‹ La classification des enfants anormauxChapitre 3 sur 10 · CLASSIFICATIONS MORPHOLOGIQUES ET ANATOMIQDES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATIONS MORPHOLOGIQUES ET ANATOMIQDES

Les classifications à dominante anatomique et morphologique sont préférées par certains auteurs et l'on comprend qu'elles doivent tenter particulièrement ceux qui sont persuadés, que tout trouble permanent dans le fonctionnement d'un organe, doit correspondre à une altération matérielle des éléments de cet organe.

Cette opinion a été formulée d'une manière très nette au Congrès de Psychiatrie de Paris (1900) à la suite des rapports faits sur l'anatomie pathologique de l'idiotie et le Prof. Mierzejewski a pu déclarer que la classification anatomo-pathologique basée sur la structure délicate du tissu nerveux et de ses éléments et sur des notions embryologiques précises, s'imposera avec le progrès de nos connaissances.

C'est à ce Congrès que M. Bournevîlle ('), dont on sait la longue expérience en matière d'irréguliers mentaux, a établi une classification anatomo-pathologique dans laquelle il se base surtout sur les modifications morphologiques; il

1° Idiotie symptomatique de méningite chronique;

2° Idiotie symptomatique de méningo-encéphalite chronique;

3" Idiotie symptomatique d'un arrêt de développement des circonvolutions, sans malformations, avec lésions des cellules nerveuses;

4° Idiotie symptomatique de sclérose hypertrophique ou tubéreuse ;

5° Idiotie symptomatique de sclérose atrophique;

6° Idiotie hémiplégique ou symptomatique de lésions en foyers ;

7" Idiotie symptomatique d'hydrocéphalie;

(') Rapport fiM Congrès de Paris 1900 (aeelion de Psychiatrie).

8" Idiotie avec cachexie pachydermique ou myxœdémateuse;

9" Idiotie symptomatique d'un arrêt de développement du cerveau avec malformation congénitale (porencéphalîe) ;

10" Idiotie symptomatique de microcéphalie.

Dans son beau travail sur l'anatomie pathologique de l'idiotie, Hammarbnrg (') prend une base plus délicate; c'est dans la lésion histologique de la cellule corticale que cet auteur recherche des éléments de classement; cette tentative qui a du reste abouti en partie, est certes très digne d'intérêt. Toutefois il semble que l'auteur n'ait envisagé qu'une seule forme de faiblesse mentale, la forme qu'Ireland et MorosoflfC) appellent génétique; celle qui rapproche de ce que Tanzi (') désigne sous le terme de biopathique. Il reste toutes celles qui sont dues non à des arrêts de développement mais à des lésions véritables datant de la vie embryonnaire ou post-embryonnaire qui sont excessivement nombreuses, si elles ne forment pas la majorité.

Hammarberg fait deux groupes des anormaux intellectuels.

Le premier groupe comprend :

a) Les Blôdsinnige (idiots), auxquels manquent toutes les fonctions physiques supérieures, et qui sont incapables de tout développement psychique; la plus grande partie de l'écorce cérébrale est à un degré d'évolution qu'on retrouve chez l'être normalement développé dans la dernière moitié de la vie embryonnaire ;

b) Les faibles d'esprit à un haut degré qui ne dépassent pas le développement d'un enfant de un à cinq ans. La plus

(') Hammarberg, C, Stadien Ober Klinik und Pathologie der Idiotie nebst UnterHuchungen Uber die normale Anatomie der Uirnrinde. Trad, du Suâdois par W. Barger. 1895.

(î) V. plue loJD.

(») Tanzi, /i«7. cil.

grande partie de l'écorce est également à un stade de développement qui existe chez les noiTnaux dans les premières années de la vie.

Le deuxième groupe comprend :

Les faibles d'esprit à un moindre degré, dont le développement correspond à celui d'un enfant de six à douze ans.

Le nombre de cellules nerveuses est dans la plus grande partie de l'écorce cérébrale, très inférieur à celui de ces éléments chez les individus normaux, et ce n'est que sur une moindre étendue que le manteau parvient à un stade de développement ordinaire, atteint dans les premières années de la vie (').

Comme on peut s'en rendre compte, l'anatomie pathologique grossière ou fine n'est pas encore à même de nous donner des éléments suffisants d'appréciation. C'est ce que Alzheimer (') exprime très bien lorsqu'il dit que l'idiotie s'applique à des phénomènes morbides très dififérents, ayant atteint le cerveau avant la naissance ou dans les premières années après celle-ci; le crétinisme ou myxœdème seul fonne un type bien net.

Les recherches sur les tissus montrent que les modifications macroscopiques du cerveau (macroencéphalie, microencéphalie, macro- et microgyrie, porencéphalie, hydrocéphalie) ne sont pas des maladies caractéristiques, mais la conséquence de différents processus morbides sur le cerveau en voie de développement. Il faut, pour déterminer la maladie véritable, rechercher les phénomènes morbides eux-mêmes.

Parmi ceux-ci on peut différencier :

1" La paralysie qui s'observe dans les cas d'hérédo-

('] V. anHBJ J. SouBT, Le nj/nlème nerveux central, p. 841. (*| Alzbbimeb, Einigen ilber die Anatomixchen Orundlagen der Idiotie {Allgein. ZeiUchr. f. Psychiatrie. 1904, p. 888).

syphilis accompagnée de faibleas« d'esprit dès l'enfance.

Rentrent sous cette rubrique certains cas d'idiotie méningitique selon la nomenclature de Bourneville qui ressemblent à la paralysie générale précoce au début ou au stade ultime.

2* L'idiotie amaurotique, qui semble être provoquée par des altérations dégénératives, non intiammatoiies, avec participation spéciale de certains systèmes de fibres; allure symptomatique bien spéciale (marche foudroyante, maladie &miliale).

3' La salixose tubéreuse ktfpertropkique, due à la prolifération de la névroglie par place.

4" Les états idtotit/ues par lésions en foyer du cerveau : la cause est variable; l'encéphalite est la cause la plus fréquente; puis viennent l'hémorrhagie et les lésions traumatiques, l'endartérite spécifique, les embolies, les tumeurs, la sclérose atrophîque en foyer, dues en partie à des lésions vasculaires (souvent de nature syphilitique).

5' Les arrêts de développement. On en a exagéré l'importance. Ces cerveaux, analogues au cerveau fcetal. sont relativement rares et s'observent surtout chez les microcéphales avec microgyrie. Quelquefois l'arrêt est localisé. Il existe souvent en même temf» des lésions.

6° Des altérations dégénératives étendues, de nature variée, difficiles à classer, etc.

QLASSU'ICATIONS STMPTOMATOLOGigUES.

Après les classements à base étiologique et anatomopathologique viennent ceux qui s'appuient sur les signes cliniques. Ce sont de loin les plus nombreux.

Seulement parmi les signes sur lesquels s'appuient les auteurs, ce sont tantôt les signes psychiatriques, tantôt les signes psychologiques qui attirent plus particulièrement leur attention.

Ainsi Manheimer ('), dans son traité sur les troubles mentaux de l'enfance, partage ces troubles en :

1° Psychoses pures, dans lesquelles il range la mélancolie, la manie, la folie intermittente.

2° Dégénérescences mentales, dans lesquelles il réunit les anomalies simples (phobies, manies, aberrations sexuelles), les bizarreries du caractère. La folie morale. L'instabilité mentale. L'hypocondrie. Les délires des dégénérés.

3" Névroses : Neurasthénie. Hystérie (troubles de caractère et délires). Chorée, Épilepsie.

4" États de régression : Démence de la puberté. Hébéphrénie. Paralysie générale.

5" Délires toxiques.

En dehors de la rubrique instabilité mentale, cette classification ne contient donc aucune indication pour les anormaux mentaux, dont les auteurs cités jusqu'ici se préoccupent surtout. Manheimer fait seulement une courte allusion à ce qu'il appelle des dégénérés arriérés dans le chapitre consacré à l'assistance. A-t-il négligé volontairement d'en parler, et considère-t-il l'idiot et l'imbécile comme ne devant pas rentrer dans le cadre des troubles mentaux de l'enfant ? Ëmminghaus et Ziehen, traitant le même sujet, ne les écartent cependant pas.

Les signes cliniques qui frappent le plus l'observateur qui étudie les anormaux mentaux, étant surtout constitués par des troubles de la sphère psychique, dans laquelle il faut faire rentrer les fonctions intellectuelles (de perception, d'élaboration et d'action), y compris les manifestations instinctives, affectives et autres, on conçoit qu'un grand nombre d'auteurs, aient pris comme point de départ de classement, l'état psychique considéré dans son ensemble ou dans une de ses parties.

(■) Mahheihkr, Les ti

C'est ainsi qu'Ësquirol (') crut pouvoir prendre le largage comme moyen de distinction et divisa les anormaux mentaux en trois catégories :

a) Ceux qui ont la parole libre et facile : imbéciles du premier degré;

h) Ceux qui ont la parole facile, mais le vocabulaire plus circonscrit : imbéciles du second degré;

c) Les idiots du premier degré ont des mots et des phrases courtes.

d) Les idiots du second degré ont des monosyllabes et quelques cris.

e) Les idiots du troisième degré n'ont aucun langage.

Parmi les imbéciles, EsquirolC) fait une autre différenciation encore : les uns dont les facultés sont limitées et ne peuvent acquérir qu'un nombre limité d'idées, sont de bonne volonté et serviables; les autres ont des facultés inégalement développées, présentent une grande mobilité dans les décisions, les déterminations, les mouvements et les actes, sont souvent mauvais, menteurs, cachés, fourbes.

Moreau de Tours (') divise également les irréguliers mentaux d'après l'état du langage.

Pinel, le prédécesseur d'Ësquirol, avait déjà classé aussi les irréguliers mentaux en prenant une base clinique. " Dans son Traité médico-philosophique sur l'aliénation " menUtle, dit Damaye (*), pour la première fois, il est " question de l'oblitération des facultés intellectuelles et " affectives sous le nom d'idiotisme. Fine! définit cet " état " une abolition plus ou moins absolue, soit des fonc-

(') V. SoLLiiB, La psychologie de l'idiot et de l'imbécile, 1891.

[*) V. SioLi, Neurolog. Centr. Blntt, 1899, p. 1130.

(»i MoBBAtT DB ToTjBB, Der Iminn des Kindttialters. Traduction allém&niie, 1889, p. 284.

(<) V. Damatb, Bêiai de diagnostic entre les étaix de débilité meniale, 1903, p. 8.

' tions de l'entendenient, soit des affections du cœup. , " Il enseigne en quelques pages que cet " idiotisme , est " une maladie congénitale caractérisée par l'absence de

* &cultés intellectuelles et morales, et en distingue quatre " variétés:

' Une première, état d'abrutissement, d'abjection com-

* plète, où toute sensibilité fait défaut; il n'y a pas même le ' sentiment ni la sensation des besoins physiques.

' A un degré plus élevé, on constate chez le malade

* quelques perceptions et quelque sentiment des besoins " physiques.

' Une troisième variété est la bêtise qui comporte un peu " d'intelligence ainsi que la possibilité de parler. Enân, ' VimbécUlUé qui atteint des individus ayant eu leur raison ' et va toujours en s'aggravant.

" Pinel range l'idiotisme parmi les folies, ce qui est en ' désaccord avec la conception moderne de la folie. Bien ' plus, il confond à la fois dans l'idiotisme, l'idiotie, la ' démence et la stupeur.

" Pour lui l'imbécillité serait l'inverse de l'idiotie; la " définition qu'il nous en donne n'est autre que celle de la " démence. „

Dubois ('), d'Amiens, divise plutAt d'après l'état des instincts et admet les idiots profonds sans instincts, les idiots avec instincts, enfin les idiots avec instincts et déterminations raisonnables.

Belhomme (') admet une classification analogue, mais il la complète et cherche à indiquer déjà ies formes intermédiaires voisines de l'état normal; il se sert comme Pinel, mais dans un autre sens, du terme imbécile.

(') DuBors, d'Amiens, MimoirtK de l'Acnd^ir de Médecine, 1837. (ï) Bblhoumk, t'xmi nui- l'idîulie, Ib'ii.

Il fait cinq catégories :

i" Les êtres auxquels manquent l'instinct de conservation {idiots profonda, eomplets).

2° Ceux qui ont l'instiDCt de conservation et mangent comme des brutes (idiots incomplets).

3** Ceux qui obéissent à leurs instincts, à leurs habitudes et aux besoins de leurs organes, mais sans rien d'intellectuel dans leurs déterminations (imbéciles du P'^ groupe).

4° Ceux qui sont susceptibles de travail manuel et que l'éducation peut perfectionner [imbéciles du 2^ groupe).

5° Ceux qui raisonnent et agissent comme tout le monde sans pouvoir arriver à un degré intellectuel normal {imbéciles du 5" grovpe).

Séguin (') lui, considère les troubles mentaux des anormaux intellectuels comme exclusivement dus à l'absence de volonté. Il en distingue trois types :

1° Les sujets ayant une intelligence mal servie par des organes imparfaits, atteints d'une infirmité du système nerveux qui a pour effet de soustraire tout ou partie des organes et des facultés de l'enfant à l'action de la volonté, qui le livre à ses instincts et le retranche du monde moral. Ce sont les idiots. Leur développement physiologique et psychologique est arrêté.

2" Les sujets ne sont que retardés, ils se développent, mais plus lentement que les enfants de leur âge, seulement ce retard devient chaque jour plus considérable et finit par établir une différence énorme, une distance infranchissable. Ce sont les arriérés.

3° Les sujets ne sont atteints que de huit & quinze ans sous l'influence d'excès de masturbation, de surmenage intellectuel à la puberté; d'affections aiguës du cerveau ou de l'intestin ou de traumatisme du crâne. Ce sont les imbécUes.

(■] Sësdix, Traitement moral, hi/giine et édacatio

Félix VoiBin('),Morel('), Marcé(*), Griesinger(*), Luys('), SchUle {*), Chambard ('), EnimiiighauB (*), Zîehen {*) et d'autres prennent le cdté intellectuel général comme élément de groupement ('°). Les uns se tiennent au terme idiotie (Voisin et Griesinger), les autres reprennent les termes imbéciles, arriérés (Marie), en ajoutant d'autres vocables tels que simple d'esprit (Morel), intelligences anormales (Marie), débiles (Chambard), pour désigner les formes les plus légères.

Les classiiicationB de Bail et Dagonet ("), Ireland (") et Krafft-ËbingC^) sont de même ordre. Bail ne connaît que les imbéiHles ek les idiots; Dagonet signale aussi, outre i'automatisme, l'idiotie proprement dite et l'imbécillité, la simplicité d'esprit.

Krafft-Ebing ('*) distingue les idiots et les imbéciles, puis fait un troisième groupe des idiots moraux.

Voici une classification de BourneviIle(") qui rentre également dans cette catégorie :

' 1" Idiotie absolue. — Marche, préhension, parole, atten-

(•) PÉJ.IÏ Voisin, De l'idiotie chrz Ux enfanté, 1843.

(') MoRBL. Traili théorique et pratique dtB maladies metUalen, 1857.

(') Mabcé, Traité pratique de» maladies mmlalrs, 1862.

(') Grirbinobb, Handbuch der Geisteukrankheiten.

{^ LuTS. Traité dex maladies meniaUs, 1881.

C^) SchOlb, Traité de» maladies mentale», 1888.

(') Chambabd, Ditiiimnaire encyclopédique des sciences médicales. Art, Idiotie et Imbéciltitâ.

{') Emminohatjb, Die psyehiKchen StBrungen im Eindesalter, 1887.

(*) ZiBHEN. Die GeisteskranhheHen des Kindesalters. 1903.

(<") Consulter à cet égard les ouvrages cités de Sollier et Damaje, ainsi que celui de Roubikovitch, Des variétés cliniques de la folie en France et en Allemagne. 1896.

(") Bau. et Daookbt, Traité den maladies mentales.

("«) Ireland, Traité de l'idiotie et de l'imbécillité.

(") Kbafft-EbihQi Traité clinique de Psychiatrie. Tr«duct. Laurent.

('*) Kbafft-Ebikq, Psychiatrie. Traduction Laurent. 1897.

('■) BouBHBViLLB, t'oHiyïe rendu de Bicétre, v. XVll, p. itttii i, 1897.

tion nulle. Incapacité de s'aider en quoi que ce soit. Inconscience du besoin de s'alimenter ou gloutonnerie avec absence du sentiment de la satiété. Ecoulement permanent de la salive (bave) et des mucosités nasales. Excrétions involontaires. Accès de cris. Tics multiples (balancements, grimaces, agitation des mains, etc.).

" Bien que les organes des sens puissent être intacts au point de vue anatomique, l'ouïe, la vue, le goût, l'odorat, le toucher semblent absents. Sensibilité générale très obtuse, d'ob indifférence à la douleur, au froid et à la chaleur.

*' Aucune connaissance de leurs parents, ni des personnes qui les soignent. Sans idée, sans parole, sans mouvements, les idiots de cette catégorie sont des êtres en quelque sorte

" 2° Idiotie profonde. — Motilité est moins atteinte que dans le degré absolu. Marche possible parfois exubérante. Préhension des objets a lieu, mais d'une façon défectueuse, le pouce ne s'opposant pas, ou s'opposant mal aux autres doigts.

" L'appétit est exagéré; le sentiment de satiété fait défaut; le goût est nul et obtus, d'où la salante. La digestion se complique parfois de rumination, les excrétions sont involontaires.

" La parole est nulle ou limitée à quelques monosyllabes répétées. Les besoins, les déterminations instinctives se traduisent plutôt par un langage d'action {cris de joie ou de douleur). Ces idiots profonds, mais moins tarés que les précédents, reconnaissent assez souvent leurs parents, les infirmières qui s'occupent d'eux. Ils témoignent des préférences pour certaines personnes. Ils ont fréquemment des aptitudes musicales, retiennent d'emblée les airs qu'ils entendent et les chantonnent sans cesse, signe d'une mémoire au moins partielle. L'attention est fugitive, ils regardent sans voir, entendent ce qui leur plalt et semblent absolument sourds pour les bruits, où les appels qui ne les intéressent

pas. L'odorat, le toucher, sont obnubilés ou iodifférents.

' Ces enfants n'ont aucune conscience du danger, et comnie les idiots absolus, ont des tics très variés. Sont destructeurs, rongent leurs ongles, se déchirent, se mordent ou mordent les autres, se livrent à l'onanisme.

' En résumé, vie végétative surtout et vie de relation très bornée.

En somme, ' ce qui différencie ce second groupe du précédent, c'est l'existence du mouvement, la marche et la préhension, qui les rend dangereux pour eux et pour les autres, puisque le mouvement les expose à des accidents par suite de leur inconscience du danger, et expose les autres à subir les conséquences de leurs impulsions. ,

" 3" Imbécillité proprement dite. — Les facultés intdlectuelles existent, mais à un degré très incomplet. L'attention est fugace, la mémoire peu active, peu sûre, la volonté sans énergie : ils veulent et ue veulent pas. Ils peuvent comparer, combiner; toutefois ils s'élèvent difficilement à des notions générales et abstraites. Ils ont des idées, mais en petit nombre, ne pensent et n'agissent que par autrui, bien qu'ils soient capables de quelques raisonnements.

" Ils ont des déterminations instinctives, comme les idiots profonds et y obéissent sans frein.

" Parmi ces malades, il en est chez lesquels l'imbécillité se complique d'une perversion des instincts. Ils sont menteurs, querelleurs, paresseux, poltrons, entêtés, mobiles, incapables d'un effort soutenu. Ils ont des besoins sexuels auxquels ils cèdent sans retenue. Ne possédant qu'une notion vague du tien et du mien, ils ont des iinpulsions à voler, détruire, incendier, etc.

" La parole existe, mais la prononcialion est souvent défectueuse. Leur langage est borné, leurs phrases imparfaites, le verbe y est parfois absent, ils parlent d'eux à la troisième personne,

" Ils ne peuvent remplir que des occupations simples, uniformes, toujours les mêmes.

" Ils ont des sentiments affectifs, souvent superficiels. Ls sensibilité générale est d'ordinaire émouBsée. Les sens sont fréquemment intacts, mais peu délicats.

' 4" Arriération intellectuelle ou imbécillité légère. — Les facultés intellectuelles considérées dans leur ensemble existent, mais sont retardées notablement au dessous des facultés des enfauts du même âge. L'attention laisse beaucoup à désirer; toutefois il est possible de la fiser, au moins pendant quelque temps : ce temps augmente si l'on varie les occupations intellectuelles.

* Les arriérés ont des penchants particuliers, des aptitudes spéciales. Leur intelligence se manifeste principalement pour tout ce qui est relatif à ces penchants.

" 5° Instabilité mentale. — Les instables ont une mobilité physique exubérante. Ils ne restent en place nulle part, se lèvent de place à chaque instant sans motif. S'ils jouent, ils passent rapidement d'un jeu à un autre. Leur mobilité intellectuelle n'est pas moindre aussi. ,

Sollier dans sa psychologie de l'idiot et de l'imbécile est le premier qui ait attribué la faiblesse mentale à une défectuosité de l'attention et ait cru pouvoir distinguer d'après le degré de cette défectuosité la gravité et la nature des cas :

Tantôt l'attention est complètement absente, c'est le cas pour l'idiot absolu.

Tantôt il y a faiblesse ou difficulté d'attention, c'est le cas dans i'idiotie simple.

Tantôt il y a instabilité de l'attention, c'est le cas pour l'imbécile.

Je ne discuterai pas ici la légitimité de ce classement, mais je crois aussi avec Jules Voisin ('), Thulié ('), Santé

(1) Jdlbs VoifiiK, L'idiotie, 1893.

(*) Thulié, L'orthophrinçpédtt ou dfeesagf des jt

de Sanctis (*), MoroBoff (') et d'autres que ce n'est pas ' d'après l'attention seule qu'il est possible de faire un classement des états de défectuosités mentales.

Ganguillet ('), à la troisième Conférence suisse pour la protection des Enfants anormaus, a divisé les irréguliers mentaux comme suit :

1° Ceux qui ont l'intelligence égale à 1; ce sont les normaux ;

2° Ceux qui ont l'intelligence égale à 6/d, c'est-à-dire ceux qui à neuf ans ont atteint le déyeloppemetit d'un enfant de six ans;

S" Ceux qui ont l'intelligence égale à 4/9 ou 1/2, ce sont les faiblement doués (Schwachbegabte); à neuf ans, ils en sont au point d'un enfant de quatre;

4" Ceux qui ont l'intelligence égale à 2/9 ou 1/4, ce sont faibles d'esprit {Schwacksinnige), qui à neuf ans ne sont pas plus avancés que l'enfant de deux ans;

5° Enfin restent ceux dont l'intelligence est égale & : les idiots, les inéducables {Blôdsinnige, Biîdungsunfôkigê).

Binet (*) a cru pouvoir prendre comme critérium de la valeur intellectuelle la suggestibilité et il admet ainsi quatre groupes d'enfants, dont le quatrième renferme seul tous les sujets qu'on peut ranger parmi les irréguliers mentaux; les trois premiers concernent par contre des sujets qui restent dans les limites normales ;

1° Enfant du type plus ou moins automatique, obéissant

(') Sants Dt Sanl'Tis, Sui erilerl e metoJi ptr l'educabilila dei de/icienti e dei démenti (Rivist. gperimfttt. freniiUria, 1902, p. 359).

(*) MOBOBOFF, Beitriige zHr Anthropologie, Etialogie uad Psycholoffie des Idiolismus, 190i, en russe, dane la Revue de Bechterew,

i?) D' GiHoniLLBT, Statistik der in Schulpftichfigr Aller gelangten Kinder mit Bezug atif die Creistesguriickgebliebeneit. Rapport tt la troisième oonfârence Suiese 1901 \Konferen$z fur das Idiolenteesen),

[*} BiHET, La suggestibilité.

passivement, ce sont des modèles de discipline, ils constituent la moyenne des classes ordinaires.

2" Enfants sensibles dont on obtient l'obéissance en faisant appel au sentiment; ils répondent faiblement à la suggestion quand on met en jeu ce levier.

3" Enfants à esprit actif, intelligents, qui ont une personnalité nettement définie, qui répondent difficilement à la suggestion, à moins qu'elle ne présente un obsl^acle à franchir.

4° Enfants obstinés, rebelles à toute suggestion ou incapables d'en suivre aucune {indisciplinés, névropathes, dégénérés) ; dans cette catégorie rentrent également les enfants pervers intéressants au point de vue criminel, et aussi les arriérés, les faibles d'esprit, les défectueux mentaux de toutes espèces.

Un auteur américain. Noyés ('), de New- York, adopte également une classification psycbologique, mais qui fait l'impression d'être fort théorique. Voici son tableau :

1" Les défectueux de la perception.

2" Les défectueux de l'attention.

3° Les défectueux de la volonté :

a) Par manque d'impulsion (paresseux, irrésolus);

b) Par idées fixes (phobiques);

c) Par excès d'impulsion (épileptiques);

d) Par manque d'attention, congénital ou acquis (chorée) ;

e) Par troubles se rattachant à l'hystérie;

f) Par troubles dus à des états analogues à l'hypnose.

4" Les défectueux des facultés supérieures du raisonnement.

5" Les défectueux de la mémoire.

6° Les défectueux moraux.

7° La stupidité mentale et la démence.

{•) Notes, PeychtHogicaî rtudiea of backicard Children, New-Tork. Médical Journal, 1901, jnin, p. 1076.

Parmi les clasBifications aymptoinatolog:ique8, il en est qui occupent une place à part en ce qu'elles envisagent un signe très spécial et très intéressant : la sociabilité.

En réalité, ce tenue se rapporte à un ensemble d'actes qui dépendent des fonctions mentales; on peut même aller jusqu'à dire que tout acte mental est aussi un acte social; en tout cas, les tentatives faites en ce sens me paraissent d'une haute valeur, car elles permettront d'étendre la valeur du terme anormal et de porter le critérium de l'anomalie sur son vrai terrain, le réactif par excellence de la défectuosité mentale étant la sociabilité.

Sollier parait être le premier qui ait envisagé le problème à ce point de vue : pour lui, l'idiot est un extrasocial, l'imbécile un antisocial, en ce sens que l'idiot n'est pas apte à se mouler aux nécessités de la vie en société, tandis que l'imbécile est nuisible et dangereux {Psychologie de l'idiot et de l'imbécile, 1881, p. 266).

M. le prof. Dallemagne, dans son remarquable ouvrage : Dégénérés et déséquilibrés (p, 251), admet aussi le terme di' extrasocial comme applicable aux degrés profonds de la défectuosité mentale, mais il lui semble " que l'application d'antisociaux donnée aux imbéciles est trop exclusive. , II voudrait la subdiviser : il appellerait particulièrement antisociaux ceux qu'un instinct de destruction ou de criminalité précoce pose pour ainsi dire en adversaires innés de l'ordre social; il réserve la dénomination <\.'asociaux à ceux qui, sans porter préjudice à la société, lui sont inutiles, encombrants ou inadaptables.

" Les asociaux manquent des qualités affectives qui forment la base de la sociabilité, ils n'éprouvent ni commisération ni amour; ils sont indisciplinables, paresseux, vagabonds, ils sont l&ches et n'agissent avec l'apparence du courage que par inconscience du danger ou impulsion ; ils n'ont aucun sentiment ni de la propriété ni de la réciprocité. L'égoïsme, qui fait le fond de leur caractère, les

empoche d'arriver à la notion de l'altruiame, L& société n'a rifiD à attendre d'eux; ils l'encombrent et dérivent an profit de leur inutilité sociale, les forces vives de la collectivité -

' Les antisociaux vont au delà; ils mettent en péril la société elle-même. ,

Santé de Sanctis ('), appréciant la valeur de la distinction faite par Sollier, la combat en disant qu'à un moment donné tous les phrinasthéniqves sont ou peuvent être en imminence d'antisociabilité. Si le savant psychiatre de Rome, qui a une compétence toute spéciale en matière d'iiréguliers mentaux de l'enfance, entend par là que tout être, quel qu'il soit (surtout irrégulier), pourra constituer un danger social ou au moins une nuisance sociale, s'il ne reçoit pas une initiation adéquate à l'ambiance, à laquelle il doit s'adapter, tons ceux qui ont vécu de près avec des enfants et plus spécialement avec des enfants présentant des irrégularités des fonctions psychiques doivent souscrire à cette affirmation.

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