‹ La clef de la case l'Oncle TomChapitre 41 sur 82 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Le soussigné, possédant une excellente meute de limiers pour traquer et reprendre les esclaves fugitifs, a l'honneur d'informer le public que, pour l'avenir, ses prix restent ainsi fixés :

Pour chaque journée employée à traquer ou chasser. ... 2 doll. 50

Pour chaque esclave repris ....10 »

Pour les esclaves repris à plus de dix miles 20 »

Ces rétributions, s'il les faut aller quérir à domicile, seront exigées en monnaies d'or ou d'argent.

Le soussigné réside à un mile et demi au sud de DadeviUe (Alabama).

Signé B. Black.

DadeviUe, 1er septembre 1852.

« XIL L'esclave fugitif, quand il était repris, subissait des châtiments sévères, soit par ordre du maître, soit, si ce dernier le préférait, par sentence du juge; quelquefois il était mis en croix, ou bien on lui coupait un pied, ou

bien encore on l'envoyait combattre comme gladiateur les bêtes féroces; mais le plus souvent on le marquait sur le front , avec un fer rouge , de lettres qui indiquaient son crime. »

Du moment où le maître est investi d'un pouvoir sans limites , on ne doit pas douter que l'esclave , fugitif et repris , ne soit sévèrement châtié. Il serait superflu d'établir qu'en fait les choses se passent ainsi , dans un nombre infini de circonstances. Les punitions spéciales dont il est question ci-dessus sont maintenant tombées en désuétude; mais l'annonce suivante, que M. Micajah Ricks faisait insérer naguère dans le Raleigh Standard (Carohne du Nord) du 48 juillet 1838, montre que notre époque dégénérée garde pourtant quelque chose du sentiment classique en fait de tortures :

«Echappés, une négresse et deux enfants. Quelques jours avant sa fuite, je l'avais marquée avec un fer chaud sur la joue gauche. J'avais essayé de figurer, tant bien que mal, la lettre M (*). »

Charmante naïveté, savez-vous, que cet amour-propre littéraire de M. Ricks! Il ne voudrait, pour rien au monde, que cette lettre M fût prise pour échantillon de son savoir-faire comme écrivain? Non; — mais sans doute la négresse marquée se trémoussait sous le fer brûlant, — et si la lettre M est peu lisible, ne vous en prenez qu'à cela!

« XIII. Des maîtres cruels louaient quelquefois des tortionnaires de profession , ou les attachaient à leurs maisons pour qu'ils les aidassent à châtier leurs esclaves. Ceux-ci, fréquemment victimes d'un accès de fureur, étaient exposés à perdre, soit le nez, soit les oreilles, soit les dents. Parfois même, si la faute paraissait énorme, on allait jusqu'à leur crever les yeux. Il est arrivé que la crucifixion a puni de légers délits , ou que , par pur caprice, des maîtres l'ont fait subir à leurs esclaves. »

Dans le livre de M. Weld que nous venons de citer on trouvera, — nous y renvoyons de nouveau le lecteur, — une horrible liste d'esclaves estropiés ou mutilés, liste dressée d'après les annonces faites par les propriétaires euxmêmes. Nous rappelons aussi à l'attention de nos lecteurs le témoignage authentique de ce monstre appelé Kephart , tel que nous l'avons inséré dans le chapitre 11 de notre première partie. Pour ce qui est de la crucifixion , il nous semble probable qu'en vertu de certains scrupules religieux, cette pratique répugnerait à beaucoup de misérables, disposés d'ailleurs à infliger, par d'autres

(') Extrait de l'ouvrage de M. Weld iiililulé : American slavery as il is, pag. 77.

noyens, un supplice non moins cruel. La religion mal entendue a de ces adeptes, — pareils au pirate grec qui, prenant part à un massacre dans le temps du carême, eut la conscience troublée à propos d'une goutte de sang qui avait jailli dans sa bouche , et qu'il avait avalée par mégarde. Il nous semble probable, disions-nous? — Mais qu'on se rappelle l'esclave de Souther, et son supplice de douze heures; on verra si l'esclavage américain est beaucoup plus mitigé que l'esclavage à Rome.

Il est un seul point sur lequel notre parallèle nous fait défaut. C'est le dernier trait du tableau tracé par Blair, qui termine ainsi :

« En vertu d'un décret voté par le sénat , si un maître était assassiné en des circonstances où ses esclaves eussent pu lui prêter secours , tous ceux qui se trouvaient dans ce cas étaient regardés comme complices du meurtre, et «ncouraient la peine de mort. Tacite rapporte un exemple pareil, où quatre cents esclaves, composant la maison d'un particulier, furent tous exécutés.»

Ici la jeune Amérique est vaincue, il faut en convenir, par la Roma ferox de l'antiquité.

Page 1