T.ES FIANÇAILLES DU PRINTEMPS
La voix des eaux plus forte au sîful des vannes,
L'arroi, soudain, des herbes redressées
Que mène la primevère téméraire
A bataillons pressés,
Et, sous bois, le muguet quun rayon fane ,
Timide prudemment dans l'ombre encor légère
Des lilas et des noisetiers précoces.
Fêtent tes fiançailles. Printemps, de joies complices;
Mais, grand aïeul ridé parmi les bouleaux lisses,
Le chêne, pour se feuillir, attendra tes noces.
D'ailleurs, les bois hésitent;
Ton sourire, même, est si discret !
Le baiser que tu donnes et reprends vite
Rose à peine la fleur nubile du pêcher ;
Même l'amandier blanc sur ta route penché
CHANSONS A l'ommui: ".»1
— l'âge allardr (juc le vieil Hiver qui s'en I Jhargea de saluer ton trioniplie veriial — Sème au-devant de toi une neiufe ambiofui? 3ù des florons, encor, se niôh'nl aux [)étales.
ielli- (jui s'est lev«*t' a la iiik oiilir plciiir, — La pluie et le soleil se partageai les heures, — lUc rit dans ses lart'ies et sa joue est si rose jue Mai tresse à la hâte ses guirlandes de roses Sîlt que Juin sest levé, trop tôti doutant de l'heure; ^lais Avril en a ri, car il connaît ces choses.
Cherchez l'abri du porche : voici la grt^e! ^a simtc est toute jonchée de bourgeons frùles, /os pas aventurés au soleil ipii se montre '\)uleront dans la boue un automne iiiort-iH' ! iar c'est encor la Mort qui vint à ta rencontre, }uand tu franchis rieur le vieux seuil de 1 anm-e
Si je me lève, adossé à la vanne )ù (It'hnrde sonore Iran limoneuse et calme
De Iftaii^aiix roseaux flétris,
C'est que le gaulis nu est cncor diaphane
Et que je vous ai vus à travers son treillis;
Mais ma chanson d'accueil au seuil de notre pré
— Chanson aux rythmes diaprés
Que j'ai prisera la Fleur qui Chante dans les contes
Des rêves joyeux d'antan
Et que j entonnai, claire, à ta rencontre
Par la route, çà, où j'allais chantant ; —
La chanson vive qui te vante
Est sourde entre mes lèvres, comme un cri de rêve.
Et se fond dans le bruit de la vanne écumante
Et dans le tumulte de 1 eau,
Comme un rire quétouffe un sanglot :
Car jai vu à ton bras la Mort jeune et sereine,
— Elle suivit l'Automne au sillon des semailles. —
La voix des grandes eaux tragique et surhumaine
Jaillissait de la vanne, avec la forte haleine
Des arbres et des fleurs, des sommets et des plaines
Qu'elle ronge, dissout, confond, charrie, entraîne
CIIANSONS A I.'OMBHi: 93
\'ers la mer dont le thrène
Perpétuel vers linfini de son vitrail
Dans mille fois mille ans dira vos épousailles...
... Me voici, sur ta roule, iniiuobile el muet,
Et dans Ihymne éperdu qui s'enfle, vibre et monte
Avec la Joie fatale en l'aube évertuée,
De l'herbe aux cimes d'or, de l'eau vive aux nuées.
Je n'ai pas peur de te chanter. Printemps ; j'ai honte!
*<)\ LA CLAKtP. de vif.