‹ La Clarté de vieChapitre 36 sur 43 · LES DEUX FAUNES · texte numérisé non relu

LES DEUX FAUNES

L'un au long de la nier,

L'autre au fil de la route,

— Avec, tous deux, le goût amer

Des feuilles de lierre que l'on broute

Ou de l'embrun qui brûle aux lèvres,

Comme les larmes et les baisers —

Les deux vieux faunes aux pieds de chèvres,

Loin du Parnasse pourchassés,

S étaient rejoints au carrefour;

Du même pas ils entraient dans le jour.

L'un de sabots encore alertes Piétinait la sente herbue; L'autre boitait p%i' Therbe verte — A l'épaule l'outre plate et bue — Chantant comme un enfant malade

EN ARCADIK 10'

Avec sa (lùle légère et sùre;

L'autre faisait rire comme une cascade

L'agile syrinx dans sa barbe dure.

Quand Elle les vit au clos du verger

Cueillir ses pommes et les manger,

l^iie rit tout baut et s'apitoya

\'A I«'s appela;

Kl l'un prit sa flûte, d'un geste gai,

Va l'autre sa syrinx, grave et rieur.

Mais leurs doigts étaient gourds et fatigué's

Et leur souffle ('tail coiirl, à cause des pleurs.

Elle vint à eux avec un sourire l'our leur dénùment et leur pauvre malice : Car elle aimait la flûte, son vieux délice, D'un amour dont était ialouse sa Ivre.

Le jour se pencbait vers les collines bautes;

Les rayons palpitaient aux bancbes des pommiers;

Et lazur se raya du vol vif des ramiers;

Le miel et le lait faisaient bavards nos hôtes :

l'IH I.A ri.AHIÏ l>F VII

(^ar l'un dil « Sa jeunesse aux aguets.

Les dryades surprises

Aux pierres du gué,

Le chant des brises

Et la forêt gaie

Et puis l'hiver soudain en ses yeux fatigués:

La route de la mer et le sel des embruns ;

Les lourds soirs étoiles de ses rêves défunts,

L'inassouvissement de son désir auguste;

La terreur d'être Terme et marbre jusqu'au buste,

Le pas inconscient par quoi seul il se prouve

Sa leste volonté vers l'aube duveteuse

Où l'œuf du Cygne pour l'éternité se couve!... »

Un rayon remontant frappa sa lèvre pieuse :

11 sourit, triste, et prit sa syrinx aux fiers jeux, Et des larmes luisaient tragiques dans ses yeux.

L'autre, la flûte aux lèvres, berçait Un peu d'amour léger qui le hante, Avec de la honte charnelle et ardente

I N AKCADIE 169

Kt le sourire aussi qui incite et qui sait;

Il (lisait les pas et les poses passés,

Fuites et rires, et la colère exquise.

Les baisers et les luttes — <•! la douleur assise,

Lasse et qui veille la joie enlac«5e

Ht se lève, soudain, et s'étire et niépris»^..

Sa vieille chanson était ncuvr, cl ses doigls

Gouraient sur la flûte en rythmes de danse,

Si bien que des filles, par deux et par trois.

Remontant de la source, la main à la hanche

Et le bras droit levé vers l'amphore et son anse.

Accordaient leur frêle pas à son air :

Leui* tunique étroite et pûle sur le fond vert

Harmonisait un pli mobile à sa voix juste.

Va de la joie riait sur son visage fruste :

« Passantes, leur dit-il, j'ai gravé sur les bornes l/Éros et l'Antéros, en mots que vous liriez; Double thyrse, enlacé de gais pampres, mes cornes Abritent mon front nu bien mieux que des lauriers! »

170 |.\ CLAKTÉ DF Vil'

Oïl liait dans le soir encor clair de la roule;

l*uis les porteuses d'eau s'en furent vers les fermes.

— Les étoiles, semant de bel espoir la voûte,

Font l'étape facile au voyage sans terme —

Ils s'en furent, la nuit, à la mort des flambeaux.

Rythmant leur chant de marche au son de leurs sabots.

Je les ai vus, depuis, à la fontaine au bois :

L'un trempait ses sabots et faisait peur aux filles ; L'autre, attentif à l'hymne unique aux mille voix Et couché de son long dans un lit de jonquilles, Un à un, lentement, de l'cfTort de deux doigts, Brisait les roseaux verts de sa syrinx agile...

IN ARCADIK ITl

LA MAISON DRrPIIORBK

\.rs foins gris lanent; l'argile du sentier gerco.

Je le regardais de la rive adverse

Connue on regarde, en musant, qui travaille.

a Avec ces roseaux verts, je fais des mannes,

Des corbeilles, des laisses

Kt maintes choses légères qu nu liesse.

Mêlant les joncs aux pailles,

A deux mains nettes,

Le soir, en chantant bas, (juand on est seul, »

Dit-il — avec un rire, en relevant la t^te —

o Et je les cueille quand ch(^me <*ne<)r la meule.

Chaque an, «jue l'eau est basse

El (jue la tin juillet

Dédouble au vent les ruches qui essaiment. "

L'oiiihre luiniidc des saules vacillait

Sur ses mains et sa face

Et sa voix tremblait, douce comme 1 ombre même,

Comme la brise entre les roseaux verts

Et comme l'aile des libellules dans l'air.

Il se leva d'entre les joncs mouillés;

« J'habite au faite, dit-il, et je remonte

Avec mes roseaux que voici liés,

Et s'il te plaît de voir ma maison blanche,

Viens; je n'en ai pas honte. »

— Il riait, la main lourde sur la hanche,

Le faisceau de joncs fléchi sur l'épaule, —

« Ce sentier-ci m'y mène à travers pré,

Toi, prends plus haut, au gué des saules,

Car, ici, l'eau se creuse au temps des crues.

Un lit profond de vase où l'été dort au frais ;

Passe le gué où je te rejoindrai. »

Puis il tourna la tête et disparut

Avec sa gerbe.

Entre le bleu de l'ombre et le vert noir de l'herbe.

KN AKCADII 173

(e pris le gué, car l'homme était étrange,

\vec ses yeux d'enfant entre ses mèches grises

romhant en franges vers sa barbe blonde encore.

Avec sa mise

Simple et soignée, avec son port

Libre, et sa flûte au cou, toute d'or,

lit sa tunique blanche.

« Mon nom esl l'iuphorhe, > dil-il — sansquélerma i-éplique

'iomnje tel qui, contre un mot, veut, en échange

Un autre, et quelque histoire pour celle qu'il a contée —

Lui, parlait seul et faisait la répor.se,

A peine soucieux d'être écouté,

Peut-être,

Comme un qui parle haut à soi :

« Tu es le berger de Mélissa; je te vois,

Du haut de ma colline, mener paître

Tes brebis au printemps et tes porcs à l'automne, v

Puis il se tut, et fredonna un vieil air monotone.

N-ous montions, sans parler, le chemin creux Qui plonge sous les chênes fabuleux Et grimpe et tourne

IT'l I.A CLARTE DK %IF.

Autour (les ti'oncs noueux

Où l'ombre im[)«''Fi/-l ?•«'«• séjourne

D'avril en avril,

(^ar les feuilles rousses

Allendent j)omi- tomber les feuilles vertes;

lies racines rampent noires et nues,

Se lovent veloutées, couvertes

De mousses épaisses, comme velues;

Se tordent grises aux ornières

Gomme des tronçons de vipères;

Ou pendent comme des algues sèches

Aux talus qui s'effritent en brèches

Sous le pas de la pluie qui pose, jamais lasse.

Son pied d'éternelle rôdeuse aux mêmes places,

L'automne, quand elle s'en retourne du Nord.

JN'ous montions, nos bâtons frappant d'un même effoi

Et sous leur fer la route croulante roule :

Parfois une pierre bondit sous bois

— Trois, quatre bonds sonores.

Un froissement de fougère en émoi,

Et tout se tait, se voile d'ombre et dort...

Cependant las un peu.

Je m'étais adossé au tronc d'un chêne :

i:.N AHCADII. IT.'i

I Euphorbe, tu I es log»' au liaut du monde,

oinine les Dieux !

i c'est ton choix,

'il n'es guère avide de visites humaines;

loi-m^fue, pour un peu, j'en resterais h'i. «

I s'accouda sur son bâton de fn'^ne:

C'est vrai, » dil-il, soucieux soudain, u ce sentier peine,

1 faudra que j'y travaille dès demain. »

*uis, tout à coup, avec un rire presque vain : Mais Elle!

îlle trouve tout sentier facile :

>on pas est léger comme une aile

il ne fais pas rouler les cailloux immobiles

Sous son pied à peine posé!

lit toui est prêt, là haut. Elle le sait;

Viens dire ce qu'il l'en semble, gai poêle ! y>

El, d'un pas jt'uiie, il me tlevaiH;a jusqu'au faîtr.

i.e sentier, plan soudain, nous jeta au soleil Dans un rire ébloui de vignes et de treilles ; El, légère, sur le faîte, posée comme un oiseau, La blanche maison seule contre l'azur limpid»-... Euphorbe, sur le seuil déjà, souriait, bon guide,

ITT, l\ < I.AKT^: l»K \IK

Kt toul à coup loquace cl bavard,

De voix douce et timide, Imir à tour,

( )u lente ou exaltée,

Il parlait comme on parle de son art

De ses amours,

De la Beauté :

« La maison que j'ai bâtie de mes mains

Est blanche et franche et fraîche comme du pain,

— Dit-il, avec un rire dans ses yeux vifs,

La taille droite et la voix nette, beau, presque jeune,

Sous ses dix lustres d'espoir ardent et ivre —

« Le jardin et le verger et le pré,

Les saules gris, les pâles peupliers,

Là-bas, et tout ceci mon vignoble et ma treille

Fleurent, verdoient, montent

Et m'émerveillent;

Et, bien que je l'attende encore, et je lattendrai.

Sur ce banc-ci du porche, le soir, j'écoute et veille,

Crédule quoique mon rêve en conte,

Rieur ou triste un peu.

Sous le grand ciel des dieux

Où la nuit monte... »

KN ARCADIK 177

Il riait avouant ses rêveries,

Mêlant son rêve aux choses de la vie...

Evoquant son désir jusqu'à y vivre ;

Si bien qu'en le suivant je croyais suivre

Un couple d'amants jeunes en leur demeure

Glaire et nouvelle ;

Parfois se retournant, il se moquait :

« Voyez, j'en ris; j'en pleure! »

Mais soudain son rêve l'enveloppait;

Nous étions trois: lui, moi et Elle.

« (^uand Elle passe le seuil, vois, ses doux pieds

Foulent ces joncs tressés que j'ai cueillis;

D'un goût qu'Elle m'a confié

Je fais la loi d'un jour;

Et quelque fleur qu'Elle ait dite aimée.

Elle fleurit, le soir, le haut du porche

Où nous restons assis quifnd l'air est lourd

A guetter dans le crépuscule

La brise qui soudain sourd

Des chênes proches.

Soupire,

Et va mourir au loin ;

Mais si je veux prendre sa main. Elle la retire

I7H I A ( I AitT^: uf. vu;

----- ^ Il ■ .

l'il se rrciilc.. .

l'-l l'iilllu" point.

^ \ Ois par ici, si lu ii\s pas pressé; J'ai fait de riiarbrr liss<' la table étroite Où je m'assois, sans grand'faim, àsa droite. Quand Elle a dit : « Notre table est dressée »

— 11 Fiest pas ici escabeau qui boite, Ni j)ot fêlé:

Quand je trouve mon choix rustique un peu rnêlé, J'émondc ma maison eomme on taille un rosier ; Car Elle est fine et n'aime pas un luxe grossier...

(( ... Vois: j'ai sculpté sa couche à l'entour d'Elle Comme un réseau lissé de fleurs et d*ailes, Selon les nœuds du chêne et le grain du noyer ; Mais quand j'ai su ses rêves mieux) j'ai déployé Ce pur lin blanc qui tombe jusqu'au sol Et cache ma pauvre œuvre d'art barbare

— Ainsi elle n'en verra rien...

« J'ai tourné sur la roue des vases grêles — Car je-me suis fait potier pour Elle ! —

KN ARCADIK 1711

Traraiil di's devises sur la glaise lisse;

.Ir sais des mots plus doux i car Elle est hellr

(Ju<' ( riix «[u'oii clianle à M(''galopolis... »

11 disait tout cela, riant un peu ; Sa voix se faisait tendi-e en parlant d'I^'ll»'. Va, de ses mains, il déployait un voile, Maniait des coupes, troussait du pied des nattes Ceci, je l'ai sculpt»'* Tliiver passé. » C'était un bol de huis orné d'étoiles - • (.ettci fleur ci, c'est d'hier qu'elle est poussir D'entre mes -doigts au long du col d'argile; .r«'n lus ('tonné; le vas»' te plaît-il? )j Va il tendait au jour la fleur fragile, Ucdevant, brusque, un rideau qu'il froissait: Ceci est pour les yeux; elle aime l'ombre ; Ce lueiid-ci dénoué, la cljand)re est st)ml>re. )> lu le no'ud dénoué, Ir l'ideau tombe...

... Par ici maintenant — ce miroir penche ! — : lia, elle s'assoit pour délier ses tresses ; Voici son petit peigne en corne blanche, J y ai gi'avé des mots donx comme une promesse;

180 LA CUKHM \>l VIR

On n'a pas oublié l'essonc<5 vive des roses:

Voici la liole avec des fleurs lrac('*es;

Veux tu la glose ?

D'autres l'ont cherchée, cherche!... non, je vais te ladin-

Vois, chaque feuille chante et toutes fontla strophe!... »

11 riait, joyeux comme un enfant qu'on admire;

Ses mains ordonnaient les plis d'une étoffe.

Déplaçaient, replaçaient et déplaçaient encore

Telle coupe, tel vase, là, ici;

Et — s'il hésitait, indécis —

Ses longs doigts erraient sur sa flûte d'or...

Ah! vieil Euphorbe ! quand je t'eus quitté.

D'entre les chênes lourds je t'écoutais

Triller ton vieux vain rêve, assis au porche;

Je m'étais attardé et de ma torche,

Levée à bout de bras, j'illuminais

Tout ce sous-bois étrange et étonné,

Mobile soudain d'ombres vacillantes

Entrt les troncs, les broussailles, les plantes

Dont la danse muette qui vire folle et vaine

Semblait rythmée au chant de la flûte lointaine.

i:.\ AHCAniK Iftl

Depuis !

— Qu'avril r«*sonne de la sonnaille

Des béliers, quand les mères allaitent leurs agneaux ;

Ou que novembre dans les branches raille

Le grognement vautré de mes pourceaux;

Le soir, quand l'ombre est longue sur la plaine,

Des peupliers, des saules et des frênes

Et que je pousse mes troupeaux divers

Aux pâtis du printemps, aux fanges de l'hiver,

Je crois entendre entre les feuilles neuves

Ou dans les branches noires et d'ombre vouve,

La chanson de ta flûte, sans espoir

Que cet espoir plus certain chaque soir

l't je me dis, songeant que tu La guettes au porche :

L'attente n'estpas vaine ; chaque heure Elle est plus proche 1

IM'J I.A CLAHIK l)F VIK

LK (:iii:\ KiiJi

Si riijiiiii que je passe par ici

— Que la poussière fume aux pas de mes brebis,

Que la sente amollie gicle aux pieds de mes porcs;

Qu'il pleuve, ou que la brise d'aube alerte ,

Goure dans l'herbe rase, là-haut,

En grands frissons de moire verte

Et fasse onder, à larges flots, les seigles d'or;

Soit que midi

Cerne d une ombre courte et vive

Ces grandes pierres-ci,

Ou que le soir déclive

Teigne de violet

Les longs bois allongés sur la vallée —

Le chevrier est sur son promontoire.

On voit ses chèvres rousses et blanches, Le bouc au piquet sous les branches*;

;:« vKCADii

Lui, clans l'ornlu'c d'un pin indolemment couch»*, Près d'une bAle ag^ile au faîte d'un rocher, Souvent, enroiM', assis au bord du précipice, Songe et lève sa flûte, ses uni<|ues délices. Dit-on ; Kt, si le vrnl porte du larjçe, j'entends son air.

On l'a dit triste el tac ilurne (Jue sais-je ! —

C'était, j'ai cru, de songer seul devant la mer; On dit qu'il fuit l'arnour et n'aime aucune; Ceux qui disent cela ne le connaissent point Car, si la chanson de sa flûte est grêle au loin. De près sa v«ix d'homme est ardente sur sa lèvre. Va son rire est h'ger comme une odeur de foin.

Ce jour que nous a^'ons sauvé sa chèvre Tombée du rocher dans le flol.

J'ai fait sa connaissance — sans grands mots î Nous nous séchions au soleil sur la plage, Mangeant des ligues neuves et du fromage lit buvant à ma gourde un vin de Crète ; ^'•Ttes ! il m'en avait moins dit qu'à sa bète

\%lj

t A II.AHT^ bV VII

Sauve el (jui déjà grimpr .m lochcr lisse; Mais moi — le connaissant hien d'ouï-dire — Jo me taisais de môme, souriant à son sourire*, Plus muet qu'on ne l'est à Eleusis !

Et, tout à coup, Il partit d'un grand rire!

a Berger, fait-il, tu joues au clievrier? » — « Oui ? » dis-je , et ce fut tout ( Bien qu'à me taire si longtemps j'eusse crié ! ) Et nous rions tous deux, sans plus nous dire, L'un épiant l'autre et riant de plus fort, Allongés dans le sable attiédi rose et d'or. Clignant des yeux à nous regarder rire, Énervés de l'attente et de l'effort; J'aurais pleuré, je crois, comme une femme...

« Soit, dit-il à la fin, c'est bien joué ;

Tu m'as vaincu :

Devant qui parle ou muse on peut rester muet;

J'aime ta ruse,

Car, près de qui se tait et sourit comme toi.

On souffre à rester coi :

KN ARCADIi: 18.'»

>n parlerait pour s'entendre !

u m'amuses ;

u cherches à savoir pourquoi je nie lais ?

u voudrais mes aveux

'our la peine qu'il t'a coûté

j)'étre resté, toute une heure! silencieux !

Tas-tu pas deviné ? dois-je t'aider? »

1 s'accouda

''a me rc^.irdait dans les yeux...

)rjeme taisais, niaintenaiit, (.hei-cliaiit un iii(»t

St, s'il m'avait fallu parler,

e fusse resté sot !

\\à\s il reprit de voix plus proche:

Ecoule : le havardage vain des porches, >e caquetage des femmes attardées sous la torche, )ont les bruits de la voix et le son des paroles iaides, mornes, féroces ou stupides ou folles, "li les joies qu'elles gi\tent de ce peu (lu'elles disent, M'ont fait aimer le silence des hôtes ; )e ce jour, j'ai vécu au pays des surprises ; le crois pas (|ue m'a vie soit muette! .a chèvre bêle, je souffle dans ce bois, .a bise et la brise en ces pins t)nt des voix

\HI\ I.A CLARTE I>r. TIK

(^)ni dans la profondeur des ârnes se prolnng«'nt ; Sous le soleil qui mord et sous la pluie qui rong»- La pierre môme bruit, s'effrite et croule X'crs la mor et le chant ét^i-nel qu'elle roule...

Pose l'oreille contre terre; elle chante, h«*rger:

Si lu ne l'entends pas, tu es un étranger;

Ce coquillage, tiens, écoute-le, il gronde ;

Une voix harmonieuse emplit le monde !

Or tout cela a-t-il le son vain de leurs mots ? '

Des mots dont tu vas faire une ode?

Trois cris de flûte disent mieux la vie |

Que toutes les paroles d'Hésiode !

Donc je me tais. M'as-tu compris? ...»

Il s'était redressé, assis, musant sa fable,

Faisant ruisseler entre ses doigts le sable

Et regardant le petit jet doré

Couler au soleil dans sa paume ouverte;

Mais sa main, tout à coup, est retombée inerte

El il a murmuré :

« Est-ce avec des mots qu'on dira l'amour?

Les lèvres s'ouvrent aux baisers mieux qu'aux mots sourd

Kl quand le cœur bat selon l'heure et l'ombre.

Berger, sais-tu la strophe de ce nombre?... »

Page 1