‹ La Clarté de vieChapitre 18 sur 43 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

La grande ombre des arbres va et vient

Sur la blancheur obscure de la plaine;

Là-haut, d'entre le taillis noir des ch(^nes,

Le vent se lève et chante

Sa voix est Apre, comme la haine

Qui se souvient,

Dans l'ombre lente;

J'écoute;

Le ciel mi-sombre houle et chasse

Quehiue débâcle fabuleuse ;

La lune, froide et claire comme un doute,

Sourit et passe,

Et tout le firmament se fait de nuit neigeuse :

Et, si le vent reprend haleine,

On entend, par delà la plaine,

Le fleuve heurter ses glaces

Aux berges basses...

Le vent gazoïiillL- uikj iriHiie,

Géiiiil dos |)laintcs fausses,

lliir!*- (oiiiMir 1111 l>Ias))liôriie impur,

]\h — cl son VIVO, sanglote et se renie, —

Pleure coiiinic un faux pauvre qui se gausse

Et gucltf, la iiiaiii haule, au coin du rnur.

J'écoule, coHinie en un rêve :

Le pas du vent titube et butte,

Entrirtne des branches mortes dans sa chute

Et se relève,

Mè\e en un tourbillon les cimes nues

Qui geignent dans l'épouvante,

Ayant jeté leurs feuilles dès sa venue,

Frêles et suppliantes ;

Mais il les tord dans la mêlée obscure,

A travers Tair fouetté,

Ebranle jusqu'aux troncs crispés dans le sol dur

Et chante

La monotone ivresse de sa cruauté...

Le vent chevrote, las, et s'assoupit :

Invisible, la neige essaime dans la nuit;

CHANSONS A l.'oMHRI 83

\a' iiiillitT des blancs flocons au vol louiiiant

\'()llige sous la voûte,

Se hloitit vers le seuil, comme épuisé,

\ iciii mourir à la t()le tiède, fond et goutte

En grôles stalactites irisés :

Couronne inverse et dérisoire au vieux quinqnet.

Le silence est venu sur tem* ti sous le ciel Et, dans 1 ombre pâlie où quelque étoile halète, J écoule, voix soudaine en la veillée muette, I/arpège frôle et clair des cloches de Noèl.

S'» I.A Ci.Ami Î>K VIF.

matixi:e D'HIVER

Ouvre plus grande la fenôtre;

L'air est si calme, pur et frais,

Que les ormeaux et que les hêtres

Sont tout vêtus et tout drapés.

De branche en branche, de neige blanche

Et que la haie et la forêt

Emmêlent des dentelles frêles

Et le grand chêne ouvre des ailes

De cygne blanc contre le ciel...

Sous le voile vierge de 1 an neuf, Le labour s'unit à la friche Et la colline se mêle au fleuve, L'arpent du pauvre au champ du riche ; Un même manteau de silence

CIUNSONS A l'OMBRK ^^

V^l de ses longs plis blancs et bleus, La grand'route et le clos de Dieu.

— Soudain, le carillon s'élance Et glisse sur la plaine, joyeux, Comme un patineur matineux Tournoie et vire et recommence.

Rose d'aurore et de son jeu;

El rii3'mne rose de tes joues

Fleuries au seul baiser de l'air

Chante en la voix des cloches claires;

La neige rayonne autour de nous

Et t'encercle d'une lumière

Si froide que tes cheveux blonds

Brûlent — comme un or scintille et fond

Au creuset crayeux de l'orfèvre —

Et que nos rires autour de nous

Montent, comme un encens, de nos lèvres.

Car je t'ai chaussée, à genoux,

D'ailes légères comme une aile d aronde

Hfi I.A M.AhlK UK VIE

l'i lii vas efflcuiaiit la vierge glace bleue

Conimc une aronde effleure l'onde,

Avant la pluie, à la Dame-d'Août,

Quand 1 onjbre rnôme a soif et 1 air lourd est de feu

Et je cherche 1 été au fond de tes yeux bleus.

ciiA.NSONs A i.'o.MHKi: 87

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