‹ La Clarté de vieChapitre 11 sur 43 · POUR LE 2 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

POUR LE 2 NOVEMBRE

i^a muraille d'or des peupliers sans voix

S offrit e et croule, douceirient, incessamment r

Du soir à l'aube, la plaine croît;

\a) vent

Drroule un tapis d or entre les saules blancs;

A tr.ivers les cimes frAles et droites,

I)«''jà, le fleuve d'argent dur miroite;

Et, barrant le grand bouillard isolé, vert sombre,

Dont pas une feuille enror, ne tombe,

La ligne bleue des coteaux dresse la Croix

Sur la varenne sans moissons

— Sur quelle tombe ?

Au carrefour, peut-être des saisons...

Calme comme la lassitude, et pâle, Le ciel est léger, floconnant et tendre;

I A C;i,AKTf Dr VII

Je ne sais pas quel rythme pourrait rendre La douceur automnale...

Malgré que toute vie soit belle

— Ardente ou lente, liumble ou superbe —

Cette autre volupté est éternelle :

Le sommeil et la mort gisent dans l'herb*',

La pluie a rouillé la faucille,

Le vent a dispersé la gerbe,

La moisson fut vaine et le rêve est futile..

Et — n'est-ce pas? —

Qu'une chose soit vaine, elle en est douce

— Comme un mot incompris d'amour ou de génie La porte de Télé qu'un vent brutal repousse Retombe comme une aile sur la fête éblouie

— Des pas s'étouffent dans la mousse, Des pas...

Nos pas s'étouffent sur les marches feutrées d'ombre.

Ta couronne de roses fleure nos fiançailles,

Tu pleures doucement comme une vierge au vitrai!,

CHASSONS A L'o.MHKI: 'i9

El moi, qui croyais vivre au gai soleil d'été! J'ai vu l'automne rire en les feuilles qui tombent Et je me suis senti mourir en volupté.

... La porte est translucide, la salle s'illumine, La mort douce est assise à la table dressée; Hôtesse, elle fait signe de sa main pâle et fine; On entend sur le seuil un biuit de pas pressés.

Nos jeunes heures sont là, assises entre les autres. Oublieuses et plus belles, et parées de nos joies, Et je ne saurais plus te dire quelles furent les nôtres Car la troupe se mêle du geste et de la voix;

Ceux dont nous parlions, les aïeux les aïeules. Sont là, et nous regardent et ne nous connaissent pas; I) autres viendront vêtus de giàces et d orgueils, Ils seront nés de nous, et ne le sauront pas...

Jusqu'au seuil de la Porte, où l'on jette au soleil, Comme un trophée d adieu, la couronne fanée,

hK CI.AHl/ bl Ml

Parmi le chant l/ger des feuilles en <^veil Qui vont pleuvoir sur nous l'or sacré du sommeil, Marchons ingénuement au pas de nos années Qui sait vers quel pays d'espoir et de merveilles? Et vers quelle harmonie éternelle etsuhilc...

La muraille d'or des peupliers s'effrite...

CHANSONS K I.'o.MBRF '51

LES FEUH.I.RS

Le vent qui vient à travers plaine

Parle et raconte d'une haleine

()ue l'Automne roux a pris sa course,

L'épieu au poing, le cor au flanc ;

lit la forAt va divulguant

— D'un grand frisson qui va semant

Les feuilles des hùtres et des cht^nes,

Jonchant les sentes, comblant les sources —

Le bruit de la chasse prochaine.

L«' bouleau frissonne et s incline, Le pin sombre et sourd se lamente, Le grand chône éperdu s'obstine Kt hurle et geint son épouvante; Par les sentes de la forêt Los feuilles courent, culbutées,

I A «i.aut^ di VII

S'afToli'iit, virent, et tourhilloniient Aux carrefours des routes en croix, On palpitent, blotties sous bois, A guelt«'r, dans le vent, là-bas, La voix des uieutfs de l'Automne.

Toutes les cimes inclinées Sèment à la plaine moissonnée La gloire morte de l'année Éparse aux vents du firmament.

Et la forêt découronnée Surgit tragique éperdument.

Les feuilles, les feuilles dans la bise!

Elles s'essorent, comme des corneilles.

Tournoient aux frises de la tour,

Et vont s'abattre aux frais labours,

Ou volent au ras des routes grises

Vers 1 orbe tassé du soleil

Qui fume au fond du couchant lourd...

Ah! détourne-toi du porche; Il tombe comme un deuil;

CHANSONS A l/OMBRF' 53

Les mois ténébreux sont proches :

li' Automne a foulé sa torrlie

Et rétouffe en la cendre des feuilles.

Toi, fais claire la lampe des veilles, Haute et franche la flamme au foyer; lUs et chante, sans prêter 1 oreille Au vent qui gaule nos noyers;

Sur la table, toute grande, Ktale la nappe aux fleurs menues Ht qui Heure bon la lavande; Pose un flambeau à la lucarne, .l'en ai poli la vitre nue :

Une lueur sur le chemin Est comme un rire de bienvenue Et comme une main dans la main;

I/j\tre flamboie, la huche est comble; Chante un vieil air de bel accueil ; Sait-on qui vient vers nous dans l'ombre, 1^'oulant, légers, les feuilles sans nombre, Saluer d'un rire notre seuil?

.*»4 î.k rtART^ DE TIK

Le vent portait, tantôt, de la ville aux cent tours;

Par-dessus la forêt qui défaille,

J'ai cru entendre, tout le jour.

Et tantc^t clair et tant(^t sourd,

Harmonieux comme l'amour,

Le carillon des épousailles.

CHANSONS A L O.MBHE

t L'AUTOMNE

Làclie loniiiic le Iruid et la pluie, lîriilal el sourd coiniiie If vent, Louche et faux comme le ciel bas, L Automne rode par ici, Son bâton heurte aux contre-vents; Ouvre la porte, car il est là.

Ouvre la porte et fais-lui honte.

Son manteau s'effib^he et traîne.

Ses pieds sont alourdis de boue; Jette-lui des pierres, quoi qu'il te conte, Ne crains pas ses j)aroles de haine :

(Vvsl toujours un rôle qu'il joue.

(^ar je le connais bien, c est lui Oui vint lanlan avec des phrases

Avec des sourires et des grappes, Parlant du hon soleil qui luit, 13u vent d'été qui i)ruit et jase, Du hon repos après létape;

Il a soupe à notre table

— .le le reconnais bien, te dis-je — Il a goûté au vin nouveau,

Puis on la couché dans 1 étahle Rntre la jument et le veau :

Le lendemain l'eau était prise, Les feuilles avait plu sous la gelée

— P'erme la porte et les volets.

Qu'il passe son chemin, au moins.

Qu'il couche ailleurs que dans mon foin,

Qu il aille mendier plus loin.

Avec des feuilles dans sa barbe Et ses yeux creux qui vous regardent Et sa voix rauque et doucereuse ; A d'autres! moi, je le reconnais.

CHANSONS A I. OMBRR

(^ii'il s'attife d or ou qu'il gueuse — Rentre la cloche : s'il sonnait I

Prépare une flambée; j'attends Le vieil hiver au regard franc.

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