I.A CLARTE DP. TII
Les paroles dites «-i rcdiles,
Les simples mots battent plus vite,
Soudain, comme un cœur, comme une aile,
El chantent :
L'angoisse de joie en elle
— Comme un rayon — palpite
Et s'irise, soudain, au prisme
Et jaillit, rayonné
Sept fois en sa gloire vivante :
Et le Verbe est né !...
Ah ! quiconque n'a pas, une fois, Saigné de la blessure intime, El n'a pas senti la couronne des joies Brûler comme un cercle d'épines ;
Qu'il s'en aille au lucre sapide Et qu'il torde le rêve en lingot ; Qu'il chevauche où le hasard le guide : Tout chemin mène au tombeau ;
Qu'il parle haut et commande
Aux esclaves dont il est le moindre;
CHANSONS A L'OMBRr.
Ju'il achète leur âme ou se vende Sous l'auhe lente à poindre ;
• Qu'il blasphème ou qu'il exalte
l/lieure pâle où il croit vivre ;
Qu'il mène la tourbe ou la suive;
Qu'il lire l'ëpée ou la dague ;
Mais qu il laisse fermé le livre !
AL COIX DE L'ATRF
Les pages fines de la vie
(J'y ai séché des ancolies
Tournent au vent dont la main est vive:
On sent silr soi la mélancolie
De celui qui referme un livre
Chanteur et si doux en ses rêves jolis
Qu'on a cru le vivre
Et qu on meurt, un peu, en le refermant.
Laisse la porte close, chère,
Nul n'a frappé;
Parlons du mois des roses claires,
Des foins coupés;
Dis-moi les mêmes choses :
On cueille vingt grappes roses
A la même cépée...
CHANSONS A L O.MUHE
Laisse le leu mourir, un peu ;
La chaiiibrc esl tiède,
El je l<; sens sourire, des yeux,
Dans l'ombre, à mon aide :
Iledis encor les ehoses douces
Que lu disais :
On cueille bien vingl roses-mousses
Au mi^nn' rt)sier...
liCs hcui'cs |)irdues rcviennenl, parfois,
Avec leur cueillelle de Heurs des bois,
Ou lasses el pâles du chemin droit
Qui mène au devoir comme on mène à la m(»ri
(Car la Bt)nté vaine porle son remords
Aussi bien nue la Haine, mais elle esl moins lorlc ;
Nul n'a iVappè si ce n'est le vent:
J aurais peur, en duviaiil, ([iic ce soit la Mort
Qui poilc en ses bras tu dirais ([u'elle dort)
Ma Bonté pâle el froide qu'on a tuée l'antan...
Clos mieux les lourds rideaux plutôt :
Le vent vacarme ;
La pluie d'hiver pleure aux carreaux.
SO I \ • I AI'. I r I»K % Il
J'entends ses larmes;
Toute l'oiiibrc sanglote, intruse et veule;
N'est-il une demeure où l'on soit seuls ?..
Allume la lampe avenante,
Jette un cep au foyer qui s'éteint.
Et prends, encore, entre tes mains,
Le livre cher qui chante;
Relis, tout haut, que demain
Nous revaul son attente,
Et que la route est toujours bonne
Pour celui dont le pas y sonne
Et que la source est toujours neuve
Pour le passant qui s'y abreuve
Et que la vie est faite telle.
Hasardeuse et hâtive,
Morose, folle et belle,
Perpétuelle,
Pour qu'on la vive.
CHANSONS A I-'oMHUE 81