‹ La civilité non puérile, mais honnèteChapitre 1 sur 23 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En remontant le cours des années, en se reportant vers les premiers souvenirs de la première enfance, chacun de nous retrouve dans sa mémoire l'image d'un petit livre poudreux, découvert dans quelque armoire abandonnée.

Ce petit livre à couverture grise , dont les feuillets , jaunis par le temps, présentaient des caractères manuscrits , de forme gothique et d'aspect presque cabalistique, n'était autre que la Civilité puérile et honnête; on le laissait volontiers aux mains des enfants, quoiqu'il eût l'inconvénient de ne justifier que la première

"'LA CITILITÉ. 1

2 LA ClVlLirÊ

partie de son titre, et, tout en leur donnant des leçons fort opposées à la grammaire , de leur enseigner une foule de détails tout à fait en désaccord avec la deuxième partie du titre inscrit en tête de ses pages.

Si je ne me trompe , ce livre est à refaire.

Il faut, tout d'abord, en renverser le titre , et apprendre auxenfants, aux jeunes gens, même aux personnes de tout âge , à celles du moins qui ignorent cette vérité capitale , que rien , dans la civilité, n'est et ne saurait être puéril. La civilité , ou , pour parler un langage plus moderne, la politesse, n'est autre chose que la manifestation, la preuve visible , et , pour ainsi dire , palpable de la bonté ; c'est la monnaie faite avec le métal précieux composé des vertus contenues dans les cœurs généreux; c'est l'affirmation des sentiments élevés, des instincts de dévouement; c'est, en un mot, la qualité qui révèle toutes les autres qualités, en appliquant au bien-être , à la satisfaction de tous, môme les vertus qui réservent leurs charmes pour embellir le foyer domestique , et qui s'exercent seulement dans le cercle de la famille et dans celui de l'intimité*

La politesse est aussi vieille que la civilisation : c'est dire qu'elle n'a pas été à l'abri des abus qui se glissent dans toutes les institutions humaines, même dans celles qui ont une origine à peu près parfaite. On en est arrivé insensiblement à se croire suffisamment Doli, pour peu que Ton accomplisse certaines formalités prescrites à l'avance, et, pour ainsi dire,, numérotées selon les cas particuliers auxquels ces formalités doivent s'adapter. Ainsi que cela se produit trop souvent, on s'est laissé entraîner, sans s'en apercevoir, à substituer la lettre à l'esprit, à tenir compte de celle-là seulement, et à perdre celui-ci de vue, en aecomplissantmachinalementquelques prescriptions, enseignées avec indifférence par ceux qui ne prennent pas la peine d'analyser les motifs qui justifient ces prescriptions , et de remonter jusqu'à l'origine des sentiments qui en dictent l'usage ; on a remplacé le caractère général, distinctif , de la politesse par les caractères particuliers, divers, multiples, des individus qui composent la société. C'est ainsi que l'on est arrivé à accepter un grand nombre de politesses , et c'est pour cela qu'on peut au*

jourd'hai les classer ea plusieurs catégories. On distingue, en effet, lors même qu'on se borne à examiner seulement les traits principaux de la société, on distingue la fausse politesse, la politesse hautaine, et même la politesse grossière. Cet alliage monstrueux de mots, et, par conséquent, d'idées qui s'excluent, est dû à la substitution graduelle, et aujourd'hui à peu près complète , de la forme au fond. C'est parce que la politesse est, pour un grand nombre d'individus , seulement un masque pris en certaines circonstances , qu'il y a peu de personnes réellement polies ; mais , de ce qu'il est rare et beau de posséder à la fois le fond et la forme, il ne faut pas conclure à l'inutilité de celle-ci. Lors même que, grâce à la contradiction qui existerait entre la nature véritable et l'apparence revêtue pour obéir aux exigences sociales, on serait poli seulement par intermittence et d'une façon incomplète , il faudrait encore essayer de perfectionner cette apparence , qui a le mérite inappréciable d'atténuer la manifestation des instincts égoïstes et grossiers, de voiler les imperfections du caractère, de substituer les

1 rails extérieurs auxquels on reconnaît la bonté, à la brutale réalité qui proclame sans détour la personnalité , et la présente accompagnée de son inévitable cortège, composé d'iniquités de tous degrés.

Le livre dont cet avant-propos esquisse la donnée et les tendances pourrait se résumer en un seul précepte : Pour être poli, soyez bon. Celui qui est parfaitement bon évitera, en effet, d'humilier, de désobliger, de blesser ses semblables, et il recherchera en même temps toutes les occasions qui pourront lui permettre de manifester sa bienveillance ; seulement, X la politesse telle que l'indique le cœur, il faut ajouter la connaissance des nuances délicates adoptées par la société pour affirmer, en toute circonstance et dans les cas les plus frivoles en apparence, le sentiment généreux qui recherche le sacrifice et y trouve sa joie la plus réelle. Le dévouement s'exerce d'habitude seulement dans le cercle de la famille ou d'une intimité restreinte ; il représente , si je puis m'exprimer ainsi , un beau livre , écrit dans une langue peu usuelle, et qui peut être lu seulement par un petit nombre : la poli-

tesse en est la traduction en langue universelle , qui met à la portée de tous , les bons exemples et les sentiments généreux et conciliants. Disons enfin, pour résumer ces réflexions préliminaires 9 que la politesse est un produit de la civilisation , destiné à prouver la bonté quand elle existe, à la remplacer quand elle n'existe pas.

Mais^ si la politesse a pour origine unique le sentiment qui vient d'être indiqué , elle est soumise à quelques changements quanta ses manifestations extérieures; celles-ci varient avec les mœurs , avec les habitudes sociales , qui se modifient deux fois par siècle environ ^ et on ne peut s'obstiner à les conserver lorsqu'elles ont été abandonnées parla génération à laquelle on appartient. Certaines attentions^ certains soins^ bons et touchantsen eux-mêmes, communiquent cependant à ceux qui les dispensent un air suranné et vieillot. La mode régit toutes choses ; les changements qu'elle commande ne se produisent pas dans un domaine circonscrit , et ne se bornent pas à modifier nos vêtements. Cette mobilité^ fantasque en apparence seulement, logique et raisonnée

en réalité, ainsi que Ton peut s'en convaincre en analysant, en remontant des effets aux causes^ s'exerce à propos de tout : on la retrouve dans le langage, dans les attitudes, dans rechange de soins courtois, commandés par les relations sociales. C'est là ce qu'il importe de constater, et ce sont justement ces nuances imperceptibles, ces usages contemporains, qui composeront le catalogue que j'entreprends de dresser.

Ces indications seraient bien incomplètes , pourtant, si je m'appliquais uniquement à indiquer les traits extérieurs du savoir-vivre tel qu'il est à notre époque. On sait mal, et Ton applique mal ce que l'on sait, lorsqu'on ne prend pas la peine de pénétrer le sens des sujets que l'on étudie , lorsqu'on s'en tient à la forme, sans se donner la peine d'examiner les liens qui la rattachent au fond. Nous essayerons, par conséquent, de trouver et d'examiner les raisons qui ont fait naître les différents usages observés par la société moderne. Si frivoles , si puérils même que ces usages puissent paraître à un observateur superficiel, on peut être assuré d'avance que leur origine

se rattache à un bon sentiment, à une idée généreuse. Tout acte, si insignifiant qu'il paraisse, et quelle que soit l'apparence qu'il revête, s'il se trouve en opposition avec cette règle absolue , s'il n'est point la bonté mise en action^ ne fait pas partie de la politesse ; il en est seulement la grimace hypocrite. Nous examinerons, par conséquent, les usages lels qu'ils sont, mais sans nous arrêter uniquement à leur superficie, sans nous bornera indiquer sommairement les formules consacrées, les pratiques usitées; nous les analyserons, afin de les justifier, afin d'indiquer l'origine commune dont ces formules et ces pratiques sont la déduction logique.

Il ne faut pas oublier, en effet, que, si Ton se contentait d'étudier quelques prescriplions d'un Manuel sur la politesse, sans se préoccu p( r des sentiments que ces prescriptions sont destinées à prouver, on serait à peu près aussi instruit qu'un perroquet répétant des sons dont il ignore la signification. Considérer la politesse, non comme une comédie plus ou moins bien jouée , mais comme l'affirmation des plus charmantes qualités, tel doit être le

NON PUÉRILE, MAIS IlONNÉTe. 9

but que se proposent toutes les personnes qui prendront la peine de lire ces lignes. Ce n'est donc pas mie étude frivole que je leur prépare, mais, si j'en crois mon désir et mon espoir, un sujet de réflexions et de perfectionnement.

J'ajouterai , du reste , que l'on sera toujours libre de prendre, dans ce livre, seulement les indications qui auront pour objet les pratiques extérieures , en laissant de côté les réflexions qui les accompagnent.

Quant à ceux de mes lecteurs avec lesquels j'aurai le bonheur de me trouver en^ communauté de sentiments et d'opinions, ils penseront que rien n'est à dédaigner dans le sujet que je me propose, parce qu'il s'agit, non-seulement de connaître quelques usages déterminés, mais aussi de les mettre en accord parfait avec l'être moral. L'éducation du cœur est, en effet, la base principale , unique même, sur laquelle doit reposer cet ensemble d'attentions délicates et de soins bienveillants que l'on désigne par le terme général de politesse. Si- le langage et les manières sont en contradiction avec les sentiments, on arrive, non à être poli, mais à jouer la comédie de la politesse; on

aboutit enfin à ce que nous appellerons la fausse politesse , que l'on rencontre trop souvent, et dont nous nous occuperons seulement pour faire ressortir son insuffisance et Fincohérence de ses efforts.

ir.

FORMULES d'invitation. — LE BAL. — RÉCEP- TION DES INVITÉS. — PRÉSENTATION. — DAN- SES. — ORDONNANCE DU BAL.

Il n^est aucun des usages adoptés par la société qui ne soit soumis aux variations de la mode. Leschangements mômes que ces usages subissent indiquent avec précision les tendances de l'époque durant laquelle ils se produisent, et, lorsque ces tendances se trouvent en opposition avec les principes qui doivent présider aux rapports que nous entretenons avec nos semblables, on peut modifier les formes acceptées cependant^ mais qui offrent rinconvénîent d'être en opposition manifeste avec le sentiment dont procède la politesse.

Ainsi, pour citer un seul exemple, il suffira d'indiquer les formules des cartes d'invitation telles qu'elles étaient autrefois, et de les rapprocher de la rédaction adoptée depuis un cer-

tain nombre d'années. Lorsqu'il s'c^giçsaîtcl'un bal, on envoyait une carte imprimée, ainsi conçue^ dans laquelle les noms seuls étaient laissés en blanc , et remplis à la main :

M.X...et M""" X. . . prient M.*** de leur faire V honneur d'assister au bal qu'ils donneront le... à... heures.

Aujourd'hui cette rédaction polie est changée; les cartes d'invitation sont composées dans un style bref et impératif, qui est fort déplai« sant, et l'on distribue les cartes suivantes :

Monsieur et Sladamc X ,. seront chez eux le... On dansera.

ils seront chez eux!... On est averti de cet incident important et surprenant; mais rien n'indique le désir de recevoir, et de bien recevoir ceux auxquels on adresse cette singulière formule d'invitation.

C'est que cette formule appartient à une époque où la société, rompant avec les traditions anciennes, n'a pas encore trouvé les règles qu'elle veut substituer à celles qu'elle rejette. L'aristocratie de l'argent apparaît sur la scène , occupée naguère par une autre aristocratie, et, comme son installation est fort

récente, comme elle n'a pu encore polir ses mœurs et donner à ses habitudes c^tte mesure parfaite, ce calme discret, cette courtoisie délicate, qui appartiennent à ceux qui sont en possession d'une supériorité sociale établie par plusieurs siècles de domination, elle fait irruption sur la scène du monde avec son cortège de vanités immodérées, naïvement formulées. Elle a souffert de l'infériorité conventionnelle à laquelle la condamnaient les institutions du passé, elle aspire à faire souffrir, à son tour, tous ceux qui sont ses égaux devant la loi, mais ses inférieurs devant le dieu des richesses.

Le théâtre et la littérature ont battu ces prétentions en brèche, en employant l'arme du ridicule ; le raisonnement peut, à son tour, aider la société nouvelle à polir ses angles blessants. On peut dire à ceux des enrichis qui pensent que leur fortune est un titre suffisant au respect et à la soumission de leurs contemporains, que ce titre est valable seulement pour leurs parasites; qu'il est absolument nul près de tous ceux qui possèdent Vindépendance, si mâîiocre qu'elle soit; qu'en un mot le senti-

ment que l'on désigne par le terme de considération s'adresse àl'individu seulement^ et point du tout à ses écus , absolument indifférents à ceux qui ne tiennent pas à partager les jouis* V,sanoes qu'ils peuvent donner.

La considération proprement dite , c'est-àdire Testime, délaisse ceux qui ne possèdent pas les qualités personnelles qui désignent l'individu au respect de ses semblables, et s'attache à l'intelligence , à la distinction , à l'urbanité des manières , dénotant la bonté du cœur et la délicatesse des sentiments. Il faut donc que les riches et les enrichis se décident à payer de leur personne : il faut qu'ils se résignent à être humains^ charitables , polis, intelligents; leur fortune, si considérable qu'elle puisse être, ne peut couvrir leurs travers , ni les préserver des atteintes du ridicule.

Ce raisonnement élémentaire semble avoir récemment pénétré dans quelques intelligences , et il se décèle par quelques symptômes légers, dont l'un se manifeste justement à propos du sujet qui nous occupe : les personnes qui possèdent le tact, c'est-à-dire la mesure parfaite de leurs droits et de leurs devoirs dans

la société, sont revenues à l'ancienne formule adoptée pour les invitations, et rejettent absolument celle qui vient d'être blâmée ù juste titre.

On adresse les cartes d'invitation quinze jours avant le bal. Cette précaution est indiquée par un soin poli et prévoyant , car il faut donner aux femmes le temps nécessaire pour faire préparer leurs toilettes. Toute invitation trop rapprochée de la date du bal impliquerait , pour ainsi dire , le désir de provoquer un refus. Quoiqu'il ne soit pas tout à fait nécessaire de prévenir que Ton n'assistera pas au bal pour lequel on a reçu une invitation , il est plus poli de répondre que l'on ne pourra user de cette invitation , et d'écrire quelques mots exprimant des regrets et des remerclments.

Les salons consacrés à la danse ne sont pas chauffés; la maîtresse de la maison attend, d'habitude, ses invités dans un petit salon chauffé. Il est absolument indispensable que tous ses préparatifs aient été faits de bonne heure; qu'elle soit coiffée, habillée, prête, en un mot, avant le moment où arriveront ses hôtes , parmi lesquels il peut se trouver quel-

(|ues personnes qui devancent l'heure indiquée sur la carte. 11 serait de mauvais goût d'arriver avant cette heure; mais la maltresse de la maison serait plus blâmable encore que ses hôtes trop pressés, si ceux-ci ne la trouvaient pas à la place qu'elle doit occuper. En s'attardant, en consultant sa propre convenance, elle manquerait aux devoirs que lui impose l'hospitalité; elle indiquerait de l'indifférence et de l'égoïsme, en un mot elle serait impolie.

Le maître de la maison et quelques-uns de ses parents se placent dans le premier salon ; ils offrent le bras aux dames qui arrivent et les conduisent près de la maltresse de la maison. Quand Taffluence des invités devient trop considérable, on se rend dans le salon consacré à la danse, et, pour ne pas prolonger les encombrements, les personnes les plus rapprochées de la porte passent les premières , sans contestations, sans distinction marquée d'âge ou de position. Les jeunes filles et les jeunes femmes, chaperonnées par leur mère, par quelque parente ou amie, se placent devant leur chaperon.

Le grand monde parisien commence à adop-

ter la coutume anglaise, d'après laquelle nul homme n'adresse une invitation à une femme, ou bien à une jeune fille, avant de lui avoir été présenté par un parent, par une dame ou par un ami commun. Le maître ou la maltresse de la maison se chargent habituellement de faire cette présentation, qui, hors quelques cas exceptionnels, se borne à nommer la personne que Ton présente. Si celle-ci connaît quelque parent ou ami de la personne à laquelle on la présente, on mentionne cette particularité, qui permet d'établir la conversation en dehors du terrain des banalités. Dans toute présentation , on procède de l'inférieur au supérieur, nommant celui-là à celui-ci; or, l'homme étant toujours inférieur à la femme ( dans les réunions) , c'est celui-ci que Ton nommera, fût- il duc , fût-il prince , la personne que Ton présente étant toujours censée connaître le nom de la personne à laquelle elle a sollicité d'être présentée.

Mais cette coutume n'est malheureusement pas encore devenue générale. Je dis malheureusement, car elle écarte une foule d'inconvénients : grâce à elle, la mère d'une jeune fille ,

à laquelle on présente toujours celui qui sollicite rhonneur de danser avec celle-ci , sait qu'elle ne s'éloigne pas avec un inconnu; la conversation peut aborder d'autres sujets que la température du bal, et l'on évite cette gêne extrême qui résulte des rapports entre personnes tout à fait étrangères Tune à Tautre.

Un homme demande toujours à une femme si elle veut bien consentir à lui faire l'honneur de danser avec lui. Toute autre formule, et par exemple la substitution du mot plaisir à celui d* honneur serait inconvenante. La personne invitée accepte, si elle n'est point engagée; quel que soit le danseur, fût-il vieux, désagréable et môme ridicule, il faut l'accepter, si l'on n'a pas d'engagement antérieur. Tout refus , si habilement déguisé qu'il puisse être , tout subterfuge peut provoquer un éclat déplorable, exposer la réputation d'une femme et la vie de ses plus proches parents. Combien de querelles suivies de duels n'ont eu d'autre origine que des refus de cette nature !

Si l'on a déjà promis la danse pour laquelle on reçoit une invitation, il faut remercier poliment, et indiquer cet empêchement. Il faut

éviter de demander et même d'accepter les services des hommes avec lesquels on danse.

On n'engagera jamais la conversation , et Ton se bornera à répondre avec une réserve polie. 11 est de règle, dans la bonne compagnie , de ne jamais parler très-bas ni très-haut, parce que, dans le premier cas, les assistants peuvent supposer que Ton médit d'eux, et, dans le second, ils peuvent être incommodés par les discours bruyants , par les éclats de voix et les éclats de rire ; ces dernières façons impliquent de plus une sorte d'indifférence dédaigneuse pour tous ceux qui se trouvent en dehors de la coterie qui s'accorde le droit d'imposer son tapage à tous ceux qui l'entourent. Il faudra donc éviter les conciliabules de jeunes filles qui rient très-haut pour attirer l'attention, et qui se moquent de tout le monde, parce qu'elles confondent deux choses essentiellement distinctes : la moquerie est à leur sens synonyme de lesprit; elles ignorent que l'on a dit depuis fort longtemps ceci : La moquerie est V esprit de ceux qui n'ont pas d'esprit*

Lors donc qu'une jeune fille aura cessé de danser, elle rejoindra immédiatement la per-

sonne qui Ta accompagnée au bal. Autrefois son danseur lui eût donné la main ; aujourd'hui illuioffrele bras pour la reconduire à sa place. Si elle rencontre des amies, elle causera avec ses compagnes, seulement dans le voisinage d'un chaperon respectable ; en un mot elle évitera, en toute circonstance, les façons indépendantes qui la vieilliraient prodigieusement, et qui indiqueraient une éducation mal dirigée.

Si une jeune fille vient au bal avec son père seulement, celui-ci la placera sous la protection d'une dame, à laquelle elle devra témoigner pendant la durée de la soirée une déférence toute filiale.

La révérence qu'une femme adressait autrefois à rhomme qui la l'econduisait à sa place est passée de mode ; on la remplace par un salut qui, pour être gracieux, doit se composer de l'inclinaison légère du buste, et non pas seulement de Tinclinaison de la tète; ce dernier saint est toujours sec et un peu ridicule , car il rappelle les mouvements des poupées à ressort.

Quelques femmes, agissant comme celles des jeunes filles qui confondent la moquerie avec

Tesprit, pensent que la roideur constitue la dignité; elles avancent à pas lentement calculés, elles se meuvent avec la majesté qui caractérise les automates, elles laissent tomber leurs paroles une à une, elles mettent enfin à leurs actions les plus insignifiantes la triste empreinte de Tafiectation. 11 faut éviter cet écueil avec autant de soin que Técueil opposé : la réserve ne doit pas plus se transformer en roideur, que la bienveillance en familiarité. 11 faut se souvenir sans cesse que la distinction est incompatible avec tout excès, de quelque nature qu'il soit, et qu'elle se compose [Trincipalement de vérité et de simplicité.

On sert, après la première dansa , des plateaux de sirops eiàe petits -four s; un peu plus lard des glaces, puis des boissons chaudes,

punch, chocolat , thé. Lorsqu'on n'a pas préparé un souper, on organise habituellement un buffet ou grande table, sur laquelle on trouve, vers la fin de la soirée, des mets froids, des compotes, des sucreries, des fruits, des gâteaux et des vins. Lorsque le bal est près de se terminer, on offre sur des plateaux des tasses de bouillon.

!Î2 LA CIVILITÉ NON ri'ÉlULE, MAIS HONNÉTt:.

Oserai-je engager ici les hommes à permettre que les plateaux de rafraîchissements arrivent jusqu'aux femmes sans être entièrement mis au pillage? Hélas! il le faut bien. Qui le croirait? En France, dans le pays de la chevalerie, les hommes se jettent quelquefois avec voracité sur tous les plateaux ; ils dépouillent toutes les tables, ils conquièrent et défendent leur pâture à l'aide d'un argument irrésistible : la force du coup de poing.

On doit une visite à la maltresse de la maison, quand on a reçu une invitation , et lors même que l'on n'aurait pas usé de l'invitation ; cette visite se fait dans un délai de huit jours, à partir du jour où le bal a eu lieu; une carte serait insuffisante.

ni.

LES VISITES. — ENVOI ET REDACTION DES CARTKS DE VISITE. — DUREE DES VISITES. — ÉTIQUETTE PRÉSIDANT AUX VISITES.

Les différents usages qui règlent les rapports sociaux sont, ainsi que je Tai déjà dit, puérils seulement en apparence. Ceux-là seuls qui les considèrent comme une lettre morte , comme une démonstration vaine et vide, parce qu'elle n'est point la preuve évidente et palpable, pour ainsi dire, des bons sentiments qui doivent nous animer, ceux-là seulement peuvent blâmer ces usages , en railler l'application et l'éviter en toute circonstance où ils peuvent s'en affranchir sans nuire à leurs intérêts. Il n'est pas indifférent , en effet , de noter en passant que le dénigrement des usages polis appartient surtout aux caractères égoïstes : ce sont, en ce qui les concerne, des calculateurs excellents et infaillibles; leur échine, si in-

2ï LA Cl M un:

flexible lorsqu'un sulut ne doit leur rien rapporter, acquiert une souplesse inimitable dès que leurs intérêts de vanité ou d'ambition se trouvent en jeu. Selon eux, Timpolitesse est une qualité, car elle affirme la franchise et l'indépendance... ; mais ils ont soin de mettre celte qualité en réserve lorsqu'ils se trouvent en contact avec une personne qui est en situation de les servir par son influence, ou de les flatter par quelques marques d'attention.

Il est un autre écueil, de nature opposée , et qui doit être évité aussi soigneusement que le précédent. Certains caractères altiers se refusent à donner des marques de condescendance, que la différence des positions,, la hiérarchie du monde , rendent cependant indispensables.

Certaines femmes, accordant plus d^importance aux suggestions de leur vanité qu'aux avis de leur raison, ont souvent accumulé des obstacles sur la route de leur mari, et entravé sa carrière pour n'avoir pas su ou n'avoir pas voulu accorder à temps quelques marques de considération à la femme d'un fonctionnaire placé sur un degré hiérarchique plus élevé que celui occupé par ce mari, qui devenait ainsi

«ON PUËIULË, MAIS UONNÉTË. 25

victime de quelque rivalité féminine. Je n'entends conseiller ici , ai-je besoin de le dire?.. . aucun acte incompatible avec la dignité; je prétends seulement prouver à mes lectrices.que le tact, c'est-à-dire la mesure, enseigne à se conduire en toute circonstance ; que la réserve et la dignité indiquent le point précis où la déférence due à une position supérieure pourrait se transformer en humilité vis-à-vis de la personne, et que l'humiliation peut se rencontrer seulement si l'on dépasse ce point délicat. La roideur et la dignité sont choses parfaitement distinctes. La pren)ière n'est que la caricature de la deuxième; celle-là croit en imposer par l'exagération et l'affectation en se montrant toujours hautaine , toujours prête à

attaquer La deuxième songe seulement à

se défendre; elle est naturelle, elle est raisonnée, elle sait qu'elle ne peut être amoindrie en se prêtant, d'une façon à la fois aimable et réservée, à donner les marques de déférence qui peuvent être commandées par la différence des positions. Si ces preuves sont mal accueillies, si l'on n'y répond pas comme la politesse et la bonté l'exigent, la dignité n'en éprouve au-

cune humiliation : son insuccès est humiliant seulement pour la personne dépourvue d'éducation ou d'élévation morale, qui ignore les devoirs de la réciprocité, et se prive volontairement des plus aimables qualités féminines en répondant à une politesse par une impertinence. Il est une vérité que je voudrais faire pénétrer dans l'esprit de toutes mes lectrices, parce qu'elle adoucirait les blessures des unes...., et qu'elle empêcherait peut-être quelques autres d'infliger ces blessures : l'impertinence est humiliante seulement pour la personne qui la fait non pour celle qui la reçoit, si celle-ci ne l'a point provoquée. Dans ce cas, en effet, l'impertinence prouve que la personne qui la commet n'a point de cœur, point d'esprit, et qu'elle n'a reçu aucune éducation. Une fortune ou une position supérieure à son mérite ont exercé une fâcheuse influence spr son cerveau trop faible ; elle agit sous l'empire d'une ivresse...., dès lors ses paroles et ses actions n'ont aucune portée et se retournent contre elle ; en leur restituant leur véritable origine, ea constatant qu'elles sont la conséquence d'une sorte dlnfirmité intellcc*-

tuelle et morale , le ressentiment fait place à la commisération. Qu'est-ce, en effet, qu'une impertinence non méritée? Un Irait qui frappe à côté, et qui ne peut atteindre le but qu'Use propose. Une personne dont le cœur et l'esprit sont bien doués y se gardera bien de supposer que la supériorité de sa position la dispense de toute politesse envers ceux que le monde désigne comme étant ses inférieurs. Elle sait que les devoirs de cette nature n'en sont que plus considérables pour elle ; elle a l'amour-propre assez éclairé pour vouloir que la considératio n qu'on lui témoigne soit personnelle , au lieu de s^attacber uniquement à la place qu'elle occupe; par conséquent, elle fera preuve en toute circonstance y et envers tout le monde, d'une politesse aisée, naturelle, non trop exagérée, de peur de marquer une intention protectrice ; elle traitera ceux qui sont ses inférieurs par leur position avec l'aménité qu'elle aurait pour ses égaux : c'est le meilleur moyen pour faire accepter et proclamersa supériorité. Une femme en effet, fût-elle la moitié d'un fonctionnaire très-élevé, ne doit pas oublier qu'elle n'est pas fonctionnaire y que les degrés hiérarchiques ne

peuvent régler sa conduite dans le monde ; qu'en un mot, nulle position ne peut la dispenser de se montrer bien élevée.

Mais si elle l'ignorait ou l'oubliait? Dans ce cas, les femmes qui se trouvent forcées de suivre quelques relations avec elle devront la traiter selon ses désirs, c'est-à-dire en se bornant aux rapports quasi officiels. Elles lui enverront leur carte de visite au jour de Tan , — et lors même qu'elle ne jugerait pas à propos de reconnaître cette légère marque de politesse par un envoi analogue , elles ne s'en offenseraient pas, et renouvelleraient cette formalité lorsque cela serait nécessaire. Pourquoi s'offenser, en effet, de l'ignorance d'autrui, et comment pourrait-on se sentir froissé par des omissions qui indiquent une éducation incomplète chez la personne qui les commet?

Il est difficile de formuler des règles précises pour les visites. Chaque pays, presque chaque ville a, sur ce point, des usages particuliers. Dans certaines localités, les derniers arrivés attendent et reçoivent les visites des personnes établies dans la ville qu'ils viennent habiter. Il faut toujours s'enquérir de ces usa-

ges, et s'y conformer ponctuellement. Ailleurs, au contraire, les nouveaux arrivés font les premières visites, et, n'en déplaise aux mœurs locales , cet usage me semble plus sensé et par conséquent plus poli, la politesse et la raison marchant toujours de compagnie. Il vaut mieux respecter l'indépendance de chacun, et laisser aux derniers venus l'initiative des rapports qu'ils veulent établir et le choix des relations qu'ils désirent nouer.

Toute première visite doit être rendue dans les huit jours qui la suivent. Un empressement plus marqué pourrait être gênant; un retard plus prolongé serait blessant, car il laisserait supposer que l'on attache peu d'importance à cette visite. Tout en conseillant aux personnes qui la rendent d'être ponctuelles, j'engagerai celles à qui on doit la rendre à être indulgentes. Un retard peut être indépendant de la volonté, causé par une indisposition, par des occupations, par mille circonstances fortuites. Il faut accepter les excuses que l'on présentera pour légitimer ce retard, et les accueillir, même si elles sont des prétextes au lieu d'être des motifs; la susceptibilité, même la plus légitime

en apparence, est presque toujours injuste, car elle est en opposition de proportion' avec les causes à propos desquelles elle se manifeste. Pour se rapprocher des préceptes de l'équité , pour excuser et expliquer son ressentiment, on attribue une importance extrême à des faits d'ordre secondaire, on suppose' des mobiles blessants , on veut extraire , des actes les plus indifférents, dos paroles les plus insignifiantes, une collection d'intentions méprisantes, et à force de les dénaturer pour les douer de vraisemblance , on en arrive à les considérer comme étant la vérité même : de là une foule de blessures mutuelles. On oublie que l'on agit en vertu des suggestions d'une imagination maladive, et Ton veut rendre aux autres, non le mal qu'ils vous ont fait, mais bien le mal qu'on s'est fait en leur nom. Sans souffrir d'être traité avec légèreté, sans supporter un réel manque d'égards, on peut faire quelque crédit à ses semblables, et accorder à leurs défauts rindulgence, sans laquelle les relations sociales seraient impossibles.

On fait une visite huit jours après avoir dîné dans unettiaison (et Ton se garde bien, soit

dit entre parenthèse, de la désigner par les ixiots de visite de digestion),..; on en fait une également après avoir reçu une invitation pour une soirée ou un bal, lors même qu'on n'aurait pu user de cette invitation. La vie parisienne est si occupée, que les hommes ne peuvent pas toujours employer leurs matinées à ces visites obligées. Si la maîtresse de la maison reste chez elle durant une soirée de lasemaine pour recevoir les personnes qu'elle connaît, on tolère que cette visite soit faite ce soir-là. Maiscomme certaines personnes sont un peu rigoureuses sur le chapitre de l'étiquette, il faut connaître les caractères et les habitudes , avant d'user de cette tolérance, etsil'on n'a pas avec la maison où l'on a dîné des rapports familiers et affectueux, il vaut mieux observer strictement les lois de Tétiquette , et faire une visite dans l'après-midi. A moins de compter au nombre des amis intimes d'une famille , à Paris on ne fait pas de visites avant trois heures, ni après cinq heures et demie.

Les hommes, seuls, font des visites le premier jour de l'an ; ils s'acquittent de ce devoir au point de vue officiel, en se rendant d'abord

chez leurs supérieurs dans Tordre hiérarchique, ensuite chez les femmes qui fontipartie de leur famille à quelque degré que ce soit, et

enfin dans les maisons où ils sont reçus inti-

mement. Les femmes reçoivent les visites et n'en fontpas ce jour-là; elles se font remplacer par leurs cartes de visite. On procède toujours de la jeunesse à IsLvieillesse, en prenant l'initiative vis-à-vis de toutes les femmes âgées. Tout jeune ménage enverra ses cartes à un ménage plus ancien, enprévenant l'envoi de celui-ci. Toute famille composée seulement de femmes s'abstiendra d'envoyer des cartes dans les familles où il se trouve des hommes, jusqu'à ce que ces dernières personnes aient envoyé leurs cartes. Si Ton ne connaît pas intimement la personne qui adresse une lettre faisant part de quelque événement important, naissance, décès ou mariage, si l'on ne peut lui faire immédiatement une visite , on lui envoie une carte. Aujourd'hui les lettres de faire part s'échangent, même entre localités éloignées. On en accuse réception en envoyant une carte de visite par la poste.

Lorsqu'on reçoit une lettre faisant part d'un

mariage et contenant l'invitation d'y assister, on se rend à cette invitation; dans ce cas, on attend la carte ou la visite des nouveaux époux. Si Ton n'a pu assistera la cérémonie, on envoie une carte de visite au nouveau ménage, puis on attend sa visite avant de lui faire une visite. Le fait d'avoir assisté à la cérémonie constitue une politesse vis-à-vis du nouveau ménage, et celui-ci doit la reconnaître par une carte ou par une visite. En s'empressant de devancer les nouveaux époux , on doublerait la signification de la politesse déjà faite, et l'on agirait contre le principe qui régit toutes choses, grandes et petites, résumé par quelques mots latins que tout le monde connaît : Non bis in idem.

La rédaction des cartes de visite n'est point absolument indifférente. Les hommes y font graver leurs titres, leur nom de baptême suivi du nom de famille , leur grade et leur adresse. Les femmes observent plus de réserve, et livrent au public seulement leur nom de famille , sans le faire précéder de leur nom de baptême, ni suivre de leur adresse. Si la famille est nombreuse, si plusieurs femmes port3nt le même nom , on placera sur la carte le

ii. LA CIVILITÉ

nom de baptême du mari, et la carte sera rédigée de la façon suivante : Madame Erne5£ X. ... Cette mesure, puérile en apparence, a cependant une origine; marquée par un délicat sentiment des convenances. 11 importe qu^une femme évite toutes les occasions de se mettre en vue, de se faire connaître par les indifférents, et il vaut mieux que son nom soit connu seulement de sa famille et de ses amis.

Il y a des visites officielles qui sont toujours faites par le mari et la femme à la fois. Pour ces circonstances les cartes de visite portent les deux noms ; une seule de ces cartes suffit pour la famille que Ton visite. 11 est inutile d'y joindre une deuxième carte masculine destinée au chef de famille. Si la même maison contient deux ménages, on laisse naturellement deux cartes.

La durée des visites ne doit pas dépasser vingt minutes, à moins qu'il ne s'agisse de visites amicales. La maltresse de la maison occupe un fauteuil près de la cheminée ; elle cédera ce siège seulement à une visiteuse dont Tàge commande les égards qui sont dus à la vieillesse. Cette considération servira aussi de

règle de conduite aux femmes qui se trouvent dans le salon au moment de l'arrivée d'une nouvelle visiteuse. Si celle-ci est infiniment plus jeune que la personne la plus rapprochée de la cheminée, on ne dérangera pas le cercle ; dans le cas opposé, on lui cédera invariablement la place d'honneur près du feu. En général, le savoir-vivre impose le simulacre de cette offre , à peu près vis-à-vis de toutes les personnes qui arrivent ; mais, d'autre part, il enseigne à celles-ci qu'il ne faut pas user de cette offre, et que l'on doit éviter de déplacer quelqu'un. Il n'y a qu'une exception de droit ^ celle que j'ai indiquée tantôt : une vieille femme acceptera toujours la place qui lui sera offerte par une femme plus jeune. Toutes ces marques de politesse doivent être échangées çans affectation , et l'on ne doit jamais les faire dégénérer en lutte ; si une femme âgée refuse d'user des prérogatives que sa yieillesse lui confère , si elle insiste pour refuser la place qu'on lui offre , il faudra se soumettre à sa volonté, et , dans ce cas, on lui donnera une nouvelle marque de déférence; mais il y aura plus de véritable dignité de sa part dans Tacceptation

36 LA CIVILITÉ KON PUÉIULE, MAIS UOXNKTK.

pure et simple, polie et reconnaissante, cependant , de Toffre qu'on lui fait.

En général, et pour éviter d'encombrer un salon, dès que l'on introduit une visiteuse, celle qui figure dans le cercle depuis le plus long espace de temps prend congé de la maltresse de la maison. Les réceptions parisiennes à jour fixe ont établi cet usage , qui , ailleurs , n'est point rigoureusement observé.

Les jeunes filles n'ont point de cartes de visite; elles écrivent leur nom au crayon sur la carte de leur mère ou sur celle de leur père , si celui-ci les accompagne seul. Elles éviteront de prodiguer les poignées de main, et attendront à ce sujet que la maltresse de la maison prenne l'initiative. S'il y a des jeunes filles dans la famille qu'elles visitent, elles échangeront le serrement de main usité aujourd'hui; si ces jeunes filles ont des frères , et si ceux-ci sont bien élevés , ils se garderont bien de tendre cavalièrement et familièrement la main aux jeunes visiteuses, et Ton se bornera, de part et d'autre , à échanger un salut poli.

Page 1