SEPARATION DES FAMILLES
La négation et la rupture violente des liens de famille, tel est, selon nous, l'abus le plus déplorable de l'esclavage. C'est en même temps le plus notoire, le moins contestable , et cependant c'est celui qui excite les réclamations les plus. nombreuses et les plus énergiques. Depuis la publication de la Case de ronde Tom, l'auteur s'est souvent entendu reprocher, soit indirectement, soit directement, d'avoir tenté d'égarer l'opinion pubhque sur cette grave question. Contre ses assertions le Nord a protesté tout aussi bien que le Sud. Quand elles viennent du Nord, ces protestations témoignent d'une grande ignorance de la matière ; parties du Sud , elles manquent évidemment de franchise et de sincérité. Tous les peuples, toutes les provinces de chaque nation, ont des défauts qui leur sont propres; mais, jusqu'à ce jour, nos Américains du Sud n'avaient jamais eu recours à la ruse et au mensonge. Nous espérons encore qu'ils se sont trompés de bonne foi. S'ils ne disent pas la vérité, c'est qu'ils ne la connaissent pas, ou plutôt qu'ils ne la voient pas. L'habitude, les passions
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et les préjugés, exercent sur l'esprit humain des influences tellement extraordinaires! Combien de parents, par exemple, trouvent pleins de gentillesse et parfaitement élevés des enfants qui, pour les étrangers, sont insupportables! Les hommes qui sont nés et qui ont vécu dans le Sud ne sauraient, d'ailleurs, être acceptés comme arbitres dans un semblable procès. Le nègre pour eux n'est pas un homme, mais une chose; ils sont si accoutumés à en parler et à en entendre constamment parler comme d'un cheval, d'un mulet, d'un pourceau ou de tout autre bien meuble, qu'ils ne lui reconnaissent ni la faculté ni le droit de souffrir et d'aimer. Les meilleurs d'entre eux ne s'intéressent donc guère à ceux qui ne leur appartiennent pas; ils sont hors d'état, par conséquent, d'apprécier leur condition.
Mais c'est trop discuter. Cédons la parole aux faits; ils sont assez éloquents par eux-mêmes. Les annonces que l'on va lire ont été extraites de deux journaux de la Caroline du Sud.
VENTE, PAR ORDRE DU COMMISSAIRE {*) , DE DOUZE NÈGRES DE CHOIX. Fairfield district.
R. W. MuRRÂY, femme Murray, et autres \ parties, — contre William Wright, femme i Plaidant devant une cour d'équité. Wright, et autres parties, ^
En exécution d'une ordonnance de la cour d'équité rendue dans l'affaire ci-dessus, au terme de juillet 1852, je vendrai aux enchères pubhques, et au plus offrant enchérisseur, devant le palais de justice de Winnsboro', le premier lundi du mois de janvier prochain, douze nègres de choix, appartenant à la succession de Micajah Mobley, décédé.
Ces nègres consistent principalement en jeunes garçons et en jeunes fdies , et ne laissent rien à désirer.
W. R. ROP.ERTSON.
Bureau du commissaire.
Winnsboro' , nov. 30 1852, dec. 2. 42 X. 4.
(^) Le commissaire est un juge délégué par le tribunal.
DE L'ONCLE TOM. !2i3