Habet autem hoc humanus affectus ut ea quæ communia sunt
et non distincta ab aliis minus revereatur ; ea vero quæ habent aliquam excellentiæ discretionem ab aliis, magis admiratur et revereatur. (Saint Thomas, 1°, 2e, q. 102; art. 4.)
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de choix une plus grande vénération. La seule pen- . sée que tel édifice est consacré au culte divin . suffit pour nous donner le frisson du respect. Sans compter qu’une fois que nous aurons prié à tel
endroit, nous aimerons à y revenir. Cest là que
- nous avons apporté une première fois nos pen- sées, et c’est Ià que nous reviendrons, forcément
entraînés par le charme du souvenir et par la pente de l'habitude; car l'habitude est une des
» conditions du bonheur. Nous laissons un peude
. notre âme aux murs du temple que nous fréquen-
tons. Ces murs s'imprègnent de nos idées, de nos
désirs, de nos vœux, de nos craintes, de nos espé-
rances, de nos amours. Ils sont consacrés par la
. présence de Dieu, et ils sont consacrés par ce que nous y mettons de nous-mêmes. Plus nous y aurons souffert, plus nous y aurons laissé de 1 larmes, plus nous y retournerons volontiers. De même que nous nous attachons aux foyers dans - lesquels nous sommes nés et où nous avons vécu, de même nous nous attachons aux endroits où nos âmes ont prié, espéré, aimé.
Le temple, par la consécration qu'il recoit, devient la maison des âmes. Nos âmes, où habi- tent-elles en réalité ? Où est leur berceau ? Où est leur table ? Où est leur foyer? Où est leur patrie et leur véritable lieu? Le lieu de l'âme, ce n'est pas le corps. Elle lui est unie, c’est vrai; mais
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elle le déborde de toutes parts. Le corps est soumis
à l’espace et au temps ; l’âme, en vertu de son.
immatérialité, échappe à l'espace et au temps: le
corps vient de la poussière, se nourrit de poussière, :
el retourne en poussière; l'âme, au contraire, vient du monde immatériel, se nourrit de vérités et de vertus, choses immatérielles, et renaît dans un
monde immatériel. Le corps, par conséquent, ne saurait être la maison de l’âme. La maison de.
l’âme est-elle dans le monde extérieur ? Pas davantage. La nature, malgré son ampleur, est trop
étroite pour notre esprit. La mer n'a pas assez de -
flots, le sol n’a pas assez de richesses, les étoiles
n'ont pas assez de clartés pour nous satisfaire. «
Notre âme est plus grande que le monde. Appelez l’art au secours de la nature. Peuplez vos maisons des chefs-d’œuvre des peintres ou des sculpteurs, enivrez-vous des inspirations des poètes, étour-
dissez-vous dans les fêles de la musique ou de la « volupté, votre âme restera vide. Nous avons ; besoin à chaque instant de quitter la terre, comme | nous avons besoin de quitter notre corps, et, voyant resplendir au loin l'étoile de l'idéal, em- | portés sur les ailes de nos rêves et de nos espé- «
rances, nous quittons les landes arides de la vie Q pe r ? 4 Re réelle pour gagner les pays d’outre-tombe. La
terre n’est pas la maison de nos âmes; où donc est celle maison? L'âme, semblable à Dieu, doit-.
elle habiter en elle-même? En rentrant du dehors au dedans, trouvera-t-elle la paix et le bonbeur? Nos souffran:es viennent-elles de ce que nous sommes toujours en dehors de nous ? Hélas ! notre âme ne peut pas vivre seule avec ellemême. Lorsque, irrités par le vide et le néant des choses terrestres, heurtés par les mensonges et les laideurs des hvimmes, nous rentrons désespérés au dedans de nous, neus jurons que nous n’en sortirons plus, mais vainement. Nous ne nous suffisons pas, et le repos pris sur l'oreiller de notre propre cœur est un repos qui fatigue. Nous nous lassons de nous regarder et de nous voir,
. nous nous dévorons nous-mêmes, et bientôt, n'y
tenant plus, nous nous rejetons violemment en dehors. Où donc est le foyer pacificateur de notre
| âme? Les oiseaux ont leur nid, les renards ont » leurs tanières, l’âme de l’homme n’aurait-elle pas
où reposer ses pensées et ses affections? Un
illustre sage chrétien à donné la réponse à cette
. question. De même que l’espace est le lieu des - corps, a-t-il dit, Dieu est le lieu des esprits. Là