‹ La Claudication Intermittente De La Moëlle ÉpinèreChapitre 12 sur 24 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Professeur Déjerine) }

Claudication intermittente bilatérale de la moelle épinière datant

d’un an. Guérison par le traitement spécifique intensif.

Le nommé Z..., âgé de 38 ans, agent de la sûreté, vient me consulter à la Salpétrière le 8 février 1900, pour des troubles très marqués de la marche. C’est un homme de haute taille, d'apparence très vigoureuse et bien musclé, Il a servi longtemps dans l'infanterie, n’est pas alcoolique et ne se souvient pas d’avoir eu la syphilis. Sa femme n’a pas fait de fausses couches. Sa profession l’oblige à marcher ou à être debout sur ses jambes une grande partie de la journée. C'est, il y a un an, qu’a débuté

son affection, en janvier 1899, Très occupé par son service à cette

époque, il remarquait parfois, le soir, en rentrant chez lui, une :

‘sensation de gêne, de pesanteur douloureuse dans ses jambes, à laquelle il n’était pas habitué et qu’il mettait sur le compte de la fatigue.

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Bientôt les troubles augmentèrent et il remarqua, dans le courant de mars, que cette « fatigue des jambes » le prenait assez souvent dans la journée lorsqu'il marchait, mais, ajoute-t-il, comme il me suffisait de me reposer quelques instants pour que la fatigue disparût, je n’y fis pas attention.

À partir du mois de mai, les symptômes s’aggravèrent. Après

trois ou quatre cents mêtres de marche, la douleur’ et surtout la

lourdeur des jambes étaient telles que le malade ne pouvait plus

avancer et était obligé de s'arrêter ou de s’asseoir pendant quelques minutes. Pendant le repos, tout disparaissait, et les jambes recouvraient leur force pour la reperdre ensuite après un Certain trajet. À cette époque, il consulta plusieurs médecins qui le considérérent comme un rhumatisant et prescrivirent des bains sulfureux.

L’affection continua. à progresser pendant l’été et l’automne

z \ et, en novembre, le malade ne pouvait faire deux cents pas sans

être obligé de s’arrêter et, depuis cette époque jusqu’aujourd’hui,

elle a encore augmenté. Tous les trente ou quarante mêtres, 1l est obligé de s’asseoir. |

État actuel le 8 février 1900. — Le malade est examiné tout d’abord dans le décubitus dorsal. Ses membres inférieurs sont, comme les supérieurs, fortement musclés et ne présentent aucune trace d’atrophie ni d’attitude vicieuse. Ils sont souples et sans contracture, même latente. Leur force musculaire est considérable. La station verticale se fait les yeux fermés, comme à l’état normal, sur l’une ou l’autre jambe. La sensibilité superfi-

cielle et profonde, y compris la sensibilité osseuse, est intacte

: sous tous ses modes. Les réflexes patellaires et achilléens sont

forts, il n’y a pas de clonus du pied et le réflexe cutané plantaire,

peu net des deux côtés, se fait en flexion, peu appréciable du

reste.

Les phénomènes changent du tout au tout dès que l’on fait

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marcher le malade. Au bout d’une trentaine de pas, il aceuse, dans ses membres inférieurs, à gauche surtout, une sensation de

crampe, en même temps que de faiblesse, il sent ses jambes devenir lourdes et raides, puis, au bout d’un moment, il lui - semble qu’elles sont « en plomb » et, pour ne pas tomber, il est / obligé de s’asseoir.

Si, à ce moment, on examine les membres inférieurs, on voit qu'ils ne sont plus aussi souples qu'auparavant ; les réflexes patellaires et achilléens sont toujours forts, mais la flexion dorsale de la plante du pied produit un clonus vrai pendant quelques secondes, marqué surtout à gauche. Parfois on obtient, de ce même côté, un léger signe de Babinski. Si, après avoir laissé reposer le malade quelques minutes, on lui dit de se remettre en marche, il part tout à fait dispos, les jambes souples et légères et les mêmes phénomènes se reproduisent au bout de quelques minutes de marche pour cesser ensuite par le repos, recommencer de nouveau après la marche, et ainsi de suite. Les artères des membres inférieurs — pédieuse, tibiale postérieure, poplitée — battent comme à l’état normal et la peau ne présente, à aucun moment, de changement de coloration. À

Je portai chez ce malade le diagnostic de claudication intermittente de la moelle épinière par artérite à marche lente et il fut soumis à un traitement mercuriel intensif — 6 grammes d’onguent napolitain en frictions tous les jours, associés "avec 6 grammes d'iodure de potassium, dose qui fut rapidement portée à 10 grammes par jour.

Au bout de quinze jours, le malade était déjà nettement amélioré et pouvait faire cent cinquante à deux cents pas sans s’ar-/ rêter, Au bout d’un mois, il arrivait à faire quinze cents mètres ; au bout de deux mois, un kilomètre. Le traitement mercuriel fut interrompu puis repris et, à partir du quatrième meis, la marche redevint ce qu’elle était autrefois, c’est-à-dire normale.

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En 1906, au bout de six ans, la guérison s’est maintenue et cet homme, qui revient me voir deux ou trois fois par an à la Salpétrière, ne ressent plus rien dans ses membres inférieurs et peut, tout aussi facilement qu'avant d’être malade, exercer sa profession.

La guérison chez lui est donc complète.

OBsERvVATION II

(Professeur Déjerine)

Claudication intermittente unilatérale de la moelle épinière datant de vingt mois. Amélioration considérable par le traitement spé-

cifique. À

Le nommé C..., âgé de 42 ans, employé de commerce, vient

à ma consultation à la Salpétrière en novembre 1905, pour une

difficulté de la marche.

Rien de particulier à noter au point de vue héréditaire ou personnel. Doué d’une force peu commune et faisant cinquante kilomètres par jour. Marié à 33 ans, a eu deux enfants : l’un mourut de convulsion à l’âge de neuf mois, le second est bien portant. Au commencement de son mariage, sa femme a fait une fausse couche de quatre mois.

C’est-en juillet 1904 qu’il constata quelque chose d’anormal dans sa jambe droite. Il remarqua en marchant l’existence d’une

douleur sur la face interne de la cuisse, douleur qu’il compare à

une pression et qui existe encore aujourd’hui. Ce n’est que cinq

à six mois après, en janvier ou en février 1905, que des troubles

de la marche apparurent chez lui. Un beau jour il s’aperçut

qu'après avoir fait moins d’un kilomètre, son membre inférieur

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droit devint peu à peu lourd, difficile à détacher du sol, et cela à un tel point qu'il fut obligé de s’arrêter de marcher pendant quelques minutes et il constata qu’à ce moment la douleur qu'il ressentait n'avait pas augmenté. Après un repos de cinq à six minutes l’impotence de son membre inférieur droit disparut et il recommença à marcher aussi facilement qu'auparavant; mais, après avoir fait de nouveau environ un kilomètre, la même douleur suivie de la même impotence de ce membre se reproduisit et l’obligea de nouveau à s'arrêter. Les jours suivants, les mêmes phénomènes se rencontrèrent; mais, après une marche moins longue, si bien qu’au bout de quinze jours il était obligé de s’arrêter après cinq cents mètres

Au bout d’un mois, la lourdeur et l’impotence du membre inférieur droit se produisaient après quinze ou vingt pas, de telle sorte que, pour faire une course quelconque, il était obligé de s’arrêter presque toutes les minutes. À cette époque encore, un repos de quatre à cinq minutes dans la station debout, sans qu'il fût nécessaire au malade de s'asseoir, faisait de nouveau disparaître le symptôme d’impotence et de douleur dans le membre inférieur droit. Dans les périodes de repos de quelques minutes qu’il était obligé de s’accorder tous les quinze ou vingt pas, là sensation de fatigue du membre — contrairement à ce qui s'était passé jusque-là — ne disparaissait pas tout à fait complètement, tout en diminuant cependant d’une manière considérable. Chose intéressante, malgré la nécessité de s’arrêter tous les quinze ouvingt pas, le malade pouvait faire cependant des marches de plusieurs kilomètres.

Le malade accuse des mictions impérieuses.

État actuel, novembre 1905. |

Le membre inférieur droit est aussi vigoureux et aussi volumineux que le gauche. La sensibilité est intacte sous tous ses

modes, Pas de signe de Romberg. Pas grand’chose du côté des

réflexes. Les artères des pieds et des jambes ont leurs battements normaux. Nous faisons marcher le malade pendant quelques minutes en lui disant de s’arrêter quand la faiblesse de la jambe se produira : au bout de cinq minutes, il rentre entraînant fortement la jambe droite, la pointe du pied appuyée sur le sol, puis il est très vite obligé de s’arrêter, sa jambe droite lui paraissant être « de plomb »

A ce moment, on ne constate pas de contracture dans ce membre inférieur droit, mais on produit très facilement la trépidation spinale dans le pied correspondant, disparaissant après quinze ou vingt secousses. Le réflexe de Babinski aurait tendance à exister.

Après s'être reposé quelques minutes, nous disons au malade de marcher à nouveau : à ce moment, il ne sent plus aucune fatigue dans sa jambe droite, mais, après avoir fait deux ou trois cent mètres, les mêmes phénomènes se reproduisent, et ainsi de suite.

Le malade est.soumis à un traitement mercuriel. Du mois de novembre à la fin de janvier, on lui fit vingt-trois injections contenant chacune deux centigrammes de biodure d’hydragyre. L'amélioration obtenue fut très nette et, après quelques semaines,

il pouvait faire un kilomètre sans être obligé de s’arrêter

OBservarTion III

(Professeur Déjerine)

Claudication intermittente de la moelle épinière aboutissant, au

bout de deux ans, à la paraplégie spasmodique.

D..., 42 ans, charcutier. Vigoureux, légèrement alcoolique, nie la sÿphilis. Marié, un enfant bien portant. Sa femme fit une

fausse couche après six mois de mariage.

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Début de l'affection dans les premiers mois de 1903. Il s’apercut un jour d’une fatigue et d’une douleur insolites dans la jambe droite. Après avoir marché un certain temps, une demiheure environ, sa jambe devenait lourde et il avait une grande peine à la mouvoir. Après quelques mois, c'était tous les quarts d'heure qu'il était obligé de s'arrêter, sa jambe devenant aussi lourde que du plomb. Quelques minutes de repos debout et sans qu'il fût besoin de s’asseoir suffisaient à faire disparaitre le phénomène et sa jambe redevenait normale. Puis les mêmes symptômes se reproduisaient au bout d’un nouveau quart d’heure de marche, et ainsi de suite. Cela dura pendant deux ans, jusqu’au commencement de 1905. A partir de cette époque, il remarqua que, pendant le repos, contrairement à ce qui se passait auparavant, la jambe restait lourde et difficile à mouvoir.

Bientôt la jambe gauche présenta le même phénomène analogue et, au printemps de 1905, les deux jambes, au repos, étaient lourdes et un peu raides, la marche devenait difficile, en même temps que se produisait une douleur dans la région lombaire.

En plus, mictions impérieuses, sans incontinence, affaiblisse-

ment de la puissance génitale. k

État actuel, août 1905. — Homme vigoureux, fortement musclé La démarche du sujet est celle de la paraplégie spasmodique prédominant du côté droit. Les pieds, surtout le droit, traînent sur le sol, Contracture légère, surtout à droite. Le malade peut marcher pendant deux à trois cents mètres, distance à laquelle il est obligé de s'arrêter. Pas d’atrophie des muscles des membres inférieurs dont la puissance musculaire est encore considérable. Sensibilité normale. Réflexes exagérés.

Battements artériels normaux. Le traitement n’a pas amené

d'amélioration sensible.

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OBSERvVATION IV

(Personnelle)

P... Antoine, jardinier, 42 ans, présente, en 1904, les pre: miers signes de claudication intermittente. Il s’aperçoit peu à peu que la fatigue le prenait d’une façon anormale, lui imposant, à des intervalles de plus en plus rapprochés, le besoin impérieux de s’arrêter et de se reposer.

La limite de marche permise, qui était de une heure en 1904, était tombée à une demi-heure en 1906. Depuis, il marche moins longtemps encore et, au moment où nous le voyons (mars 1908), c’est tous les quarts d'heure qu’il éprouve ce besoin impérieux de repos.

Ce malade présente, aussi nets que possible, tous les signes de claudication intermittente. Il présente céci de particulier que les troubles ne siègent que du côté droit : nous avons donc affaire à une hémi-claudication intermittente du membre inférieur droit.

Quand ilse met en marche, le départ est très pénible, mais, une fois échaufté, il marche très bien pendant 1/4 d’heure. A ce moment, son membre inférieur droit est pris de crampes, de tremblement, ce qui l’oblige à s’arrêter pour éviter une chute prochaine. Ce tremblement disparait aux premières minutes de repos, mais revient au bout d’un nouveau quart d’heure ‘de marche.

Ici aussi, le temps de la marche diminue de plus en plus.

Aucune douleur dans la région Jombaire.

L’alcoolisme est certain. Dans sa jeunesse, cet individu buvait

tous les matins dix petits verres de rhum.

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L'examen révèle une atrophie assez considérable du membre inférieur droit.

Mallet droit : circonférence, 30 cent. ; mollet gauche, 35 cent.

La motilité est intacte, sauf dans le pied droit où, par suite d’une vieille entorse remise par un rebouteur, la flexion et l’extension sont difficiles.

Sensibilité intacte.

Rotulien exagéré à droite.

Battements de la pédieuse normaux.

Babinski négatif.

Le traitement a amélioré ce malade d’une façon manifeste.

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