‹ La Clarté de vieChapitre 6 sur 43 · I.a robe raide, où pas un pli ne prête · texte numérisé non relu

I.a robe raide, où pas un pli ne prête

On la dirait quelque petite veuve

I** I.A CLAMT^: DE VIF.

Kn grand druil l)lanc D'un fiV'le époux enfant.

Sa joue est rose encor

Du grand espoir :

On l'avait enivrée d'un rêve fort

Comme le vin d'éternité que foule dans le soir

Le pied du jour qui marche vers la nuit,

Et, las, son cœur à jeun s'en est évanoui;

Ses mains se joignent

Au vieux geste magique des clochers ;

Et — Que son cœur défaille î — elles témoignent

De la prière de sa chair pour les péchés

— Ne lui fit-on pas honte de ses jou€s,

De ses boucles rebelles qu'on lisse ?

Sa bouche — elle sait bien — est de la boue;

Elle a pris peur du grand soleil complice

Et, les yeux clos, elle prie, à genoux...

Fillette, lève-toi ! et prends des roses : Le geste de la Fête est pour tes mains;

(:ilAXSO:<S A I. o.Minii r.»

Le Dieu qui marche parle pré de juin

S'émerveille de toi et crie de loin

Que s'ouvrent vers sa gloire tes paupières closes !

|{t simple, aussi, selon Ion àme sans reproche,

Prends à tes pieds, puisqu'on les fauche,

Toutes les fleurettes mi-fanécs:

L'amoiii", réfréné d'hier! de ta belle poupée,

Ton maintien hlûméavee ta grAce gauch(\

Les petits rires fous qu'on punit à la messe;

Lie en bouquets les pauvres fleurs coupées,

Sœurette aînée,

Tu fais sourire le Dieu des naïves promesses.

Le voici layonnant d'amour vers ton émoi : Entre les bouleaux nains qu'on a cueillis au bois. Tout au haut, vers l'azur dans un signe de croix, L'ostenson* sur la vie fait le geste infini; A grandes poignées éparpille tes roses, Jette à l'immensité l'amour ailé des choses, Sois le Rire et le Geste et la Voix, Fleur de la terre éclose, 0 notre acte de foi !

Il n*est plus une honte au monde, grâce pure ! Le vol du rose espoir éclôt de ta main frêle ; La Vérité triomphe, et la Beauté perdure, Petite fiancée du Futur Eternel.

CHANSONS A l'oMBHE 21

NOCTURNK

Veillerons-nous ce soir?

I^a lune est haute;

Toutes les palmes de la nuit calme,

Voluptueuses, flottent,

Pour un épithalame...

Kl l'air prie bas entre les feuilles noires ;

Une eau sanglote;

On pourrait voir,

A travers le ciel résilié d'étoiles fines,

L'Ombre de Dieu et Dieu qui se devine.

Serait-ce un sacrilège?

La nuit est-elle à nous, spectres du jour,

Avec la honte au cœur des haines et des amours

Et tout ce poids d'hufuanité que rien n'allège ?

— Oh ! dormons — clos les yeux : nos cœurs sont sourds.

Nos yeux aveugles et las ;

Va l'œuvre de nos bras

LA CLABTÉ UF. vie

Kst iclle (|u'au j<mr sullit su j>«ine, à peine;

El l'dîuvre (le la veille

Ne nous vaut pas un lendemain où prendre haleine :

A cluKiue suir, le vieux sommeil

Voile la longue nuit de songes

Dont le jour, trois fois las, s'affuble et se prolonge

— Le rêve veille et peine

Pi'ès de nos corps inertes qui s'allongent

Mimant le beau jour las qui dort le front au coude —

Puis c'est l'aube, encore, d'angoisse! et telle

Qu'il semble que toute l'âme saigne, goutte à goutte,

Au néant, s'y dissoudre, l'immortelle!..

Dors — bonne nuit! pourtant : ris, rêve et doute...

(^e baiser de ta bouche

Fut comme un peu de vin;

Ta main fraîche à mon front est comme une pluie fine

— Ton doux bras que je touche Est tiède comme la nuit de juin...

La lune au ras des peupliers se couche On mourrait bien

CIIAN80S A LOMBIU: 2.t

f;aube de la saixt-jeax

Lève-loi; la nuit est mourante :

Voiei l'aube et Sf)n deuil blanc; A voix basse, la feuillée lanjente La nuit, comme on pleure une enfant;

(Test la phis jeune nuit de l'année,

Brève comme un jour d'hiver;

Elle est morte, à peine née,

Et l'aube de Juin est claire

D'une pâleur étonnée;

L<' jour monte comme la mer...

Drboul! Il importo au fort Onv l'angoisse de vivre le poigne.

Puisqu'il marche vers la mort; L'aube ambiguë en témoigne.

2^é LA CI.AIIT^. DE VIE

Morne et grave, et joyeuse, et sonore La Douleur et la Joie se joignent Et s'étreignent corps à corps.

Et le double sanglot s'étouffe En un baiser qui rit et souffre; On a honte devant l'Aurore...

Car elle est belle et oublie, Elle est rose déjeune sang, Et la tresse qu'elle délie, Eparpillée à tous vents, Voile sa pudeur en folie D'une brume d'or éblouissant!

Elle fait, à la cime des chênes, Courir, comme à pas de feu, Les rayons rieurs qu'elle mène Vers le grand jour hasardeux :

Elle est saine et sereine et cruelle Gomme la force et la beauté :

Il n'est pas de doute en elle.

Son ombre est de la clarté...

CHANSONS A L OMBRE

On la croyait lasse, à l'étape ;

Nous nous étions attardés ;

Le couchant, épreignant ses grappes

Au long (les grands bois fardés,

Enivrait le crépuscule

D'un sommeil lourd qui brûle

Les landes et les guérets;

On la croyait lasse : elle est là !

Lève-toi vers la Vie inlassable, Prends le semoir, et va :

Sur la cime des érables Voici rire et glisser ses pas; Nous avons dormi si las Que le réveil nous accable...

Alerte! Elle marchait, là-bas.

l.A CI.AHt/: DE VIR

SIKSTK

De l'ombre, ici, on regarde, lilntre les feuilles extrêmes et la haie, lia longue plaine que garde L'arroi pâle des peupliers, Ijà-bas, où le fleuve s'attarde Aux méandres familiers •

Nul ne peine plus au damier

Des champs verts ou roses ou d'or ;

L'ombre naine des pommiers

Se love dans l'herbe qui dort;

Seul, un chêne roidit son cimier

Sur la gloire de Messidor ;

La solitude embrasée Enveloppe d'un voile vermeil La plaine pâmée et lassée,

gsia:<so?(8 a l'ombke 27

Et l'homme, endormi sous la treille, Kcoute, en rêvant, le baiser De la Terre et du Soleil...

\.r mystère s'illumine

Des lentes choses éternelles,

Le rêve à la Vie confine,

Les âmes et les fleurs se mêlent

Ll le sang joyeux devine

Pourquoi les heures sont belles ;

Il courl et lourhillonne

Du cœur aux tempes, et revient,

Chante, alerte et monotone,

La berceuse des temps anciens :

Que la Vie est sainte et bonne,

Que tout est juste et tout est bien...

Sur nous, de la voûte des feuilles, Goutte, à travers les arceaux, Une clarté humide, où tu cueilles De verts rayons couleur d'eau. Elle avive la mousse étoffée,

2H I.A n.ARTÉ DK VIT

El les brises, par brusques liouffées, Y volent comme des oiseaux;

Qu'est-il? pour que rien ne chante :

La calme forêt écoute;

Son haleine lente évente

L'herbe rêche aux bords de la route;

Le sommeil des choses tente,

Le regard se voile de doute;

On sourit à la beauté

Du grand songe ébloui.

Et on entre dans la clarté

Comme on entre dans la nuit...

niANSONS A I.'OMHKE 29

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