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La civilisation pharaonique

Nombre d'études ont été consacrées à Thistoire de TEgypte pharaonique. Les unes, fort développées, fort documentées, constituent, en général, le premier chapitre d'une encyclopédie traitant de TOrient ancien; les autres, abrégées, trop écourtées même, pour cette raison que leurs auteurs ont cherché à donner, du même coup, un aperçu d'ensemble sur les peuples mêlés, par les circonstances, au développement de la puissance égyptienne et ne sont, pour ainsi dire, que des formulaires, aides mémoires nécessitant la connaissance préalable de ce à quoi il est fait allusion. D'autre part, le déchiffrement des textes permet de soulever, chaque jour, un coin nouveau du voile, qui nous cachait la réalité de l'époque considéré^omme préhistorique. Lambeaux par lambeaux, nous arrivons à la reconstituer. Quelques lacunes subsistent encore, il est vrai ; avec les invasions que l'Egypte eut à subir, l'obscurité se fait; les royautés nationales, dont il nous est donné de suivre pas à pas la fondation, puis le développement et la décadence disparaissent, sans que nous sachions rien des événements qui déterminèrent leur chute ; mais ces

drames n*ont, par eux-mêmes, qu'une importance fort secondaire pour nous. Ils ne constituaient qu*une suite d'incidents, fort intéressants à coup sâr; leur perte est irréparable. Elle n'en laisse pas moins intacte Thistoire de la civilisation, et c'est celle-ci, plus que les circonstances qui la bouleversèrent, qu'il est intéressant de connaître sous son vrai jour.

Toute la raison d'être de ce petit livre est d'essayer de présenter au lecteur l'esquisse de cette civilisation, de l'aurore de l'époque fabuleuse, alors que, selon les légendes, l'Egypte est gouvernée par les dieux, jusqu'à l'heure où, pour toujours, elle cesse d'être personnelle, et subit l'influence gréco-romaine, sous les Ptolémées, puis les Empereurs. Tout son effort a tendu vers un but : se renfermer dans le domaine des idées, en n'accordant aux faits qu'une place secondaire, accessoire en quelque sorte. La tâche était ingrate, pour cette raison que nous avons coutume d'attacher plus d'importance qu'il ne convient aux événements. Ils priment tout parmi nous; nous ne voyons qu'eux; ils sont la cause déterminante de l'idée, alors qu'en Orient, plus encore qu'ailleurs, c'est la réciproque qui est vraie, et cela avec une régularité qu'on ne saurait soupçonner. Une difBculté plus grande venait jusqu'ici, au premier mot, nous arrêter; Tignorance où nous étions de ce que fut le pays, à la période antéhistorique. Quand le premier Pharaon connu devient pour nous un personnage réel, l'Empire, dont il est le maître, est vieux déjà de quelques milliers d'ans. Un pas énorme a été fait de ce

PRÉFACE m

côté et cela depuis quelques années seulement, grâce aux découvertes de HH. J. de Morgan, Pétrie, Amélineau, Quibelle. Ce passé mystérieux a pu être interrogé. Des sépultures, si anciennes, que la date n*en peut être déterminée, mais qu'on est en droit de classer comme appartenant à Tépopée fabuleuse, ont été ouvertes. L'absence d'inscriptions en fait, il est vrai, quelquefois des témoins muets. Hais du moins, les morts qu'elles enferment y les objets dont ceux-ci sont entourés, viennent déposer, contemporaine anonymes d'une époque ancêtre de la période historique; où TÉgyptien, s'il avait déjà les tendances qui se manifestèrent dans les monuments, ne les possédait encore qu'à l'état embryonnaire, si proches de l'origine, qu'elles semblent former la seconde étape, sur la route parcourue par lui, depuis les commencements.

Ces brillantes trouvailles fournissent tout un chapitre nouveau, à l'histoire. Avec Khoufou, — Khéops, — celle-ci se précise, pour se dérouler, à travers les siècles, pendant près de quatre mille ans. Divers systèmes ont été, tour à tour, proposés, pour recouper ce cycle géant en subdivisions distinctes, ayant chacune des traits généraux bien accentués; une physionomie particulière; des aspirations caractérisées. Le premier mis en usage a consisté à reconnaître trois phases successives, dans la civilisation pharaonique; et à partager son étude en trois grands chapitres, répondant chacun à l'une de ses manifestations. L'Ancien Empire, commençant à la quatrième dyna^tie^ avec Khéops, pour finir

avec les troubles, au milieu desquels disparut la sixième dynastie. Le Moyen Empire , de la onzième dynastie « à rinvasion des Pasteurs. Le Nouvel Empire, de l'expulsion des Pasteurs, à la conquête perse, sous Cambyse. Tout dernièrement, un autre système a été proposé. Il consiste à reconnaître aussi trois divisions essentielles, mais en donnant à chacune d'elles une durée correspondant à rhégémonie exercée par chacune des capitales dynastiques, Memphis, Thèbes, Sais. Période memphiie, de la quatrième à la onzième dynastie ; Période théhaine, de la onzième à la dix-neuvième; Période saite, de la vingtième à la trentième ; pour prendre fin avec la couquéte d'Alexandre et Tintronisation des Ptolémées, ses successeurs. Cette nouvelle méthode peut être excellente, lorsqu'il s'agit d'un ordre chronologique; elle est trop abstraite, si Ton considère, avant tout, l'évolution civilisatrice accomplie, se manifestant dans les monuments. Peu nous importe, par exemple, que les Amenmhat et les Ousortasen du moyen empire (douzième dynastie) aient été d'origine théhaine, alors que l'état d'esprit, les mœurs que nous révèlent les œuvres datées de leur règne diffèrent du tout au tout de ce que nous apprenons à connaître, avec l'avènement des grands souverains de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynasties, les Aménophis, les Thotmès, les Ramsès et les Séti. Pour cette raison, l'ancien système a été conservé, à peu près, dans le cours de cette étude, mais remanié toutefois, pour en maintenir la formule au niveau des nouvelles découvertes, et en remplaçant les mots abstraits,

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Ancien Empire, Moyen Empire, Nouvel Empire, par des définitions peignant mieux, à nos yeux, ces diverses manifestations que chacune d'elles a reflétées tour à tour. Un chapitre nouveau devait être réservé à la période antéhistorique.

li'histoire de la civilisation égyptienne se trouvera donc ainsi partagée en cinq étapes :

L'Épopée fabuleuse : Période préhistorique.

L'Empire memphite : Ancien empire.

L'Époque féodale : Moyen empire.

La Monarchie thébaine : Nouvel empire.

La Décadence : Époque saîte.

Sous chacun de ces titres, le lecteur ne trouvera que des données puisées directement aux sources égyptologiques, et peut-être sera-t-il, de prime abord, désorienté, tant elles ressemblent peu à ce qu'il aura lu dans les auteurs gréco-latins. C'est là un fait contre lequel on ne saurait trop le mettre en garde. Hérodote, Plutarque, Strabon ont faussé, en nous, la compréhension de l'antiquité orientale, et en particulier de l'Egypte. Grecs, ils ont vu tout sous un jour à eux, interprété tout ce qui s'offrait à leurs yeux; et leurs Histoires ou Voyages ne sont que des rapsodies ridicules, dont pas une syllabe ne reste debout à l'examen. Même les spectacles auxquels Hérodote prétend avoir assisté ne sont rapportés par lui, qu'avec une inexactitude invraisemblable. A lire son récit, on dirait vraiment qu'il n'a jamais mis le pied dans la vallée du Nil, et s'est contenté de donner des noms étrangers, plus ou moins estropiés, à ce qu'il a vu dans son pays. L'ab-

surdité de certains récits, le grotesque de certains tableaux, auraient cependant, depuis longtemps, dû mettre la critique en garde, tant il est évident, que lorsque le voyageur hellénique parle d*un temple visité par lui, il rapporte les dires du portier qui lui en a montré les communs. Par malheur, ces élucubrations, apprises au cours de nos études classiques, s'étaient gravées en notre mémoire; il a fallu Tautorité des maîtres du déchiffrement, pour s'inscrire en faux contre elles, et celui-ci ne s'est définitivement affirmé que de nos jours.

Parmi ceux qui ont le plus fait pour cette connaissance vraie du passé de TÉgypte, il suffira de citer Charles Lenormant, le comte de Rougé et Maspero en France; Lepsius, Brugsch^ Dumichen, Ebers, Erman en Allemagne; Ungarelli et Lanzone en Italie; Birch et Goodwin en Angleterre; Rheinisch en Autriche; GolénischefT en Russie; Lieblein en Norvège; Na ville en Suisse. A leurs leçons, toute une école s'est formée, qui, sans s'attarder aux chicanes de systèmes, s^attaqua à la traduction des textes : et bientôt, la religion, la philosophie, l'histoire, la littérature, les sciences, l'art, la vie en un mot de l'empire des Pharaons nous apparut sous un nouveau jour.

C'est le' résultat de ces efforts persévérants qu'on trouvera, résumé et exposé dans les pages de ce livre, le plus simplement possible, avec cette préoccupation surtout, de faire revivre cette civilisation, si grande qu'elle sembla longtemps défier l'éternité ; et qu'aujourd'hui encore, elle garde comme un reflet de majesté sur-

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