ou de déesses qui encombrèrent l’Olyÿmpe et qui se disputèrent l'empire du monde el le gouvernement de l'humanité.

Les philosophes et les sages eurent fort à faire pour mettre un peu d'ordre dans le chaos de ces idées religieuses, et ils échouèrent complètement. Aucun d'eux ne parvint à maitriser les caprices de Ja foule et aucun d’eux ne parvint à répudier le polythéisme. Sans doute ils se convainquirent de l'existence du vrai Dieu, et ils en convainquirent quelquesinitiés, mais non pasle peupleetl’ensemble

Le la dt Socrate affecte de tenir en a res- à pect les dieux de la religion nationale. Quoique 1 … persuadé de la réalité d’un Dieu unique, présent ; partout et sachant tout, il fait appel à l'universel | témoignage des peuples pour soutenir contre les in- | crédules l'existence des dieux; ettouten reconnais- sant qu'il faut distinguer d'avec les autres dieux à le Dieu qui ordonne et conserve l'univers, il | affirme que le meilleur des cultes est celui qu'on rend aux dieux, d'après les rites et les traditions de chaque pays. Puis, dans la vie pratique, il

soit à l'intérieur de sa maison, soit sur les autels ublics ; il adresse même des prières au soleil, et

réduisant à n'être qu'une substance ou une masse ignée, comme l’affirmait Anaxagore!.

Platon eut la même faiblesse. Pas plus que : : Socrate, il n'osa aller à l'encontre des préjugés populaires, et sa doctrine religieuse fut un mélange ê . de monothéisme timide et de polythéisme déguisé. D'une part, il admettait un Bien suprême, un. Beau idéal, un Étre pensant, voulant, libre et bon, d'autre part il recommandait la religion raditionnelle des Hellènes; il ne voulait rien

. Xénophon, Entreliens mémorables et Apologie de Socrale.

changer aux formes de l’adoration des dieux et allait jusqu’à faire déterminer certains rites par

l'intervention de l'oracle de Delphes. D'une part,

il combattait hardiment les poètes qui attribuaient aux dieux des passions humaines et qui racontaient les querelles divines; d'autre part, il donnait pour base à sa république le polythéisme

le plus complet et il admettait la hiérarchie ordinaire des cultes : d’abord les dieux olympiens,

puis les dieux protecteurs de la cité, puis les dieux infernaux, puis enfin les démons et les héros. I croyait que l’œuvre la plus digne, la plus hono- rable était de servir toutes ces divinités selon les

rites traditionnels par des vœux, des prières et des sacrifices!. Ainsi l’enseignement platonique, malgré ses superbes envolées de poésie spiritualiste, était plein de reticences et d'équivoques, et:

ce n’est pas étonnant qu'il n’ait point réussi à

transformer l'humanité.

Aristote fut plusnetet pluscatégorique que Platon À sans obtenir plus de succès. Le Dieu dont il nous

parle est un être unique, simple, incorporel, indivisible, intelligence pure et toujours active. Dans

son ardeur à dégager l'Etre divin de la matière et de

l'humanité, Aristote nous donne un Dieu presque

étranger au monde. Si le monde n'existait pas,

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