LA MOISSON
Une ombre bleue Traçait des cônes dentelés A l'Orient des meules, Sur l'éteule; La plaine rose pantelait D'un souffle maternel; On tassait l'or réel Des lourds blés fauves, Sous le soleil de Dieu.
Au halo violet des meules,
On chantait en buvant :
Du levant au couchant
C'était des rires;
Là-bas,
On marchait vers le Nord
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VAj à l'avant,
La ligne des faux pAles faisait feu
— Comme étincellent des miroirs virants
Les faucheurs marchaient vers le Nord,
Couchant les grands blés derrière eux
D'un même effort ;
Puis venaient ceux qui liaient les épis
l*]t ceux qui groupent en faisceaux les gerbes pâles
Et puis, courbant et redressant leur taille souple.
Les glaneuses méticuleuses vont par couples,
Ou l'une et l'une, d un pas égal;
Et tous les chariots avec leurs cris
Et leurs bœufs — lents comme le blé qui monte —
Et tout le faix d'orgueil des lourds épis...
Nous eûmes honte...
Assis contre les gerbes chaudes
J'ai chanté, bas et pour moi-même,
Ceux-là qui rôdent
De porche en seuil,
Qui ne labourent et qui ne sèment,
Glanant la Vie selon l'accueil;
CIIAMbONS ▲ LUMiiUl-: i|
Et j'ai chanté, plus bas encor, La faim et 1 oinbrc de la mort Honteuse et morne et telle qu on n'os»; Dire qu'on a faim et pour quelles causes, Kt qu'on njeurt seul et sans révolte D'avoir semé sans qu on récolte — I.a crainte el Torgueil sont muets; ... Tel (pii mourait, on l'a tué, La faim faisant sa bouche accri)e...
Je l ai chanté, tout bas, ces choses Entre les blés, au mois des gerbes.
KTOILES FILANTES
Une... encore une...
Quels dieux nous quittent ?
On dirait que le ciel s effrite
Gomme un vieux temple merveilleux :
D'abord, ce fut la lune
Hâtive et qui s'en fut, fauve,' et pâle, insolite,
[Vois, encore une... deux ?)
Et puis un grand nuage est monté d'occident.
Jusqu'au zénith,
Et quand il est passé au nord,
Dans le vent tiède et lent,
[Regarde, une autre encore. .^
Quand l'ombre fut passée,
Toute la splendeur des étoiles a lui,
Avec la certitude des milliers.
Calme et si vive que nos yeux lassés
CHANSONS \ LOMIinK
S'en sont fennés, éblouis de la nuit, Humiliés...
fois : l'Ile a rayé V ombre et s\'st effacée...) Ali ! maintenant, ouvre les yeux !
Mlles tombent comme des goultes d'or, (lomme une poussière d'orfèvre, Il pleut du feu...
11 n'est pas une étoile dans les cieux... Mtoutrc mon blasphème à mùme tes lèvres; Mon rêve passe avec ce météore Et va s'éteindre entre les trembles, tout là-bas... 11 n'est pas une étoile en qui j aie foi !
Donne-moi ta main; fermons les yeux sur elles; .le te vois malgré l'ombre, et les yeux clos; Notre heure, brève ou longue, est la plus belle; Ce peu d'amour est notre seul falot.
On a moins honte de mourir ensemble — Une heure, un jour, un mois, dix ans encore ! — Nos cœurs unis, comme les feuilles du tremble. Battent dans l'ombre sans guetter d'aurore.
3'l I.A CLARTE: DE VIF.
Doniit'-rnoi ta main; il serait tloiix, m a joie,
De s'étreiiidre à jainais en un sanglot d'anjour,
De ne faire qu une ombre, toi et nioiy
De tout ce double leurre d'humanité,
De s'étreindre à jamais, aveugles, sourds,
Et de tomber durant rÊternilé.
CHANSONS A LOMItHE M»
IM.UIK D'KTK
Tout est si calme que tu redoutes
Ce galop, au loin sur la route,
Comme un messager de malheur;
Et que, pour l'odeur familière
De l'averse tiède dans la poussière,
Tu'donnerais toutes tes fleurs;
Tu donnerais l'Ame exhalée
De toutes tes roses ensommeillées
Qui penchent. — Kt la Mort par les allées,
Marche, rêveuse et diapliane,
Hésitante pour les effeuiller,
Kntre le lourd soleil qui faut;
Et la pluie Apre qui flétrit. —
Tout est si calme que tu ries
(Tu pleurerais aussi bien sans doute]
J'écoute un galop sur la route...
.If» LA <:LARtA de VIP
Le ciel pèse et la brise lasse
S'est laissée choir sur la terrasse
Et gît entre tes roses lourdes,
A tes pieds iru^me, évanouie;
Tout est si calme que l'on suit,
Maintenant, à sa rumeur sourde
Qui monte entre les peupliers muets,
La roue qui peine évertuée ;
Elle te lasse et t'importune
Et tu m'en gardes, un peu, rancune...
El nous voici guettant l'orage Avec les arbres elles herbes
— Le signet griffe encor la page Où nous lisions le chant des âges Mêler les vieilles voix superbes...
Entends-tu le tonnerre, au loin ?
Alerte, la brise : voici le vent!
Une feuille court à l'avant.
Comme un lévrier détalé ;
Mais la poussière la rejoint,
— Toute la route en est voilée — Elle tourne et monte dans le chant
CHANSONS A l.'OMBRE 37
Des hauts peupliers déferlant Gomme une mer sur des galets;
l.a pluie, la pluie à grosses gouttes!
(lomme elle marche à pas pressés; Ta main tendue s'y trempe toute, Elle est si tiède que tu y goiites, Ta joue s'en est toute rosée ; Klle met de la jeunesse aux feuilles, Fait nette l'herbe, lisse la sente; C'est l'heure, tantôt, de la cueille Des belles roses ruisselantes :
Déjà le soleil rit au seuil...
Sans la pluie nous n'aurions osé Ceuillii" vingt roses, et un baiser.
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