‹ La clef de la case l'Oncle TomChapitre 61 sur 82 · DÉPÔT D'ESCLAVES DE LA NOUVELLE-ORI.ÉANS · texte numérisé non relu

DÉPÔT D'ESCLAVES DE LA NOUVELLE-ORI.ÉANS

No 68, rue Baronne.

Wm. F. Tannehill k G^® ont constamment en mains un assortiment complet d'ESCLAVES bien choisis A vendre. Aussi vente et achat d'esclaves par commission.

Nous avons actuellement en mains un grand nombre de nègres à louer au mois, parmi lesquels se trouvent des jeunes garçons, domestiques de maison, cuisinières, blanchisseuses et repasseuses, nourrices, etc.

Références,

Wright, Williams k G*«. Moon, Titus & G^^

Williams, Phillips k Ç}^. J. 0. Nelson k Ç}^.

MosES Greenwood. E. W. Diggs.

L'industrie de l'élève des esclaves dans les États du Nord a été souvent l'objet de travaux statistiques, et plus d'une fois les patriotes américains, qui en déplorent l'existence comme une honte pour leur pays, y ont fait allusion dans leurs discours. En 1841 , la British and foreign anti-slavery Society (la Société abolitionniste britannique et étrangère) adressa au comité exécutif

de V American anti-slavery Sociehj (la Société abolitionniste américaine) un certain nombre de questions sur le commerce des esclaves dans l'intérieur des Etats-Unis. — Une enquête consciencieuse eut lieu à cette époque, et les résultats en furent publiés à Londres., C'est à ce curieux volume que nous empruntons les fragments suivants.

«Le Virginia Times (journal hebdomadaire publié à Wheeling, Virginie) évalue, en 1836, le nombre des esclaves exportés de cet Etat seulement pour être vendus, pendant les douze mois précédents, à quarante mille^ dont il porte la valeur totale à 24 millions de dollars (128,400,000 fr.).

» Admettons que, durant cette période, la Virginie ait fait à elle seule la moitié des exportations, on a le chiffre effrayant de quatre-vingt mille esclaves exportés, en une seule année, des Etats qui en élèvent. 11 est difficile de dire dans quelle proportion chacun de ces Etats contribue à ce résultat total, mais on peut les ranger dans l'ordre suivant : la Virginie, le Maryland, la Caroline du Nord, le Kentucky, le Tennessee et le Delaware.

' Le Natchez Courier (Mississipi) déclare que les États de la Louisiane, du Mississipi, de l'Alabama et d'Arkansas, ont importé deux cent cinquante mille esclaves des Etats plus septentrionaux pendant l'année 1836. »

» Ce chiffre paraît incroyable ; mais il comprend probablement tous les esclaves introduits dans ces Etats par suite de l'émigration de leurs maîtres. L'extrait suivant du Virginia Times confirme cette supposition : «Nous avons entendu des hommes intelligents, dit le rédacteur de ce journal, évaluer à cent vingt mille le nombre des esclaves exportés de la Virginie pendant les douze derniers mois, chaque esclave valant en moyenne au m.oins 600 dollars, ce qui donne un total de 70 milHons de dollars. Un tiers seulement de ces esclaves avaient été vendus ; les deux autres tiers avaient été amenés par leurs maîtres qui changeaient de résidence.

» Admettons ces calculs comme vrais; — c'est-à-dire qu'il y avait un tiers d'esclaves vendus contre deux tiers amenés par leurs maîtres à la suite d'un changement de résidence; — les quatre Etats de la Louisiane, du Mississipi, de l'Alabama et d'Arkansas, auraient acheté plus de quatre -vingt mille esclaves importés. Supposons que quarante mille seulement se soient vendus en outre dans les autres États qui en ont besoin, la Caroline du Sud, la Ccorgie et la Floride, et nous arriverons à cette conclusion que plus de cent vingt mille esclaves ont été exportés, chaque année, avant la grande crise financière

de 4837, des Etals qui en élèvent dans les Etats qui en consomment.»

»Lc Baltimore American extrait le renseignement suivant d'un journal du Mississipi, en date de 1837 :

« Le rapport fait par le comité des citoyens de Mobile sur la crise financière, constate que l'Etat d'Alabama a, depuis 1833, employé chaque année 10 millions de dollars environ à l'achat d'esclaves dans les autres Etats. »

«Le commerce des esclaves, disait le Baltimore Begister de 1829 (Maryland), a pris une très-grande importance. De nombreux établissements, où on les vend comme du bétail , ont été créés dans le Maryland et la Virginie. Ces entrepôts sont sohdement construits, et bien approvisionnés d'écrous en fer, de nerfs de bœuf et autres fouets fréquemment ensanglantés... »

» Le professeur Dcw, actuellement président de l'université de Guillaïune-et- Marie (Virginie), s'exprime en ces termes, dans sa revue des débats de la législature virginiennc, en 1831-32 (p. 120) :

« Un équivalent complet étant laissé à la place de l'esclave (le prix payé), cette émigration devient un avantage pour l'Etat, et ne diminue pas la population noire autant qu'on pourrait l'imaginer au premier aspect ; car le maître se trouve ainsi intéressé à soigner ses esclaves, à les faire multiplier, et à en élever le plus grand nombre possible. »

»Dans les débats de la convention de la Virginie, en 1829, le juge Upshur disait : « La valeur des esclaves, en tant que marchandise, dépend beaucoup de l'état du marché extérieur... Rien n'est plus variable. Une loi récente de la Virginie l'a réduite de 25 pour 100, deux heures après son adoption. Si nous étions assez heureux, comme je F espère, pour annexer le Texas à VUnioUj leur prix s'élèverait de nouveau. » Cette dernière opinion était appuyée et confirmée par M. Philip Doddridge, de la Virginie (Debates, p. 89) : « L'annexion du Texas augmentera considérablement la valeur de la propriété dont il s'agit. »

»Le révérend docteur Graham , de Fayetteville (Caroline du Nord), disait, en 1837, dans un meeting tenu dans cette ville :

« Il y a eu environ sept mille esclaves ofierts, l'hiver dernier, sur le marché de la Nouvelle-Orléans. La Virginie seule en expédie, chaque année, six mille dans le Sud , et pendant les vingt dernières années, la Virginie et la Caroline du Nord ont exporté, dans les États du Sud , trois cent mille esclaves. »

• L'honorable Henri Clay, du Kentucky, constatait, dans son discours à la

Société de colonisation, en 1829, que, selon une opinion généralement répandue, la partie agricole des Etats-Unis renoncerait au travail esclave pour le travail libre , si les hauts prix des marchés du Sud ne donnaient pas aux propriétaires la tentation d'élever des sujets,..

• M. Gholson, de la Virginie, s'exprimait en ces termes, le 18 janvier 1831 (voir le Richmond Whig ) , dans la législature de cet Etat : « Les gens de la vieille roche, fermement attachés à leurs opinions , avaient toujours pensé que le propriétaire d'une terre avait un droit rationnel à ses profits annuels : le propriétaire d'un verger à ses fruits, le propriétaire d'une jument poulinière à son poulain, le propriétaire d'une esclave femelle à ses enfants. Nous ne sommes ni assez intelligents, ni assez fins pour découvrir les distinctions techniques que certaines personnes veulent établir, — c'est-à-dire la distinction entre une jument poulinière et une esclave femelle. L'axiome légal : Partus sequitur ventrem^ est aussi ancien que le droit de propriété lui-même. Il est fondé en raison et en équité. C'est parce qu'il compte sur l'inviolabilité de cette sage maxime, que le maître se passe des services de son esclave femelle, la nourrit et la soigne pendant toute la durée de sa gestation, et élève ensuite le fruit de ses entrailles. La valeur de la propriété justifie la dépense, et je n'hésite pas à dire que cette branche de production est une des grandes sources de la richesse nationale. »

Aucun commentaire sur l'état où l'esclavage réduit l'opinion publique produirait-il une impression égale à celle de ce dernier fragment du livre dont nous avons parlé plus haut, surtout si nous rappelons que c'est l'extrait d'un discours prononcé dans la législature de la Virginie. Ah ! certes , Washington a dû tressaillir, et rougir de honte au fond de son tombeau, en voyant son Etat natal dégradé à ce point. Du reste, cet abominable langage, — qu'on ne s'y trompe pas, — a été relevé et châtié comme il devait l'être. M. Faulkner a répondu à M. Gholson dans la chambre des délégués de la Virginie; M. Thomas Jefferson Randolph a protesté également dans la législature de la Virginie (voir le Richmond Whig et le Liberty Rill). Nous citerons seulement un passage du discours de M. Thomas Jefferson Randolph :

« C'est une industrie, — et cette industrie prend des développements , — d'élever , dans certaines parties de la Virginie , des esclaves pour les marchés du Sud. Comment un homme d'honneur, un patriote, un ami de son pays peut-il voir, sans douleur et sans honte, cet ancien domaine qu'ont illustré le

dévouement et le patriotisme de ses enfants combattant pour la liberté, transformé en une vaste ménagerie, où l'on élève des êtres humains pour les vendre au marché, comme des bœufs pour la boucherie? Ujie pareille industrie n'est-elle pas plus blâmable, plus cruelle encore que le trafic des esclaves proprement dit? Le trafiquant achète du négrier, qui est allé le charger à son bord sur une côte éloignée, un esclave qui lui est absolument étranger par son langage, sa physionomie, ses habitudes, ses manières, et dont une longue traversée a déjà calmé la douleur. Mais ici, Monsieur, le maître arrache des bras de sa mère en pleurs, il vend à des maîtres étrangers , qui l'useront en peu d'années à leur profit, s'ils ne le font pas mourir sous leurs coups, un pauvre enfant qu'il connaît depuis sa naissance, qu'il a vu jouer plus d'une fois peut-être avec ses propres enfants , et qui le considérait comme un protecteur... L'orateur a essayé de justifier l'esclavage, parce qu'il existe en Afrique... En vertu du même raisonnement, il justifierait la polygamie, car elle existe dans les Etats musulmans... Mais l'esclavage n'a-t-il donc pas été aboli dans tous les pays de l'Europe civilisée?... L'ignorez-vous, par hasard. Monsieur?» Depuis 1844, c'est-à-dire depuis la publication de l'enquête de la Société abolitionniste américaine, l'étendue des marchés du Sud a été doublée, et le commerce des esclaves s'est développé dans la même proportion. Nous l'avons montré , les journaux du Sud sont remplis d'annonces relatives à la vente et à l'achat des esclaves. C'est le principal commerce du pays. Ainsi, durant les deux dernières années , mille trente-trois esclaves ont été embarqués pour les marchés du Sud, dans le seul port de Baltimore. — Le tableau ci-dessous nous a été fourni par un employé de la douane : il peut donc être considéré comme officiel.

'lU

Relevé du nombre des bâtiments frétés dans le district de Baltimore pour les ports du Sud, ayant des esclaves à bord, du 1"^"^ janvier 1851 au 20 novembre 1852.

Date.

Dénomination.

Noms des bâtiments.

Leur destination.

1851. Janv.

Sloop.

Georgia.

Norfolk, Virginie.

Bark.

Elisabeth.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Georgia.

Norfolk , Virginie.

Bark.

Cora.

Nouvelle-Orléans.

Fév.

E.-H. Chapin.

Sarah-Bridge.

Sloop.

Georgia.

Norfolk , Virginie.

Schooner.

M.-A. Barling.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Georgia.

Norfolk , Virginie.

Mars.

Ship.

Edward-Everett.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Georgia.

Norfolk, Virginie.

Bark.

Baltimore.

Savannah.

Avril.

Sloop.

Herald.

Norfolk, Virginie.

Brig.

Waverley.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Baltimore.

Arquia-Creek , Virginie.

Ship.

Charles.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Georgia.

Norfolk, Virginie.

Mai.

Hera d.

Schooner.

Brilhant.

Charleston.

Juin.

Sloop.

Herald.

Norfolk, Virginie.

Georgia.

Schooner.

Truth.

Charleston.

Ship.

Herman.

Nouvelle-Orléans.

Juillet

Schooner.

Aurora, S.

Charleston.

Sept.

Bark.

Kir-Knood.

Nouvelle-Orléans.

Oct.

Abbott-Lord.

Elizabeth.

Ship.

•Edward-Everett.

Sloop.

Georgia.

Norfolk , Virginie .

Nov.

Ship.

Bark.

Eliza F. Mason.

Nouvelle-Orléans.

Mary-Broughtons.

Dec.

Ship.

Timoléon.

Schooner.

H.-A. Barling.

1852. Janv.

Bark.

Southerner.

Fév.

Ship.

Nathan-Hooper,

Durabarton.

Mars.

Sloop.

Palmetio.

Charleston.

Jewess.

Norfolk, Virginie.

Avril.

Palmetto.

Charleston.

Bark.

Abbott-Lord

Nouvelle-Orléans.

Mai.

Ship.

Charles.

Juin.

Sloop.

Pampero.

Juillet

Palmetto.

Charleston.

Herald.

Norfolk, Virginie.

Maryland.

Arquia-Creek, Virginie.

Sept.

North-Carolina.

Norfolk, Virginie.

Ship.

America.

Nouvelle-Or éans.

Oct.

Brandvwinc.

Sloop.

Isabei:

Charleston.

Schooner.

Maryland.

H.-M. Gambrill.

Savannah.

Nov.

Ship.

J;ine-Henderson.

Nouvelle-Orléans.

Sloop.

Palmetto.

Charleston.

Cette industrie fatale a les conséquences les plus tristes et les plus déplorables, même pour l'esclave qui n'en est pas personnellement victime. La crainte

d'être vendu Wi\ soul-drivers (conducteurs d'âmes )(^) ne lui laisse pas un seul instant de tranquillité. Jour et nuit, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ['inquiétude trouble sa joie , si , par hasard , il lui est permis d'en goûter. A toute heure il se dit : «C'est peut-être la dernière que je passe avec ma femme et mes enfants. «Chaque semaine, chaque mois, un de ses compagnons d'infortune lui est enlevé ; demain ce sera son tour. Cette horrible angoisse, non moins cruelle que la réalité , le poursuit partout, en tout temps. Quand il rentre dans sa case, épuisé de fatigue, il se demande s'il y retrouvera les êtres chéris auxquels il a dit adieu le matin. — Aperçoit-il un blanc rôder autour de l'habitation de son maître, il le prend pour un soid-driver, et ses terreurs augmentent; la vue du reptile le plus venimeux et le plus repoussant ne lui causerait pas la même impression d'horreur et d'effroi. Son maître le sait bien : aussi le moyen le plus sûr de le faire travailler et obéir, c'est de le menacer du conducteur d'âmes...

Le relâchement des mœurs est partout une des conséquences de l'esclavage. Cet effet se fait bien plus sentir dans les Etats éleveurs que dans les autres. Au lieu de mettre un frein au libertinage , les maîtres lui lâchent la bride. D'une part leurs gains augmentent en raison du nombre d'enfants que leur donnent leurs esclaves femelles ; d'autre part , le sang-mêlé se vend beaucoup plus cher que le sang noir pur,..

Les horreurs de l'esclavage ont inspiré aux poètes américains d'éloquentes protestations ; c'est un hommage que nous sommes heureux de leur rendre , un remercîment public qu'il nous tardait de leur adresser. Parmi les pièces de vers qui font tout à la fois le plus d'honneur à leur cœur et à leur talent, nous citerons de préférence les deux suivantes : la Jeune fille quarteronne, de Longfellow, et les Adieux d'une esclave de la Virginie à ses filles^ par John G. Whittier.

La jeune fille quarteronne.

«Le négrier était à l'ancre dans la vaste lagune; aucun vent n'agitait ses voiles inutiles ; il attendait que la lune se levât, et que la brise du soir vînt à souffler.

» Son navire était attaché au rivage ; et tout son équipage au repos s'amu-

(') Tel est le nom significatif que les esclaves donnent aux trafiquants dans les États éleveurs.

sait à contempler des alligators argentés qui se glissaient dans le bayou paisible.

» Les parfums de fleurs d'orangers et d'autres arbres odoriférants leur arrivaient par intervalles, comme ces brises embaumées qui soufflent du patadis sur un monde corrompu.

»A l'abri sous son toit de chaume, le planteur fumait lentement d'un air pensif; le négrier avait déjà sa main sur la porte; il semblait pressé de partir.

» — Mon navire se balance à l'ancre dans votre belle lagune, lui dit-il; j'attends que la brise du soir vienne à souffler, et que la lune se lève.

«Devant eux, la tête haute, mais dans une attitude timide, se tenait debout une jeune quarteronne qui témoignait autant d'étonnement que de curiosité.

» Ses grands yeux brillaient d'un vif éclat. Ses bras et son cou étaient nus ; elle n'avait d'autre vêtement qu'une jupe légère et ses longs cheveux noirs.

» Sur ses lèvres se jouait un sourire aussi pur, aussi doux, aussi léger que celui qui, dans l'aile de quelque cathédrale, illumine les traits d'un saint.

»Le sol est épuisé, la ferme est vieille, se disait le planteur pensif. — Et il regardait, tour à tour, l'or du négrier et la jeune fille.

«Son cœur luttait en lui-même contre la tentation de ce gain maudit, car il savait à quelles passions la jeune fille devait le jour^ — quel sang coulait dans SCS veines.

» Mais la voix de la nature fut trop faible ; il prit l'or qui fascinait son regard ; la joue de la jeune fille se couvrit d'une pâleur mortelle... Ses mains devinrent

glacées.

» Le négrier l'entraîna par la main loin de la case du planteur, pour en faire son esclave et sa maîtresse , sur une terre étrangère et lointaine. »

Adieux d'une mère esclave de la Virginie à ses filles vendues à des trafiquants du Sud.

«Parties, parties! — vendues et parties pour les rizières humides et solitaires! où le fouet à esclaves sangle sans relâche, où pique l'insecte malfaisant, où le démon de la fièvre répand ses poisons avec la rosée , où les rayons dangereux du soleil brillent dans un brouillard brûlant! — Parties, parties! — vendues et parties des collines et des fleuves de la Virginie pour les rizières humides et soHtairesî... Malheur à moi! ô mes filles volées!

» Parties , parties ! — vendues et parties pour les rizières humides et solitaires! — L'œil de leur mère ne veille plus sur elles; l'oreille maternelle n'entend plus leurs plaintes! Jamais, quand le fouet cruel sillonnera leurs dos de nombreuses cicatrices, la bonté d'une mère ne les consolera, les bras d'une mère ne les caresseront!... Parties, parties! etc.

» Parties, parties! — vendues et parties pour les rizières humides et solitaires!— Voici l'heure du soir où, exténuées de fatigue et accablées de douleur, elles reviennent à pas lents de la plantation vers leur triste case ! La voix d'un frère ne les saluera plus à leur retour!... un frère chéri n'ira plus à leur rencontre!... Parties, parties! etc.

» Parties , parties ! — vendues et parties pour les rizières humides et solitaires!— Bien loin de l'arbre à l'ombre duquel a joué leur enfance! loin de la source fraîche où elles aimaient à boire ; loin du rocher, de la colline et des rives qu'elles connaissaient ; loin du temple où elles avaient l'habitude de prier, et des saints conseils qu'elles y recevaient!... Parties, parties! etc.

• Parties, parties! — vendues et parties pour les rizières humides et solitaires!— Tout le jour, condamnées à un pénible travail, et la nuit, livrées sans défense aux plus viles passions!... Oh! que ne sont-elles mortes plus tôt! que ne dorment-elles, côte à côte, d'un paisible sommeil, là où le pouvoir du tyran expire, là où les chaînes ne peuvent plus blesser!... Parties, parties! etc.

» Parties , parties ! — vendues et parties pour les rizières humides et soh-

taires! Par l'amoar divin qii'iL porte à ses créatures, par le roseau écrasé qu'iL épargne , puisse celui qui connaît seul les cruelles injustices dont elles soulfrent devenir leur espoir et leur refuge, et les aimer plus que leur mère!... Parties, parties ! »

Le passage suivant d'un travail extrait du docteur Bailey, publié dansl'Em de 1847, présente celte triste question de l'esclavage sous un jour plus favorable à quelques familles de la Virginie. Puisse augmenter chaque annéele nombre des maîtres qui refusent de se séparer de leurs esclaves autrement qu'en les émancipant. Après avoir donné quelques détails statistiques sur le commerce des nègres dans la Virginie , le docteur Bailey termine en ces termes : « Il y a ici un certain nombre de planteurs qui ne peuvent pas se résoudre à vendre leurs esclaves ; ils en ont plus qu'ils n'en peuvent occuper ; il leur est loisible en tout temps de s'en défaire à des prix élevés. La tentation est forte; car s'ils ont d'une part trop de bouches à nourrir, d'autre part leurs bourses demanderaient à être mieux garnies. Ils gardent cependant tous ceux qu'ils possèdent: — de tels hommes sont trop bons pour être des propriétaires d'esclaves. Ils comprendront un jour, il faut l'espérer, que c'est pour eux un devoir de faire un pas de plus et d'affranchir tous leurs nègres. De temps en temps déjà, quelques-uns de ces honnêtes planteurs lèguent en mourant la liberté à leurs esclaves.»

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