LA FENAISON
Fauchez les fleurs, car l'herbe est haute; Fanez les foins, car le soleil croît; La Mort et la Vie vont côte à côte Par les prés et les bois; Et à qui la faute ?
Le vent et la pluie et le soleil fou
Debout sur le chariot fauve d'Août
En feraient bien la litière grise
De ses grands chevaux soufflants et roux
Fauchez au rythme de la brise,
La faux est subtile en son geste doux.
La pierre chante au fil du métal A travers la brume matinale,
CIIA.NSOJ5S A L OMItHK
(ioiiiiiie un chant de mort sur les herbes hautes,
— I.a pierre et le fer unis pour le mal; — Une prière vaine monte du val ;
Mais à qui la faute ?
Après qu'on fauche, avant qu'on fane,
il est une heure diaphane
Et la brise est lourde d*angoisse exquise ;
l^a prairie agonise joyeuse;
Fais le geste d'une main pieuse
Et j)rends à toi les fleurs qui gisent :
V^oilà la canche et la marjolaine
Et la marguerite qui sait nos seci"ets
— Chacune est douce d'une autre haleine — Et voici encore la reine des prés,
Et tes mains sont pleines.
Entre la vie et la mort qui songent, Leurs ombres mêlées font la mousse fraîche ; Prends les fleurs et dis-leur des mensonges Et couche-les où l'ombre s'allonge Pour que le soleil ne les dessèche.
16 I.A CLKRTt: DE VIF.
Et virns ! car la faux noir*' ac glisse et mord
Gomme une vipère fatale et muette,
— Notre clos, là-haut, si tu lèves taléte,
Rit de mes rosiers, sang et or !
A qui la faute, si l'ivresse est faite
D'un baiser d'amour et d'un baiser de mort?
On fane, et la fourche dispersive Ecarte et divise et désunit :
Joignons nos mains et nos lèvres vives Avant la nuit;
Fauche la faux, et fane la fourche !
La fleur est vive de ta bouche,
Nos mains s'étreignent, nos cœurs s'unissent,
Tout l'air est ivre, et ta voix est douce;
Mes roses saignent entre tes lys.
CnANSONS A L'OMnilE 17