DEDICACE
La lente Loire passe allière et, d'île en île, Noue et dénoue, au loin, son bleu ruban moiré; La plaine niollement la suit, de ville en ville. Le long des gais coteaux de vigne et de forêt ;
Elle mire orgueilleuse aux orfrois de sa traîne
Le pacifique arroi de mille peupliers,
Et sourit doucement à tout ce beau domaine
De treilles, de moissons, de fleurs et d'espaliers.
Ce jardin fut le notre; un peu de temps encor, Ta douce main tendue en cueillera les roses; J'ai regardé fleurir dans sa lumière d'or La line majesté des plus naïves choses :
10 I.A CLARTE I»l: VI K
I^es reines ont passé — voici la royauté Des Lys que leur blason au parterre eût ravie Et voici fraîche encor d'éternelle beauté La frêle (leur éclose à l'Arbre de la Vie.
CHA.'<8U.'VS k LOMBIU:
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La Vie grave et joyeuse Avec sa saine chanson d'enfanls Hil tout haut dans les yeuses Et les grands peupliers blancs;
Maternelle et jeune à jamais De la sainte jeunesse des mères, KUe est debout, vêtue de Mai, Et ses bras sont gi'ands ouverts;
Du geste auguste des aurores, Du rire discret des crépuscules, Elle appelle, sourde ou sonore, Vers l'avenir qu'elle recule.
12 I.A CI.AilTK I»F VIK
Ciiaciiii marche ù sa guise Par le pré que sa gloire fleurit :
La Désespérance, assise, Voit passer l'Espoir qui rit;
Il mène l'Année alerte Au long des méandres divers, De la source toujours verte Vers l'estuaire des hivers;
Elle court, hésite ou s'attarde, Sous sa robe douze fois neuve, D'une gaze rose se farde Ou du voile assombri des veuves;
Lui, de sa lèvre vermeille Lui rit, encore, et chante :
.11 la sait belle et s'émerveille De sa parure changeante;
Il l'aime, môme et nouvelle, D'un amour multiplié; Il l'aimait : la voici telle Que l'amour d'hier est oublié ;
CHANSONS A l'oMBKE 13
Car, soudaine, elfeuillant ses roses, Elle se pare des lis de Juin; Et fait, au contraste des choses, De la soif assouvie, la faim !
Il la suit dans le vent qui l'enivre Du jeune désir de la suivre, Et les rêves joyeux qu'elle cueille Derrière son ombre pensive S'envolent comme des feuilles.
La Vie indulgente et complice Varie d'un geste le décor; Le flot des heures grossit et glisse Et l'Année vierge encore, Leurre d'un baiser de prémice L'Espoir en marche vers la mort.
14 LA CLABT^ DE VIP.