MU \I>II
s'élait drloui'iié de moi
i vol l)Iaiic de mouettes virait sui* la mer pâle
ec des cris m<>lës au doux Nruit scnird
1 (lot frangé, à peine, d'une écume rose:
Quel mol prononce un flot '.' une lierho? une algu<; ?
ici est le mot que dil le jour
• ivcnant au laryre au ras des vaijues .'
ici mol soupire là-haut parmi les pins,
10 loul esl ln-au, sans mesur<' rt sans fin ?
celte pierre tombe, quel mot dit-elle?
quand les feuilles tournent sur la mousse
Telles, moins belles, s fdles blondes et rousses — 'ont-elles dit si vite?
lel verbe est dans le ciel quand loul palpite étoiles — ciel et mer — et que la hne point urde, rouge et lente entre les peupliers ? rgcr, tais-toi, et ne me réponds point... » n doigt lit sur sa lèvre un geste familier.
. Je le baisai en le quillanl comme un ami; Il«' tiiiii-l'i iii)i|v: ii';ivon< \i;\< dopmi :
IHR I.A CLARTE UF m.
Des lûclierons de hasard, par la pn*e,
Sautaient, diantaifiit, criaient éperdiiment
— Ojirimo on saute en chantant quand le vin est !><>ii
Kt qu'il coule poin* Ions —
Mais lentement,
Le silence tombe de la lune douce;
Le sommeil les a surpris, un à un,
Tel dormit sur la route, un autre dans sa tonne :
Bacchus menant le chœur du vieil automne
Tituba, demi-mort, dans l'herbe rousse;
Et tout s'assoupit sous le ciel d'étoiles...
Nous veillions, cote à côte, assis au seuil;
L'air était calme et lourd, et, dans les feuilles,
Pas même un bruissement de nid;
Elle avait écarté le voile
De son épaule frêle et de sa gorge hardie :
« Pourquoi n'as-tu rien dit, toute cette veille ? »
Susurra-t-elle, penchée, bas, à mon oreille
( Si près que sa lèvre la touche )
« Tais-toi ! « lui dis-je et lui baisai la bouche...
Et nous restions, ainsi, rêveurs et sans paroles; La lune silencieuse vint frôler son épaule
KN AKCADIK 189
Et semer devant nous, sur \v seuil noir tantôt, En pluie d'argent perçant la treille du linteau El qui perle à son sein et sur ses mains ruisselh', La joie muette de son silence éternel...
'•"• i.v ri.AKTt nr. viK
LA CllAXSOX l)i: JJLCIIEIKJN
Quand Mclissa clianlail, toutes les filles,
Sous le grand pommier rose dont l'onibi-e oscille,
Filaient en chantant bas à l'unisson,
Suivant sa voix plus claire ;
Et, à l'entour, sous le soleil d'avril.
Ceux de la vigne et du sillon,
(Jeux de la cognée lourde, des légères faucilles
Kl moi le porcher, grave à ce qu'on dit.
Nous écoutions couchés dans l'herbe reverdie.
...Je les ai regardées, groupées comme un poenje ;
Je ne sais plus laquelle j'aime
— Aucune, sans doute, hors Mélissa —
Ou toutes, si j'y songe :
Les trois sœurs que Ton prendrait pour la même
N'étaient leurs chevelures diverses :
i;.N VIHJA1>U
l'Jl
rii;ilir avec sps bandeaux que prolonge
Un voile léger, de là, de çà ;
I']iipliro.syne et sa joue où transparaît
La lueur de son rire de victoire,
El puis celte Aglare qui verse
D'un petit geste de dédain si gai
1/ivresse sainte dr la hcauté d'ivoire ;
l''lle est très belle.
C'est elle que j'aimerais
Si j'étais jeune et naît ri iiiDi'osr
Pleurant, coniriu' jr fus, (juand l'aube rose
M'ouvrait le voile solitaire de 1 Kté,
Avant (pic Mélissa nr nie fût belle...
(Huit ! les voix ])alteiil de 1 aile,
La Strophe se pose.
Le rliant s'alontilet sr lait
Aiii<i j écoute et rêve tout ensemble ;
Lt (piand le chœur des filles aux lents mots doux
M» url comme un souffle entre les feuilles du tremble,
(le fut le tour de lun de nous
\)(' d'ivc un hymne, une ode, ou (pndque chanson simple,
Selon son goût et sa science ;
Donc ayant applaudi on fit silence.
Hi2 LA CLKhri de vie
Mélissa j)rit le sort :
a Agias ! Agias le bûcheron 1
— Ce ne fut qu'un grand rire el hien à tort)
Agias va dire la chanson. »
On fît cercle de plus près sous le pommier,
Gaîment, avec des mots dits à voix basse,
De fiancé hardi à fiancée dispose,
Et l'on se récriait,
Soit que la fille rougît comme une rose
Et qu'on feignît de savoir le secret,
Soit qu'on en réclamât l'aveu.
— Troupe joyeuse, et turbulente, un peu ;
Et, pour un mot
Que lance de voix feinte un vendangeur
Qui rit toujours.
On criait : « Agias ! Agias évohé !
Dis tes amours »
Car Agias passe pour un sot
Et courtise l'inconstante Aglaée
Qui rit de lui avec ses sœurs aînées.
EN ARCADIF i93
Il rougit comme une fillette qu'on raille
Et puis, sans honte fausse,
11 se leva de toute sa haute taille,
Et de la tête,
Jeurte comme l'auhe neuve,
Kt musclé comme Hercule Athlète
Appuyé sur sa hache claire dans l'herbe,
Gauche un peu à vrai dire,
Un corps superbe ;
On l'a dit niais
Sans preuve ;
Mais il portait à rire.
Or Mélissa de son banc de gazon
Groupe ceux-ci du geste ;
Fait signe à celui-là qu'il soit plus leste.
Place les filles et les garçons,
Souriante, du reste,
De son sourire fin
Et de ses yeux lilas,
Et Agias, debout, pul chanter à la fin.
— On riait bas — :
i.V «XAliiK liK Vil
« Vous me connaisse/ bien avec ma hache.
Si je suis doux et si je me fArhe
(^)ii(>i «jiK lOri dise et quoi qu on fasse,
Doue riez, tout haut ! de mes mots sans art,
lu si je vous toucliais par hasard,
Ce sérail la voix de l'amour qui passe.
« ])e l'aulje au soii*, l'été l'hiver, On m'entend au fond de la clairière :
A chaque coup de ma hache de fer Le soleil s'avance et l'onjbre recule Et souvent le soir, au crépuscule.
Où midi fut soiiihrc la nuit est claire.
« Je ne chante pas car la tâche est inide;
.1 écoute chanter dans la solitude
I/écho de ma hache au souffle court :
Va des plaintes, aussi, sous ma cognée lourde
— Et je ris tout haut ! car mon âme est sourde
Aux plaintes des nymphes, à leurs mots d'amour
^( La Dryas a dit : Ce chêne m'abrite. Veux-tu m'en chasser? regarde vite.
FM AKCADIL' l'*«"
(]i>?iiriie je suis belle et grande, liélas? Mais je n'ai cure de ses promesses, .\r n'ai que faire de deux maîtresses, lu celle ([ue j'aime ne m'aime pas.
« Kt je ris tout haut ! balançant ma cognée
I/«''Corce vole, le ti'one a saigné
— Tous les coups portent et je les compte —
Le plus vieux cliéne chancelle et penche
Kt tord éperdument ses branches,
Kt s'effondre avec un cri dv honte
« La Sémias, pûle dans le bouleau, Me rit d abord avec un sanglot :
Vois! je suis blonde et (vMo, pi-ends-i Mais qu'ai-je à faire de ses baisers ; Ma maîtresse à moi me tourne en risées F( tu v(iudrais (pic je rie avec loi?
IlOl
Mt c'est ritéas, dans le saule, à présent, (}ui veut me donner sa bouche en présent Va ses longs cheveux et ses yeux lilas ; (iarde tes yeux et tes tresses douces.
l'.x; i.x t.LMiri liv. viK
Ma iiiaitresse est belle et me repousse,
Ta bouche n'est pas la sienne, n est-ce pas ?
a Ainsi je lève ma hache et j'abats Le frêne et le charme et le châtaignier, Et je rythme la chanson de ma cognée : Ma maîtresse rit et ne n'aime pas :
Ma maîtresse pleure, elle m aimera... »
Il se tut ; car il vil qu'on ne riait pas Et il vit que sa cause était gagnée.
i:.\ AUCADII 19"
LE SATYREAU
. On dirait qu un rayon troué le feuillage, lèche vive de feu t jet d or blond ui poudroie de la joie ans l'ombre bleue, épanouit en gerbe qui s'embrase, ',t tombe en large flaque d'or rosé u dos d Yaina, ma truie qui dort...
'oui est si calme
)ue la brise, là-haut, dans les feuilles de cime
iusurro, à peine,
Jn bruit léger de vagues,
h je m assoupis dant un chant de rimes
aines,
Jn flottement de palmes,
Jn chœur lointain d'épithalame...
\'JH I \ (.LAK1K UK ME
(' csl un satyreau — maiiilonant, jo le vois bien î
W'ivr lilond de lumnTi* —
Assis au dos d'Yaiiia ma Iruie;
Il parlo avec sa voix, sans fin ;
MuriMurcs des cimes, bourdonnement de l'air
Rumeurs de 1 eau,
lu, peu à peu, j'enlend des mois...
\ L amour ?
On n aime pas quelqu une — tèlc blonde ou brune l^]t baiser sans recours — On aime !
« Celle-là, celJe-ci, qu'importe ?
On mène sa chanson de porte en pnri(
Du labour à la fenaison,
Des foins à la vendange,
Et on la change
Au gré de la saison.
On aime la Vie, à même !
|:N AHTMMl 1 '.»'.'
A loule licurc on rsl autre ;
li te revoit après deux courts ét<''S
; te reconnaît pas !
li donc as-tu viv f
, si n'«Hait la loipu; où lu l'acroutres,
li donc te counaîlrail ?
ici Age à ta vci'lii '}
îs viii*^l ans sont j)artis par le chemin des frônes
1 ïail ! ([ui donc cs-lii .'
/ec ta mine liaulainr
)ur te dire l aîn»î de ce ji-uin- lionnnr murl ?
n est pas un alouie de ton corps
li n'ait changé depuis ces heures-là !
us rien ne vit en toi qui fut vivant en lui ;
li donc es-ln .' <jne fais-tu de la vie?... »
parle dans mon songe dune voix <i fi'èle
ue je ne puis le contredin' :
i voix m'atteint à peine
tpèle-im^le
vee le chanl des feuilles elle son de ma lyre
étendue au soleil et qui soupire
es notes grêles.
200 I.A CLARTÉ DP. VIE
Kst-ce la peine
De se retourner sur le talus frais fauclu-
Parce qu'une tige est rude et qu'on s'y est rouclié ?
Kt quant, la nuit, un volet bat au vent,
A petits coups, tout doucement,
Te lèves-tu pour le fixer ?
Quand même tu t'en fâches ?
Ainsi je l'écoutais involontairement.
Vexé,
Irrésolu et lâche..
« Ne veux-tu pas aimer ?
Que te faut-il ? des jonquilles jaunes ?
Les lys aux roses tramés ?
Des anémones ?
« Je sais dans Syracuse
Une fille riche et vaine ;
Avec un peu de ruse
Et un peu moins de peine,
Tu fréterais par elle des trirèmes.
Tu mêlerais aux ambres de la mer du Nord
IN AlU ADIi: 201
Les épices d'Égyplc, sur ton comptoif.
La veux-tu, (lès ce soir ?...
a Non ? tu n'as cure d'or ?
— La pauvre feinte :
L'or c'est Corinthe!...
« Pr<Muls celle-ci. alors, de Bactriane :
Son amant sera satrape des Mèdes ;
Veux-tu un diadème à ceindre,
Gomme intermède,
Entre deux longs baisers ?
Tu mèneras la guerre jusqu'à l'Inde
Pour te reposer...
« Non ? tu fais û des victoires ?
Pauvre homme I pourquoi craindre ; La beauté aime la gloire, 11 faut l'or ou la gloire pour rétreindre...
(( Voici des esclaves sans noiiibri' :
Los filles blanches et blondes de Trébizonde,
20'l i.A cLAmi ne %ie
Ddiil 1.1 ( liaii* <.'sl nue neige tiède; La mihir'iine d()nl la gorge est d'ivoire noir l''l brûlée d'aromales comme un encensoir... li'aiiiour en larmes ! i'amonr ivre et fol! l/am«)iir (|iii rrif on l'ariioiir ^ans parole... L amour... n
... 11 parle éperdument dans le soleil ;
La brise fraîchit dans les feuilles s»*ches,
M éveille
Et j'ai heurté du pied Yaina ;
Elle surgit de son somme
Avec un grogneiuent revéche
Qui met en fuite
Le petit satyre et ses contes <,in=; «milite.
Et je me lève de mon rêve ;
— Le soir descend —
Et soufflant, dans ma corne, j appelle mes porcs Et nous faisons route vers l'étable encor
— La route est rouo^e comme du sanor — Et i^Ale ensuite comme la mort...
K.N ah«:auik. *-(>;J
...Et inaint«^nant je iiiarclic dans le cr«^pus(Milo,
Songeant à Mélissa, aux premiers jour.s qui se renilent,
Là-bas, dans le passé, eoinnic un cortège clair ;
Et je regarde l'avenir et son myslèr»'
A travers la nnit inollc qui monte autnui- de ii<»us ;
Je songe à ce (ju\'lle dirait décela.
Et fais sa r«>ponse à mi-voix.
Feignant ses mots tendres et doux...
« On n amie (pi une lois; le reste csl vain :
Si je pouvais, en retirant ma main.
Te pousser à la joie sans lendemain.
Je le ferais sans un regret, sans un remords;
Mais l'amour qui te tient est fort comme la mort.
« Aglaée te plaît-elle ? elle a ma bouche !
Eupbrosyne, comme moi, mêle sa chevehu»» au vent.
Et, si ta njain instinctive la touche,
Ce sont irjes cheveux que tu frôles.
Comme tes yeux tantôt baisaient ma bouche
T'ari".'les-ln pimr voir Thalie parmi les saules
V j)ris-lu garde?
riialie se penche comme moi quand elle fib?.
20'l I.A CLAIiTP: DK VIE
Et de tes yeux volages c'est moi que tu regardes î On n'aime qu'une fois et le reste est futile.
« Car ton amo est faite frMe Du reflet de mon rire en elle ; Ton songe est le miroir choisi Où j'ai miré ma nudité farouche ; Quel rôve vaut ceci :
Tu m'as baisé la bouche...
« Si tu t'en vins vers moi, naïf et grave
— De quels lointains les dieux le savent! C'est qu'un destin te mène ;
Que n'as-tu pris la mer?
Pilote ou capitaine ?
Ou, levé sur la tourbe humaine,
Que n as-lu fait ton rtve avec des mots de chair?
Que n'as-tu dessiné ton songe avec des corps
Qui saignent, pleurent et meurent
Avec aux lèvres le mot d'ordre de la tienne ?...
— Va, l'amour qui te tient est fort comme la mort ! r>
Et je n'osais franchir le seuil, Comme un prodigue ;
EN AUCADIK 205
Sûr de Taccueil,
Mais m en voyant indigne ;
Et je m'assis, rêveur, près du grand cep de vigne.
Car Mélissa chantait noire amour aux accords J)e sa petite lyre tendue de cordes d'or Kt j'ai pleuré de joie et d(î honte et d'orgueil. Car l'ariiour qui me tient «si fort comme la mort.
'AHi
l.\ lA.AUrf. M VII
l.\ COUPK
Un grand auvent de chaume nous abrite;
Entre le tronc des vieux tilleuls,
On voit la fuite
Du fleuve, des nuages et de l'heure suhil<-
Une rose s'effeuille,
Et puis une autre rose ;
11 inod«*le, je chante, on cause.
Si je m assois auprès du j)<)lier. mon aïeul
C'est pour causer;
11 aime à parler à sa roue qui vire
— Même quand il est seul —
Il me fait arroser
L'argile grasse que je lave
El mêle d'un peu de sable;
Et je le laisse dire;
Sa voix est sonore, franche et grave.
KN ARCAOIK 207
parle avec un gesle dr la liiain, tmjours le même; a foi inébranlable c voile d'arguties que j'aime.
es vases (ju'il tourne et orne sont parfaits,
)e «çalhe pur, et quoi (ju'il trace
- Les petits groupes de déesses et de dieux,
)es lliyrses en trophées,
)rj)liée de Thrace,
iCs bacchantes à la dépouille tigrée,
^a dans(; des Muses —
.\)ut satisfait les yeux,
]hai*iii<' ou aiiiiise ;
>es coupes sont si belles
Qu'Athènes y boit le vin des îles ;
•>ans sot orgueil il en est fier un peu,
\ bon droit : chacun l'aime pour son arl habile
\^i pour sa bonne grAce et ce qu'il dit ;
[^{ moi je l'aiinr pour sa foi tranquille.
Donc, je m'étais assis auprès de lui.
Ma lyre debout entre mes deux genoux
A le regarder rnodelcr la terre; Je fredonnais un de mes airs; Puis, comme je me taisais, Soudain, avec son geste do la rnain :
« Vos cliansons, dit-il, mon enfant, tournent dans l'air
D'un souple vol aisé.
Gomme sur l'herbe cette ronde de filles;
Ton art est joli, frêle et trop facile :
Ta rime sonne à peine comme un baiser;
Ta muse est trop agile
A fuir vers les Saules. »
Je l'écoutais, car j'aime sa parole
Et son esprit subtil.
« Ta voix est juste, ton plectre est prompt;
Ta lyre se marie aux mots en harmonie;
Le rythme entre tes doigts, se noue, se rompt
En mélodies indéfinies;
Ton rêve sur ta lèvre neuve
S'accorde au geste de tes doigts;
Tu crois improviser la preuve
D'une autre loi,
i:n ahcadii. 209
- Dit-on? —
oui cela est beau et digne et saint, sans doute;
(ais, quand ta bouche sera close,
a lyre détendue aux mains d'un autre,
'u'en saura-t-on?
)ue sera-t-il des rythmes que tu oses
t dont toi et les tiens vous vous vantiez,
,n vous grisant de vos chansons ?
.a mort te prendra tout entier
X hors la mémoire d'une chanson de hasard,
[ue saura-t-on de loi et de ton art?
: Car il en sera de la sorte, poète ;
randis que cette terre que je grave
2st telle qu'elle brave
)e sa beauté passive
^e temps qui guette ;
gt — que je meure ou que je vive,
du que l'Hellade esclave
S'ellace et tombe dans l'oubli —
Dans mille fois mille ans sur telle plaine
Où sera morte Athènes,
3ii aura péri Thèbes,
Un soc lèvera ma coupe demi-pleine
'2\0 I.A r.LAHTk Vf. VIE
li«;s < fiidrcs dos arriôre-ncveux iiuMées à la li«* J)os vins qu'ils y boiront dans mille ann^#*s. l'il Ci' soûl gost«,* d'épl»èl>e — N'en Irouvàl-on que ce débris — Dira au monde jeurte qui nous fûmes, u 11 inscrivit mon nom au flanc du vase frêle Et puis : joueur de li/rv^ et signa : son aïeul. « Tiens, dit-il en riant, nous voilà immortels! »
Alors je lui ai dit
l^Plus haut (ju'il ne fallait, peut-être^ :
« Ton art est si peu sûr de vaincre le silence
Que tu le veux muet, mon maître ?
Quoi donc! se tuer pour ne pas mourir ?
Vais-je dire, après toi, en rejetant ma lyre :
Assois-toi, fille, avec tes grâces vives,
Ne lève pas tes bras en arc ;
Ton geste raessied!
Ne cambre pas la taille souple,
Ne tourne pas ainsi.
N'alterne pas le rythme de tes pieds!...
Maître, le trait est net des dessins que tu traces,
La courbe de ta coupe est savante en sa grâce
Et je crois comme toi éternel ton dessin —
I N ai«:aI)Ii; -1 1
fais II esl-ce pour c«,' ([iie la Li«^m' viv.iiile
Jndulera, là-bas, dans la danse d'une lille ?
!t par rllr Ion (uuvre est vivante à jamais;
lar s'il n'tvoquail rien que n'eussent vu les yeux
1 sérail iiironipris coniine l'jeuvre de Dieu,
)ui trace à l'inlini dans le v'uA clair d'été
^a pr(>pln''li(|U(^ joie de son éternité;
)ne Lui seul peut se lire... cl cpie j ai épeléeî...
Aïeul! nous sommes la voix perpéluelli; '!t ce qui vil en nous, l«^s éphémères, 'iSt clernel en soi, étanl la Vie; «îolre art n'est pas un ait de lignes et de sphères : »ous sommes, e est assez ; ioyons, à loule vnix !
)emaiu nous dormirons où dort le passé coi.
: Mais l'avcuir harmonieux sera;
iG dont nous lûmes subsiste,
>i bien qu<î sur la lèvre des amants
iC mot : Toujours renaît impé'rissablemcnt,
ovcux, et triste...
2lli
I A I I A r I t. |>I \ Il
« Mon nom ?
l^r Fiiol dont on nie nomme ?
Qu'imporle, s'il s'éteint ou change
Sur la lèvre des hommes ?
Le tien, tracé sur ce rython,
Le lira-t-on selon ta voix
Dans l'avenir étrange ?
« Si même ton petit rêve d'immortalil<-
Se réalise, et qu'on trouve ta coupe,
Sais-tu comment s'épelleront les lettres que lu traces
De cette main si sûre ?
Regarde: elles s'effarent î...
« Non tu n'as pas compris, bien que tu l'aime^,
La joie impérieuse des poèmes ;
Figurons l'avenir qui t'inquiète :
Les siècles sont passés,
L'Hellas est morte avec son âme et sa pensée,
La voix de ses clairons, le chant de ses poètes ;
La grande barbarie éparse autour de nous
S'est rejointe, fondant notre œuvre en son remous;
IN ARCADir 2\A
Le langage du Scytlve iiiôlé aux mots du Parlhe
Fleurit comme une rose qu'on a greffée;
Regarde !
Les grands bois croisent leurs trophées;
La nuit en robe bleue marche sur les sommets ;
L'hymne éternel est doux encore dans les feuillées;
Artiiémis survit au nom qui l'a nommée;
On chante dans l'ombre tiède des veillées;
Cypris aux blondes chairs adoucit sa voix molle,
Enseigne à dire : j'aime ! aux nouvelles paroles.
Ce qui valait de vivre de nos rythmes survit;
Dans le lent crépuscule et sous le lourd midi,
Le sentier fleure et bruit ; un autre le gravit;
Ce qu'il chante, le môme écho encore le redit;
Hien n'est raort de nos rêves, de nos joies, de nos doutes;
Sur le temple effrité que foule la grand'route
La ville chante encor, dans la voix d'un passant
')m marche dans le matin éblouissant; hi'importe de mourir à qui entend son pas, qui sent la poussière qu<' lève son pied las la fraîcheur de l'ombre soudain barrant la roule in bruit de gazouillis que d'ici on écoute, ho du vieux tilleul dont l'ombre rit sur nous... ? .Il ! laissez-moi mourir, en chantant, à genoux !
*.\'t I.A CLAUTÉ bV. VIF
De <|ii<ll<- r\rvn\\v |);i<->i\<' |».'irIr/-voiis ? Maître!
Non. je voudrais mourir debout, (Contre I«; v«nl délé, la face au jour, Où l)i<'n l'auloiune, La tôte ceinte du laurier roux, Tendant ma lyre aux flèches de la bise, (^ar sa voix sonne douce encore, quoi qu'elle dise.
« Quel est donc ton regret et que! est ce reproche
Et quelle est cette gloire feinte et rouée?
Ce que j ai dit pour ceux qui m'écoutaient
Se dissipe, nuée.
Et l'ombre comme un vent l'efliloche?
Soit ! je te répondrai : C'est bien .
D'autres ont chanté haut dont nul ne se souvient;
Mais quand mon rêve juste se marie à ma lyre
Je sais que c'est cela qu'ils devaient dire
Là-bas où susurra la jeune humanité;
Ce que je prends aux brises de l'été,
Un autre le prendra et s en trouvera riche ;
L'ombre des chênes est prodigue à jamais
Des rêves où j'ai lu les mots qui font aimer;
Les roseaux donneront à quelque autre la note
EN ARCADIF -IT)
Qur j'y pris allongé sur la litTgr...
Et Maïa mire des Dieux est jeune et toujours vierge.
Et, si ma joie m'approuve, un auli-c m'a compris i.à-bas dans l'avenir sans terme des esprits; La Belle Klernilé n'a cure de mon nom : Nous vivons à jamais dans ce que nous aimons; Aïiul, l'œuvre est exquise de tes mains, OllVc ta coupe aux Dieux; car l'art est surhumaine Hien ne mourra de nous, rien n'est fulile et vain : La vie se réalise à l'infini ;
Tout est grave et joyeux; ta coupe el mon poème î Kttout est éternel, ineU'ahle et suprême. La courbe des coteaux cl la chanson des nids, Celle Ik'upc et ces paroles que je dis, Et ton sourire ami cl les gucpes qui viennent Grapiller au linteau la lourde treille d'or; Aïeul qui m'aimes bien el que jélonne encor, N'esl-ce assez de ceci et quoi (pi il en advienne, N'esl-ci» a^*^c/ de l'/Mcrnilt'' (pi<»lidiini,c ? »
11 ril, songeur, un temps, immobile : un groupe De bacchantes couraient lascives sur la roue;
La ronde fléchit, cède, agile et se renoue; 11 la vit repasser, trois fois, et sur sa joue Une larme a coulé : « Adieu joyeuse troup»,- ! »
— Et, me baisant au front, il a brisé sa coupe.
IN AUCADIi; 'J17
MELISSA
... Du tertre, ici,
Assise auprès d'un pâtre
— Mieux que du trône aux griffes d'or
Hayant, d'un cri, l'albâtre
Des dalles, à peine sonores
Du pas glissé des théories —
Tu vois passer, léger, au long des prés en fleurs,
Le jour harnionieux parmi le chœur des heures :
Et selon le vent d'avril alerte,
Entre l'azur ardent et la plaine trop verte,
Groupe lent et chenu de souvenirs, sans doute,
Passants vieillis des vieilles routes.
Les nuages te sont une mélancolie;
Et tu rêves au vieux tcmi)le d'où l'amour t'a ravie
Et tu songes, peut-être,
A l'ombre parfumée de l'encens des vieux prêtres;
21 K i.A cLkmk DP. VIF.
'J'ii l«- dis (|ii'il <;sl iiii(,'iix d«? mourir sans savoir Le jourluimiliant nos r^'Ves de sa gloire, Puisque la nuit revient et que la mort est noire; Mais je te dis:
«Toutes tes roses
Montent et festonnent tes chapiteaux,
Des colombes s'y posent ;
Et j'ai ravi, tantôt,
Encore un secret à la joie des choses :
Car vois !
Les marbres d'or, aux cannelures fines.
Du petit temple de ta vie,
Mélissa,
Sont riches du soleil qui décline
Versant, avec sa joie, la soif des vins
Qu'elle mûrit !
« La brise entre le^ feuilles tutélaires Ramène vers ta lèvre au pli joli L'haleine de ta chanson même, Et la baise
IN Ain A III I 2\\)
Dune lèvre acide encor du baiser de la mer, lu mMo riiorizon à ton poème...
« Regarde, en te penchant sur mon épaule,
Vois mon grand bouclier contre le saule,
Parmi les hauts épis :
Le (irillou luit d'argent sur champ de sable,
Et c'est comme un trophée
Que j'ai pris sur mes haines assoupies.
Un soir de fable ;
L'Ep«'e,
Que l'autre élt' j'ai plantée dans le lerlrc,
Est tout enguirlandée par les volubilis
— Qui l'ont couverte
Comme d'une rouille fleuri»; d'épopée!
Et la gorgone de la garde
Rit presque, mainlenanl,
Et nous regarde ;
L'Epée est blanche comme un lys ..
« Je ne sais si le cyprès sévère
M'approuve,
Mais j'aime la douceur de l'oliviei
220 i.A ri.AHT^. i>f vik
Grîs verl
Qui fait rurnbre Mgère en écartant ses doigts
... On trouve,
En triant ce gravier,
Des perles, maintefois
— Ainsi, dans mes paroles, ta réplique (Et bien que tu te taises ! ) —
Tout est trop clair, ici, pour que ton cœur s'y cache
Ton âme est belle et nue comme ta chair pudique,
Le jour est aise,
Le jour embaume, chante, rayonne
Et d'être belle et nue ta grâce est deux fois bonne...
« Levons le thyrse !
L'occident rougeoie ;
L'ombre du Ménole, jusqu'au bois,
S'allonge,
A s'y confondre, sous la voûte des chênes
— Comme mon songe
Se fond au mystère des joies humaines..^ Levons le caducée !
Les porchers font une ombre en marche Au flanc poudrenx et clair du Lycée
— Le soir monte, le jour s'efface...
EN ARCADIE 221
Méiissa, Toute la grave majesté dos liori/ons M'oublie!
J ai saigné d'être seul, avecque ma folie A sourire âmes vieilles visions Et si ces heures-là furent vaine?, Celles-ci,
Sont vaines, donc, aussi, Est-ce la peine ?...
Je viens vers l'avenir au pas de l'heure frêle, Jeune ombre, à jamais même encore que nouvelle Sa main entre ma main change à l'étape neuve ; Elle est la fiancée, toujours, et vierge et veuve ; Ariane diverse, elle met entre mes doigts Un fil toujours nouveau, le même toutefois, Liant à chaque pas ma destinée à l'ombre Qui fuit derrière moi, iradiée ou sombre, Si bien que, dans ma main sans cesse appesantie. Je sens le poids des jours avec le poids des nuits Et que mon pas, jadis alerte, s'embarrasse Do lôohoveau, qui fait ma marrho di'jà lasse.
222 I.A CLARTE. DK V|K
0 Est-ce la halle ici,
Auprès de loi ?
Avec mon troupeau de soucis
Comme des chèvres noires, fantasques et dociles ?
Avec mes joies,
Gomme un groupe d'agneaux dans l'herbe tendre ?
« Mélissa, tu es patiente de m'enlendre ! L'aumône de les yeux rieurs fait pâle l'ombre ; J'aurai des chansons claires comme ta tresse blonde Qui mène, Ariane, au jour de ta beauté pensive ... Et j'ai honte de moi quand je tiens ta main vive.
« Vois, même sous la lune sénescente,
Gomme l'horizon est large,
Profond et clair,
Jusqu'aux étoiles!
... Les chênes entre leurs bras noueux
N'étreignent qu'un peu d'air,
Et ces noyers
Avec leurs ombres, lourdes comme une charge.
Rêvent joyeux;
Mais moi.
KN AKCADIK '121
v-c ce rt'j^ai<i <[ui me mène Il rijorizoïi à riiorizon,
-i-il une ombre que j V'ireignc 1'
l)urne de nuit, fraîche à ma lempe en fièvre ? tvec ce regard qui me mène usqu'à la mer aérienne !
e rôve par delà le radieux domaine )e fleurs et de parfuiis de printemps et d'automne 'n hoiizon plus large où mon désir s'étonne ;
Devançant vers la mort le pas de mes années, lovant les fruits cueillis et les roses fanj^es, amais las d'espérer, jamais saoul d'avenir, làlant d'un geste gai mon ombre sur la route mant devant toi, comme un défi au doiilr. leiiillrs que ma main arrache aux branches basses, .1 que la brise folle en souriant pourchasse...
Ris donc ! ton souille agile vibre aux cordes des Ivres ; a haute Voix des pins au murmure du saule Lvec son rythme où sonne à demi la parole, :st telle, (h'jà, qu'on l'écoute, .a lyre oisive sur l'épaule,
224 I A n.AiiT/ iJi: vu
L'esprit se tail et doute.
L'herbe, balbutianl de sa ténuité,
Fait rnuet notre rêve exquis de la nuitée ;
Les astres ont des musiques fraternelles
Et l'on rêve sans voix à les songer trop belles ;
Oui, et l'on craint que sonne étrange la parole
Quand le pin dit plus haut le murmure du saule.
« Ris donc, Mélissa,
L'amour ose épier le sens léger d'un rire
Et je te chanterai selon ma haute lyre
Ta propre joie,
Ce soir
— Ainsi qu'un échanson
Verse à la reine, d'un geste de roi,
Le vin du royal pressoir ! . . .
... « Mais qui donc chantera, Mélissa d'Arcadie, L'hymne que toute chose en priant te dédie ? Le sourire et le geste chaste que tu penches Sur la fontaine, émue au baiser de ta soif; La clarté dont avril enguirlande tes hanches ; Les roses dont l'amour victorieux te coiffe ;
FN ARCADIi: 225
Les p«halcs neigeant leur frêle mort ardente, De tes cheveux tout d'or limpide comme un vin, Vers le pli et les fleurs de ta gorge prudente...
Oli qu'il sache, entraînant d un geste surhumain La joie de ta beauté vers 1 éternel demain, Lever le rythme ardent que ta i)udeur avive, Comme une torche claire et sûre, et que l'on suive 1 »