‹ La Claudication Intermittente De La Moëlle ÉpinèreChapitre 11 sur 24 · SYNDROME DE CHARCOT · texte numérisé non relu

SYNDROME DE CHARCOT

Le syndrôme de Charcot désigne la claudication intermittente des membres inférieurs par artérite. Nous avons dit comment Charcot en fit l’étude clinique d’après le tableau de la boiterie du cheval tracé par Bouley et Goubault.

Voici un cheval de trait qui, jusqu'ici, avait fait un bon service et qui, aujourd’hui encore, présente toutes les apparences de la santé. Tout à coup, le voilà pris d’une boiterie dans un ou plus souvent les deux membres à la fois : ce sont généralement les deux membres postérieurs.

On accorde à l'animal un temps de repos et tout rentre dans l’ordre. Le voilà de nouveau au trot, mais, après quelques minutes, un quart d’heure peut-être, la boiterie recommence. Un nouveau temps de repos est nécessaire.

Et ainsi de suite toutes les fois que l’animal voudra trotter.

Telle est dans sa simplicité réelle tout le tableau symptomatique de la boiterie du cheval, que nous retrouvons dans la claudication intermittente de l’homme, quelque syndrôme que l’on envisage.

On a continué l'expérience sur le cheval pour mieux pré-

ciser les phénomènes et suivre leur évolution.

LNONO RES

On frappe l’animal au moment où la boiterie apparaît, alors, celui-ci, sous l’exitation du fouet, fait tous ses efforts pour continuer la marche, mais il présente des symptômes qui, en clinique vétérinaire, sont reconnus pour exprimer une vive douleur : respiration anxieuse, tachycardie, sueurs abondantes. Enfin, il se roule sur le sol, comme en proie à de violentes coliques |

Si maintenant on examine le ou les membres atteints de elaudication intermittente, on constate que la façon dont l’animal fait des efforts pour agiter ses membres indique que là est le siège de la douleur. De plus, on n’y perçoit plus de battements artériels et enfin les membres dont l’impuissance motrice est cause de la claudication se montrent rigides, résistants aux mouvements passifs, manifestement contracturés en un mot.

Tels sont les phénomènes de la crise. L’animal est tombé à terre, il se roule en proie à la plus vive douleur. Abandonné à lui-même, il prend un temps de repos, l’état normal revient : la circulation se régularise, les battements artériels réapparaissent en même temps que la douleur et la contracture disparaissent.

L'animal se redresse, il reprend son allure normale, on peut croire que tout est rentré dans l’ordre. Hélas ! il n’en est rien, car au bout de quelques minutes de‘ marche, la même crise reparaît avec les mêmes caractères que la précédente.

Chez l’homme, le tableau symptomatique est identique.

Un sujet jeune, ou dans la force de l’âge, vigoureux,

remarque un jour qu’un de ses membres inférieurs, plus

bats El

rarement les deux ensemble, se fatigue plus vite qu£ d'ordinaire en marchant.

Au bout de quelques centaines de mêtres, cette jambe devient plus lourde, est prise de crampes, de fourmillements qui disparaissent au repos.

Ces symptômes de début passent souvent inaperçus et le sujet ne s’en aperçoit réellement que lorsqu'ils sont très accusés.

Ce qui l’étonne surtout, c’est que la distance parcourue — et au bout de laquelle se produit la paralysie, — diminue progressivement : alors qu’au début il pouvait faire un kilomètre ou deux, il ne peut bientôt plus parcourir sans douleur que 2 ou 300 mèêtres, souvent moins encore, 30 ou 40 pas. Au bout de cette distance, le membre devient lourd, difficile à remuer et quelques instants de repos sont néces-

saires et suffisent pour lui rendre toute sa souplesse.

Ces symptômes sont donc absolument identiques chez

l’homme et chez le cheval : ils sont les mêmes également pour le syndrome dé Charcot et pour celui du PT Déjerine.

L'évolution est assez rapide : elle se fait généralement en deux ans, dix-huit mois, six mois, suivant les cas. Et c’est lorsque l’évolution est avancée que le malade vient vous consulter pour remédier à sa situation fort ennuyeuse.

Lorsqu'on l’examine au repos, on ne constate absolument

rien, Mais, si on le fait marcher, on voit se dérouler sous les

yeux, au bout de quelques instants, tous les troubles pour lesquels il est venu vous trouver.

Il se met en marche allègrement, d’un pas normal, et

marche pendant quelques instants. Puis 1l sent peu à peu

LA pe

qu’un de ses membres inférieurs devient lourd ; il y éprouve une sensation de crampe, de fourmillements, qui arrive bientôt à un degré d’impotence tel que le malade, ne pouvant faire un pas de plus, est obligé de s’arrêter pour éviter une chute immédiate. Après quelques minutes de repos, tous les phénomènes disparaissent pour se reproduire après une nouvelle marche.

Lorsqu’on examine le malade au moment de la crise, on fait des constatations intéressantes.

Le membre atteint de claudication intermittente est contracturé ; sa température est notablement abaïssée, le poul ; artériel est aboli, et enfin on y remarque des troubles vasomoteurs consistant en cyanose et refroidissement de la peau.

Tels sont les grands symptômes de la claudication intermittente de Charcot. Nous en avons indiqué suffisamment la cause : l’artérite des artères du membre inférieur. Et c’est précisément de cette artérite que dépendent tous les symptômes énumérés ci-dessus.

L’artérite amène de linsuffisance circulatoire, d’où ischémie du membre. Au repos, la quantité de sang qui passe dans les artères rétrécies est encore suffisante pour nourrir les membres. Mais, quand celui-ci travaille, elle sera insuffisante, surtout si l'effort demandé est au-dessus de la limite de résistance du membre, et cette insuffisance, cette ischémie du membre se traduiront par lPhypothermie, la cyanose, la contracture.

Au repos, le sang rétablira son équilibre et les troubles disparaîtront pour revenir dès qu’ils en trouveront locca-

sion.

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SYNDROME DU Pr DÉJERINE

En faisant l’étiologie de la claudication intermittente, nous avons vu comment tous les auteurs qui avaient étudié la question avaient méconnu la claudication intermittente spinale. Aucun d’eux n’avait soupçonné qu’il pât se produire dans la moelle épinière un processus analogue à celui qui se produisait dans les organes et dans les membres inférieurs et donnant là aussi de la claudication intermittente. C’est M. le Pr Déjerine qui étudia ce nouveau chapitre en 1906 et lui donna son nom.

Il trouva, chez plusieurs malades, le tableau symptomatique du syndrome de Charcot : c’était la même alternative de marche et de repos, les mêmes crampes survenant à la marche et disparaissant au repos.

Mais, ce qui l’étonna, ce fut de constater chez ces malades l’absence des signes pathognomoniques du syndrome de Charcot : hypothermie, abolition du pouls artériel, cyanose. Aucun de ces malades n’avait ces signes. Mais, comme ils présentaient des troubles vésicaux, de l’exagération des réflexes, il pensa à un processus spinal et posa le diagnostic de claudication intermittente de la moelle épinière.

Le tableau symptomatique est absolument identique à

celui du syndrome de Charcot : ce sont les mêmes sensa-

Dog

tions de lourdeur, de crampes dans un ou les deux membres inférieurs, obligeant le malade à se reposer quelques instants avant de repartir complètement ingambe. L'évolution est aussi la même, aboutissant à une limite de marche de plus en plus réduite.

D'ailleurs, nous ne saurions mieux préciser ce syndrome

qu’en publiant les observations que nous avons recueillies.

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