I.A lUOlX Dti IIIKMLN
J'allais ainsi, perdu dans le dédale Imnvain, A de vagues rumeurs donianklant mon chemin, 'J'iaînant, ipour prix de mou inisouciance infâme, I a frayeur de vieillir ac-ercx-hée à mon âme. Les uns ju'ont dit :
" Prends cette route sans beauté Dont la pougaière mord le gazon dévasté, Sans verdure au sdleiil, sans nids dans 'les feuillages, Qui serpente à travers de fangeux marécages. Dans les tourmants obscurs de son cours tortueux. Ecrase sous ton piod le faible, si tu peux. Fermant l'oreille au brudt de «a plainte iniiportune. . . C'est le chemin béni (|ui mène à la fortune.'' D'autres m'ont dit :
" Vois-tu, sous 'l'azur découvert.
Ce rocailleux sentier qui s'allonge, désert. Bordé d'affreiix ravins et de plantes sauvages, Que le ciel inclément fouette de ses orages? Dans cet âpre chemin, sans t'arrêter jamais, Mottte d'un picKl luardi. . . Tu verras les sommets
!.A Cl.AIin'. rONTAIXE
Altiers cle la science liuinaine et <\e la gloire." B'aaittres m'ont <iit:
"Toute erovanee ept illusoire.
Car la matdère aveugle est Tunique réseau Qui rdic un instant la tombe et le berceau/'
Parmi le bruit confus des sonores doctrines J'aililai^, de tout savoir apprenant la ruine, Et criant, exilé de mes esipoirs anciens: " Rendez-moi la bonté naïve d'où je viens ! Arrachez de mon cœur incrédule qui souffre La crainte de la mort béante comme un gouffre." lorsque, soudain, un soir, répoadiant à ma voix, Au 'détour d'un chemin, j'ajwrçus une croix, Les deux bras étendus en signe d'espérance. C'était le clair chemin connu de mon enfance, Le sable qai 'autrefois j'avais foulé, ])ieds nus, Dans l'ardente gaîté de mes yeux ingénus. C'était la croix <de bois où, tant de fois, ma mère M'expliqua la leçon touchante du calvaire. Devant ce doux témoin de mes jours les plus doux. Pour pri<'r comine alors je me mis à genoux:
LA < uoix DU cji?:min
" Symbole de douleur magnanime et sereine
Toi qui sondas Teffroi de la misère humaine.
Avec ces yeux rougis et ce front abattu,
Croix de mon âge pur, dis, me recomiiais-tu ?
Ah ! rends-moi la ferveur de longtemps envolée.
Ma mère au front serein où s'en est-elle allée,
Quand la mort a, d'un coup, vaincu son cœur vaillant?
T/air était plein d'un chairnie indéfini. Le vent.
En frôlant mes cheveux d'une lente caresse,
Réveillait des échos 'lointains de ma jeunesse.
Et la croix, dans le calme du soir solennel,
Imitant sur mon front le geste maternel,
^[urmura doucement, au fond de ma mémoire:
" Le seuil vrai bien, mon fils, c'est d'aimer et de croire.
Ta mère regretlée au désert d'ici bas,
^[arqua dans la vertu rempieinte de ses pas.
Acceptant soâ fardeau sans douter ni se plaindre.
Suis le même chemin î. . . si tu veux la rejoindre."'
LA CLAIIIE yoXTAINE
Ah! si j'avais gardé, mère, à mon Iront soumis, L'héritage d'amour que tu m'aivais tra-nsmifi ! Si je l'avais tenu dans Tombre tutélaire D'un ingénu vouloir et d'une vie austère, Aujourd'liui, du lointain de mon passé pieux Il jaMirait à flots ardents, comme un vin vierx. Le ruisseau, lentement échaippé de sa source, \a, plus impétueux sans cesse dans ea course, Mais moi, flot sans élan, proscrit du souvenir, Qui voulus du passé séfparer l'avenir.
Tout désir de bonté qui naît en ma poitrine Est comme un arbrisseau faible dans ses racines. Pourtant, maOgré l'effroi de mon cœur tortiuré, 0 Christ sanglant, que mes aïeux ont adoré, De ton grand dévouement fier ide porter le signe, Je chanterai la croix avec ma voix indigne!
LA CROIX DU CHEMIN
Premier baiser de mère au front de notre enfonce! Symbole glorioiix dont, nafruore, la France, Par La main do Cartier uiannia notre dos/in! Bois pflus profonjdénient entré dans notre sable Que Pormo, le bouleau, le sapin et l'érable, CVoix du chemin î
Rustique monument de son espoir robuste, Dont le paysan voit s'aJlonger l'ombre auguste, Char|ue jour, sur ces (^-hamps de neige ou de moissons, Qui du Dieu Rédempteur de notre âme immortelle Sans cesse, en son es-prit, augmente et renouvelle T /humble leçon.
Sublime enseignement. " Adorable mystère," Entrave à notre orgueil gênante et salutaire. Du présent au passé résistahle lien, Qui refais, sous la flétrissure des années. Pour l'humaine douleur devant toi prosternée, lie rêve ancien.
Toi qui, malgré le temps, clémente et fraternelle, A J'âme <jui t'aima restes toujours fidèle Et ne la quittes pas après ses durs travaux ; Gardienne des aïeux, <iui dans les cimetières, Sur leurs fronts oubliés appelles la prière, Croix des tombeaux!
Asile ouvert à ceux que l'existence blesse, D'un au delà plus pur consolante promesse, Seuil espoir d'ici bas n'ayant jamais trahi, Livre cj[ui, de chacun protégeant la mémoire, Mieux que nos cœurs changeants gardes toute l'histoire De mon pays.
Croix des murs de l'étcole et croix des sanctuaires, Auseitôt que nos yeux ont goûté la lumière. Petite croix d'argent suspendue à nos cous, Peut-on voais effacer de notre souvenance Sans renier, au même instant, de notre enfance Ijcs jours si doux ?