Saint Jean, chap. r
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l'effervescence de la ee nous rendra la possession de nous-mêmes. La paresse nous avait endormis dans un repos coupable; la douleur, en secouant violemment notre âme et notre COrps, nous redonnera le goût pour le travail et le courage pour le combat. La gourmandise avait courbé ] nos fronts et nos pensées du côté de la nourriture et de la boisson; la douleur, en nous interdisant les voluptés de la table, nous fera désirer les voluptés supérieures de l'esprit.
Ainsi nous nous réhabiliterons peu à peu sous les coups qui semblaient devoir nous écraser. Le péché avait aveuglé notre intelligence et endurci notre volonté; c'est là une double blessure qu'il nous inflige. La douleur, en venant à nous, nous illuminera, la douleur nous broiera pour nous
communiquer des énergies nouvelles.
nous ne voyons pas les choses d'ici-bas sous leur véritable jour. Le soleil, qui éclaire notre vie, est si brillant et si joyeux qu'il donne à tous les objets un éclat inaccoutumé, et, pour peu que ce spectacle se prolonge, nous sommes éblouis, et nous nous faisons d'étranges illusions sur notre
La douleur est une lumière. En temps ordinaire,
destinée. Oui, les beaux jours trop prolongés sont
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un danger pour les individus comme pour les peuples. Quand la prospérité met toutes les joies à la portée de nos mains, quand la fortune nous sourit, quand les plaisirs, les honneurs, les richesses viennent au-devant de nous, notre âme se laisse aller; et bientôt la vie facile, la vie égoïste prend le dessus. Le devoir nous paraît austère, la vertu nous devient impossible, et la corruption arrive. De même pour les peuples. Quand le commerce @t l'industrie florissent trop longtemps, quand l'argent regorge, quand Ia paix, étendant ses ailes, assure à ses protégés de longs jours de sécurilé et de jouissance, l'oisiveté pénètre dans les rangs sociaux; et, avec l’oisiveté, l'amour des banquets somptueux ct des folles orgies. La corruption va et vient, monte et descend, et toute une société ne larde pas à êlre gangrenée. Alors qu'arrive-t-il? Si l'individu doit mourir, on entend les pas du fossoyeur; si le peuple doit succomber, les barbares frappent aux portes. Si, au contraire, la résurrection de cette âme ou de cette société est dans le plan divin, la foudre du malheur éclatera sur elles et réveillera les endormis. Hier, la terre élait si belle qu'on en oubliait le ciel, le soleil était si lumineux qu'on en oubliait Dieu. On croyait qu'il n’y avait pas d'autre soleil et d'autre terre, on croyait que la richesse, les plaisirs, les honneurs, étaient le tout de l'homme... La foudre,
en tombant, nous fait voir ce que nous ne voyons plus, c'est-à-dire la fragilité et le néant des choses “terrestres. Le ciel, auquel nous ne songions plus, nous apparaît derrière les nuages qui couvrént la terre ; Dieu, qui disparaissait dans les éblouissements du soleil terrestre, nous apparaît au milieu des obscurités de la tempête. Nous perdons là foi aux plaisirs, aux bruits, aux vanités de ce monde pour retrouver la foi au devoir, à la vertu, à l’immortalité, la foi en Dieu. Le malheur est comme la foudre qui frappe, mais qui éclaire, et les âmes les plus hautes, les nations les plus prédestinées sont souvent les plus foudrovées.
j . La douleur estune force. Elle baptise Fâme,et lui donne, après l'avoir tourmentée, des énergies di- vines pour le combat de la vie. Tant qu’on n'a pas souffert, on ne peut rien; ant qu'on n à pas lutté sérieusement avec l'ange de douleur, on n'est capable de rien. Voyez le jeune homme! Son im- Î uissance vient de son inexpérience, et son
souffert. L'expérience, qu'est-elle donc? L'expérience, c'est avoir rencontré sur son chemin une pierre d'achoppement et être tombé; c'est avoir heurté un obstacle et s'être blessé; c'est avoir vu l'ennemi et avoir été battu ; c’est avoir été trompé par ses frères et ses amis; c’est avoir pleuré, puis encore pleuré, c'est-à-dire avoir souffert.
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