‹ La Clarté de vieChapitre 7 sur 43 · LA MOISSON · texte numérisé non relu

LA MOISSON

Une ombre bleue Traçait des cônes dentelés A l'Orient des meules, Sur l'éteule; La plaine rose pantelait D'un souffle maternel; On tassait l'or réel Des lourds blés fauves, Sous le soleil de Dieu.

Au halo violet des meules,

On chantait en buvant :

Du levant au couchant

C'était des rires;

Là-bas,

On marchait vers le Nord

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VAj à l'avant,

La ligne des faux pAles faisait feu

— Comme étincellent des miroirs virants

Les faucheurs marchaient vers le Nord,

Couchant les grands blés derrière eux

D'un même effort ;

Puis venaient ceux qui liaient les épis

l*]t ceux qui groupent en faisceaux les gerbes pâles

Et puis, courbant et redressant leur taille souple.

Les glaneuses méticuleuses vont par couples,

Ou l'une et l'une, d un pas égal;

Et tous les chariots avec leurs cris

Et leurs bœufs — lents comme le blé qui monte —

Et tout le faix d'orgueil des lourds épis...

Nous eûmes honte...

Assis contre les gerbes chaudes

J'ai chanté, bas et pour moi-même,

Ceux-là qui rôdent

De porche en seuil,

Qui ne labourent et qui ne sèment,

Glanant la Vie selon l'accueil;

CIIAMbONS ▲ LUMiiUl-: i|

Et j'ai chanté, plus bas encor, La faim et 1 oinbrc de la mort Honteuse et morne et telle qu on n'os»; Dire qu'on a faim et pour quelles causes, Kt qu'on njeurt seul et sans révolte D'avoir semé sans qu on récolte — I.a crainte el Torgueil sont muets; ... Tel (pii mourait, on l'a tué, La faim faisant sa bouche accri)e...

Je l ai chanté, tout bas, ces choses Entre les blés, au mois des gerbes.

KTOILES FILANTES

Une... encore une...

Quels dieux nous quittent ?

On dirait que le ciel s effrite

Gomme un vieux temple merveilleux :

D'abord, ce fut la lune

Hâtive et qui s'en fut, fauve,' et pâle, insolite,

[Vois, encore une... deux ?)

Et puis un grand nuage est monté d'occident.

Jusqu'au zénith,

Et quand il est passé au nord,

Dans le vent tiède et lent,

[Regarde, une autre encore. .^

Quand l'ombre fut passée,

Toute la splendeur des étoiles a lui,

Avec la certitude des milliers.

Calme et si vive que nos yeux lassés

CHANSONS \ LOMIinK

S'en sont fennés, éblouis de la nuit, Humiliés...

fois : l'Ile a rayé V ombre et s\'st effacée...) Ali ! maintenant, ouvre les yeux !

Mlles tombent comme des goultes d'or, (lomme une poussière d'orfèvre, Il pleut du feu...

11 n'est pas une étoile dans les cieux... Mtoutrc mon blasphème à mùme tes lèvres; Mon rêve passe avec ce météore Et va s'éteindre entre les trembles, tout là-bas... 11 n'est pas une étoile en qui j aie foi !

Donne-moi ta main; fermons les yeux sur elles; .le te vois malgré l'ombre, et les yeux clos; Notre heure, brève ou longue, est la plus belle; Ce peu d'amour est notre seul falot.

On a moins honte de mourir ensemble — Une heure, un jour, un mois, dix ans encore ! — Nos cœurs unis, comme les feuilles du tremble. Battent dans l'ombre sans guetter d'aurore.

3'l I.A CLARTE: DE VIF.

Doniit'-rnoi ta main; il serait tloiix, m a joie,

De s'étreiiidre à jainais en un sanglot d'anjour,

De ne faire qu une ombre, toi et nioiy

De tout ce double leurre d'humanité,

De s'étreindre à jamais, aveugles, sourds,

Et de tomber durant rÊternilé.

CHANSONS A LOMItHE M»

IM.UIK D'KTK

Tout est si calme que tu redoutes

Ce galop, au loin sur la route,

Comme un messager de malheur;

Et que, pour l'odeur familière

De l'averse tiède dans la poussière,

Tu'donnerais toutes tes fleurs;

Tu donnerais l'Ame exhalée

De toutes tes roses ensommeillées

Qui penchent. — Kt la Mort par les allées,

Marche, rêveuse et diapliane,

Hésitante pour les effeuiller,

Kntre le lourd soleil qui faut;

Et la pluie Apre qui flétrit. —

Tout est si calme que tu ries

(Tu pleurerais aussi bien sans doute]

J'écoute un galop sur la route...

.If» LA <:LARtA de VIP

Le ciel pèse et la brise lasse

S'est laissée choir sur la terrasse

Et gît entre tes roses lourdes,

A tes pieds iru^me, évanouie;

Tout est si calme que l'on suit,

Maintenant, à sa rumeur sourde

Qui monte entre les peupliers muets,

La roue qui peine évertuée ;

Elle te lasse et t'importune

Et tu m'en gardes, un peu, rancune...

El nous voici guettant l'orage Avec les arbres elles herbes

— Le signet griffe encor la page Où nous lisions le chant des âges Mêler les vieilles voix superbes...

Entends-tu le tonnerre, au loin ?

Alerte, la brise : voici le vent!

Une feuille court à l'avant.

Comme un lévrier détalé ;

Mais la poussière la rejoint,

— Toute la route en est voilée — Elle tourne et monte dans le chant

CHANSONS A l.'OMBRE 37

Des hauts peupliers déferlant Gomme une mer sur des galets;

l.a pluie, la pluie à grosses gouttes!

(lomme elle marche à pas pressés; Ta main tendue s'y trempe toute, Elle est si tiède que tu y goiites, Ta joue s'en est toute rosée ; Klle met de la jeunesse aux feuilles, Fait nette l'herbe, lisse la sente; C'est l'heure, tantôt, de la cueille Des belles roses ruisselantes :

Déjà le soleil rit au seuil...

Sans la pluie nous n'aurions osé Ceuillii" vingt roses, et un baiser.

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