ACCUSATION DE MEURTRE SUR UNE ESCLAVE
L'État contre Élisa Rowand. — Session du printemps; audience du 5 mai 1847. — Préj iideat: l'honorable juge O'Neall.
On amène l'accusée à la barre. Elle est accompagnée de son époux et de sa mère. Elle entend établir sa non-culpabilité, et, pour soutenir ce procès, déclare se placer sous la protection de Dieu et de son pays. Après le tirage dee ; jurés, on procède à la lecture de l'acte d'accusation, qui renvoie Elisa Rowand . devant la cour criminelle, comme accusée d'avoir tué son esclave Marie, se )it en la
d80 LA CLEF DE LA CASE
frappant sur la tête de sa propre main, soit en la faisant frapper par son esclave
mâle Richard (^).
A la demande de M. Petigree , l'accusée obtient la permission de s'éloigner
de la barre, et de se faire remplacer par son conseil. Mais le juge déclare qu'il
n^aurait jamais accordé à un homme ce qu'il veut bien ne pas refuser à une
femme.
Vattorney gênerai^ M Henry Bailey, prend la parole au nom de l'Etat:
«MM. les jurés, dit-il, ont à remplir un devoir solennel et douloureux. De leur décision dépend la vie ou la mort de l'accusée, son honneur ou son déshonneur. Ils auront les lumières et l'énergie nécessaires pour faire leur devoir. Ils ne céderont à aucune influence, soit favorable, soit hostile à l'accusée. Il n'y a pas besoin de leur dire que, si la culpabilité de l'accusée est démontrée, il faut qu'ils la déclarent sans hésitation, dussent-ils écrire leur verdict avec des larmes de sang. Ils ne se laisseront pas aller à une sentimentalité maladive au sujet de la peine de mort : ils sont là pour appliquer la loi , et non pour la faire. Mais s'ils ont des devoirs à remplir envers la société , ils en ont également envers l'accusée. D'après les principes des lois américaines, elle est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité soit démontrée. Qu'ils pèsent donc, sans parti pris d'avance et avec une entière impartialité, toutes les circonstances de la cause, et qu'ils déclarent leur pensée sincèrement et sans crainte. L'accusation ne leur dira rien des faits de la cause; elle ne veut rien ajouter à l'impression que les témoins feront sur leur esprit. Le magistrat chargé de la soutenir leur si§,malera seulement quelques dispositions de la loi. Il s'agit du meurtre d'un esclave. L'ancienne loi ne regardait pas celui qui tuait un esclave comme un assassin; mais l'acte de 1821 a mis le meurtre d'un blanc et celui d'un noir sur le même rang. > (Ici Vattorney gênerai lit le texte légal de 1821, ainsi conçu: — «Quiconque aura volontairement, de propos délibéré et malicieus^ement, donné la mort à un esclave, sera, s'il en est convaincu , puni de mort, sans bénéfice de clerg^ie. ») «Cependant, continue ce magistrat, les règles df i procédure posées par l'ancienne loi sont applicables au cas présent. » L'e? {amen doit porter sur deux points.
» Premier point: l'accusée est-elle coupable de meurtre? Le fait doit être daireme nt établi. S'il n'y a pas là meurtre, il n'y a plus de procès.
(') Pour comprend ic ce ((ui va suivre, le lecteur doit savoir (juc la loi de 1710 condaimiait le meurtrier «i'uii escliivi ' à l'amende et à la itrivation des J,roits civiques, et que la loi de 18-21 le puiiil de mort.
«Second point : Il faut déterminer le caractère du meurtre. A-t-il été commis dNec malice préméditée? C est la malice qui constitue essentiellement la criminalité. Le fait de meurtre une fois constaté, la malice est présumée jusqu'à preuve contraire, et cette preuve doit résulter des circonstances. Le mot malice est un terme technique. Il n'a pas , dans la langue du droit , le même sens que dans le langage ordinaire. Selon le savant Michel Foster, il ne doit pas s'entendre de la haine contre tel individu en particulier : il a un sens général. On peut aussi tuer, même avec l'intention de tuer, sans être pour cela un assassin. Il y a des homicides qu'on peut justifier ou excuser. L'action de tuer dans un transport violent et subit n'est souvent qu'un homicide par imprudence (*). Il peut encore y avoir meurtre sans qu'il y ait eu haine contre la victime. Tel est le cas du voleur qui tue pour cacher son crime. La înalice préméditée est ce sentiment dépravé qui porte à fouler aux pieds les lois sur lesquelles repose l'ordre social. C'est ce mépris de la loi et de la vie des hommes qui se manifesterait par l'action de faire feu sur une foule rassemblée, et de tuer un inconnu. La loi regarde un pareil sentiment comme exécrable, et le frappe d'un juste châtiment lorsqu'il se produit par des faits. On peut faire beaucoup de mal sans être mû par ce sentiment; mais quand un acte a été commis sans souci des conséquences qu'il pourrait avoir, et que la mort s'en est suivie, c'est un meurtre aux yeux de la loi. Si les faits du procès n'ont pas tous ces caractères, il prie le jury d'acquitter l'accusée, comme l'exigent la loi et la justice. Qu'il tienne compte exactement de tous les faits, et décide si le malheur que l'on déplore n'est qu'un accident, ou s'il doit être attribué à cette préoccupation haineuse que la loi flétrit du nom odieux de malice