I.a robe raide, où pas un pli ne prête
On la dirait quelque petite veuve
I** I.A CLAMT^: DE VIF.
Kn grand druil l)lanc D'un fiV'le époux enfant.
Sa joue est rose encor
Du grand espoir :
On l'avait enivrée d'un rêve fort
Comme le vin d'éternité que foule dans le soir
Le pied du jour qui marche vers la nuit,
Et, las, son cœur à jeun s'en est évanoui;
Ses mains se joignent
Au vieux geste magique des clochers ;
Et — Que son cœur défaille î — elles témoignent
De la prière de sa chair pour les péchés
— Ne lui fit-on pas honte de ses jou€s,
De ses boucles rebelles qu'on lisse ?
Sa bouche — elle sait bien — est de la boue;
Elle a pris peur du grand soleil complice
Et, les yeux clos, elle prie, à genoux...
Fillette, lève-toi ! et prends des roses : Le geste de la Fête est pour tes mains;
(:ilAXSO:<S A I. o.Minii r.»
Le Dieu qui marche parle pré de juin
S'émerveille de toi et crie de loin
Que s'ouvrent vers sa gloire tes paupières closes !
|{t simple, aussi, selon Ion àme sans reproche,
Prends à tes pieds, puisqu'on les fauche,
Toutes les fleurettes mi-fanécs:
L'amoiii", réfréné d'hier! de ta belle poupée,
Ton maintien hlûméavee ta grAce gauch(\
Les petits rires fous qu'on punit à la messe;
Lie en bouquets les pauvres fleurs coupées,
Sœurette aînée,
Tu fais sourire le Dieu des naïves promesses.
Le voici layonnant d'amour vers ton émoi : Entre les bouleaux nains qu'on a cueillis au bois. Tout au haut, vers l'azur dans un signe de croix, L'ostenson* sur la vie fait le geste infini; A grandes poignées éparpille tes roses, Jette à l'immensité l'amour ailé des choses, Sois le Rire et le Geste et la Voix, Fleur de la terre éclose, 0 notre acte de foi !
Il n*est plus une honte au monde, grâce pure ! Le vol du rose espoir éclôt de ta main frêle ; La Vérité triomphe, et la Beauté perdure, Petite fiancée du Futur Eternel.
CHANSONS A l'oMBHE 21
NOCTURNK
Veillerons-nous ce soir?
I^a lune est haute;
Toutes les palmes de la nuit calme,
Voluptueuses, flottent,
Pour un épithalame...
Kl l'air prie bas entre les feuilles noires ;
Une eau sanglote;
On pourrait voir,
A travers le ciel résilié d'étoiles fines,
L'Ombre de Dieu et Dieu qui se devine.
Serait-ce un sacrilège?
La nuit est-elle à nous, spectres du jour,
Avec la honte au cœur des haines et des amours
Et tout ce poids d'hufuanité que rien n'allège ?
— Oh ! dormons — clos les yeux : nos cœurs sont sourds.
Nos yeux aveugles et las ;
Va l'œuvre de nos bras
LA CLABTÉ UF. vie
Kst iclle (|u'au j<mr sullit su j>«ine, à peine;
El l'dîuvre (le la veille
Ne nous vaut pas un lendemain où prendre haleine :
A cluKiue suir, le vieux sommeil
Voile la longue nuit de songes
Dont le jour, trois fois las, s'affuble et se prolonge
— Le rêve veille et peine
Pi'ès de nos corps inertes qui s'allongent
Mimant le beau jour las qui dort le front au coude —
Puis c'est l'aube, encore, d'angoisse! et telle
Qu'il semble que toute l'âme saigne, goutte à goutte,
Au néant, s'y dissoudre, l'immortelle!..
Dors — bonne nuit! pourtant : ris, rêve et doute...
(^e baiser de ta bouche
Fut comme un peu de vin;
Ta main fraîche à mon front est comme une pluie fine
— Ton doux bras que je touche Est tiède comme la nuit de juin...
La lune au ras des peupliers se couche On mourrait bien
CIIAN80S A LOMBIU: 2.t
f;aube de la saixt-jeax
Lève-loi; la nuit est mourante :
Voiei l'aube et Sf)n deuil blanc; A voix basse, la feuillée lanjente La nuit, comme on pleure une enfant;
(Test la phis jeune nuit de l'année,
Brève comme un jour d'hiver;
Elle est morte, à peine née,
Et l'aube de Juin est claire
D'une pâleur étonnée;
L<' jour monte comme la mer...
Drboul! Il importo au fort Onv l'angoisse de vivre le poigne.
Puisqu'il marche vers la mort; L'aube ambiguë en témoigne.
2^é LA CI.AIIT^. DE VIE
Morne et grave, et joyeuse, et sonore La Douleur et la Joie se joignent Et s'étreignent corps à corps.
Et le double sanglot s'étouffe En un baiser qui rit et souffre; On a honte devant l'Aurore...
Car elle est belle et oublie, Elle est rose déjeune sang, Et la tresse qu'elle délie, Eparpillée à tous vents, Voile sa pudeur en folie D'une brume d'or éblouissant!
Elle fait, à la cime des chênes, Courir, comme à pas de feu, Les rayons rieurs qu'elle mène Vers le grand jour hasardeux :
Elle est saine et sereine et cruelle Gomme la force et la beauté :
Il n'est pas de doute en elle.
Son ombre est de la clarté...
CHANSONS A L OMBRE
On la croyait lasse, à l'étape ;
Nous nous étions attardés ;
Le couchant, épreignant ses grappes
Au long (les grands bois fardés,
Enivrait le crépuscule
D'un sommeil lourd qui brûle
Les landes et les guérets;
On la croyait lasse : elle est là !
Lève-toi vers la Vie inlassable, Prends le semoir, et va :
Sur la cime des érables Voici rire et glisser ses pas; Nous avons dormi si las Que le réveil nous accable...
Alerte! Elle marchait, là-bas.
l.A CI.AHt/: DE VIR
SIKSTK
De l'ombre, ici, on regarde, lilntre les feuilles extrêmes et la haie, lia longue plaine que garde L'arroi pâle des peupliers, Ijà-bas, où le fleuve s'attarde Aux méandres familiers •
Nul ne peine plus au damier
Des champs verts ou roses ou d'or ;
L'ombre naine des pommiers
Se love dans l'herbe qui dort;
Seul, un chêne roidit son cimier
Sur la gloire de Messidor ;
La solitude embrasée Enveloppe d'un voile vermeil La plaine pâmée et lassée,
gsia:<so?(8 a l'ombke 27
Et l'homme, endormi sous la treille, Kcoute, en rêvant, le baiser De la Terre et du Soleil...
\.r mystère s'illumine
Des lentes choses éternelles,
Le rêve à la Vie confine,
Les âmes et les fleurs se mêlent
Ll le sang joyeux devine
Pourquoi les heures sont belles ;
Il courl et lourhillonne
Du cœur aux tempes, et revient,
Chante, alerte et monotone,
La berceuse des temps anciens :
Que la Vie est sainte et bonne,
Que tout est juste et tout est bien...
Sur nous, de la voûte des feuilles, Goutte, à travers les arceaux, Une clarté humide, où tu cueilles De verts rayons couleur d'eau. Elle avive la mousse étoffée,
2H I.A n.ARTÉ DK VIT
El les brises, par brusques liouffées, Y volent comme des oiseaux;
Qu'est-il? pour que rien ne chante :
La calme forêt écoute;
Son haleine lente évente
L'herbe rêche aux bords de la route;
Le sommeil des choses tente,
Le regard se voile de doute;
On sourit à la beauté
Du grand songe ébloui.
Et on entre dans la clarté
Comme on entre dans la nuit...
niANSONS A I.'OMHKE 29