SCÈNE DOUZIÈME
HORTENSE
Imbécile 1
ISIDORE
Madame est bien bonne !...
HORTENSE
Combien monsieur Morel vous donne-t-il pour faire, éternellement, l’éloge des champs?
ISIDORE
Rien encore. . . mais il m’a promis de me faire son intendant, dès qu’il aurait un château.
Il n’en aura jamais !
ISIDORE
Ah! madame ne voudrait pas me faire perdre une si bonne place... (a part.) une place où il me sera permis de voler tout à mon aise... (Haut.) Si j’osais soumettre une humble observation à madame , je lui demanderais d’où vient cette horreur que lui inspire la campagne?... Madame est, bien certainement, la victime d’un préjugé...
HORTENSE
Taisez-vous !
ISIDORE
Je me tais. Si madame voulait me permettre de lui faire une seconde observation ? (Moment de silence.) Madame le permet ?... eh bien ! madame a tort de croire que le séjour de la campagne est sans agrément; il y a aussi une foule de distractions pour elles...
HORTENSE
Oui, la pluie qui tombe, et le vent qui souffle...
ISIDORE, secouant la t<He.
Oh ! mieux que ça... tenez, par exemple, madame Dubreuil ....
HORTENSE
Ah! madame Dubreuil trouvait des distractions dans le Périgord ?...
ISIDORE
Certainement, madame !
Je serais curieuse de les connaître.
ISIDORE
Aussitôt que son mari partait en guerre, c’ost-à-dire pour la chasse, madame Dubreuil recevait la visite d’un lieutenant
Isidore, Hoptense.
de louveterie, un grand brun, qui avait des moustaches en croc, comme ça.,.
HORTENSE
Ah!
ISIDORE, continuant.
Il venait faire de la musique avec madame... mais le lundi... le lundi seulement...
HORTENSE. '
-Belle affaire !... un jour sur sept !...
ISIDORE
Oui... mais le mardi... tandis que M. Dubreuil faisait du drainage... tous les mardis étaient consacrés au drainage... nous recevions encore la visite... je dis nous, parce que c’était toujours moi qui tenais la bride de son cheval, lorsqu’il arrivait... nous recevions le receveur des contributions...
HORTENSE
Ah ! le receveur des contributions aussi!...
ISIDORE, continuant.
Oui, madame, un joli blond, qui avait une raie jusqu’au milieu du dos... Celui-là avait toujours un roman nouveau dans sa poche, et venait faire la lecture à madame... Il paraît qu’il lisait très-bien.
HORTENSE, Se mémo.
Et la fin de la semaine?...
ISIDORE
Etait réservée à un jeune cousin, qui venait tout exprès de. la ville voisine, pour faire de la tapisserie avec madame... Il paraît qu’il faisait très-bien la tapisserie!
HORTENSE, riant aux éclats.
Ah! ah!
ISIDORE
Ce n’est pas tout...
HORTENSE
Comment! Encore? Ordinairement on se repose le dimanche!
ISIDORE
Nous avions aussi les voyages .
HORTENSE
Madame Dubreuil voyageait avec son mari!,.. Ceci ne compte pas.
ISIDORE *
Non... avec son cousin... elle a même fait, avec lui, un voyage en Italie, dont elle n’est jamais revenue...
* Hortense, Isidore.
Digltized by