‹ La clef de la case l'Oncle TomChapitre 71 sur 82 · ÉCHAPPÉE · texte numérisé non relu

ÉCHAPPÉE

Le 1 5 mai , de chez moi , une négresse nommée Fanny. Cette femme a vingt ans, elle est d'une taille assez élevée. Elle sait lire et écrire, et par là se trouve en état de se fabriquer de fausses passes. Elle a emporté avec elle une paire de boucles d'oreilles, et une Bible reliée en rouge. Elle est trèspieuse. Elle prie beaucoup, et on la croyait heureuse et contente; elle est aussi blanche que la plupart des femmes blanches, avec des cheveux blonds et lisses et des yeux bleus : elle peut donc se faire passer pour une femme blanche. Je donnerai 500 dollars à quiconque , l'ayant prise , me la ramènera. Elle est très-intelligente.

John Balcii (*).

Tuscaloosa, 20 mai 1845.

Ainsi, on le voit, ce qui s'appelle nègre dans la langue des voleurs d'esclaves et des marchands d'esclaves, comprend tout ce qu'on appellerait ailleurs

{') Les dernières annonces citées sont extraites du pamphlet : Slavery and the constitution, publié par VVm. J. BoNvdilch.

sang-viêlé : métis nègres et blancs, Indiens et nègres, Indiens et blancs, croisements de toute espèce. Parfois les blancs eux-mêmes sont enlevés et réduits en esclavage. Le révérend George Bourne, de la Virginie, ministre presbytérien qui, en 1816, attaquait déjà l'esclavage, raconte les aventures d'un enfant de race blanche , âgé de sept ans , qui fut enlevé de chez ses parents, immergé dans le cuvier d'une tannerie pour lui basaner la peau, puis tatoué, enfin vendu , et qui ne parvint à s'échapper qu'après une captivité de quatorze ans. Aujourd'hui qu'en vertu des progrès modernes, la couleur du teint ne sert plus de garantie contre l'esclavage, — il serait inutile de tanner un enfant volé.

Les annonces que nous avons citées prouvent abondamment que les ravisseurs d'esclaves peuvent voler et vendre, dans le Sud, des enfants de race blanche. Ainsi , on a toute raison de croire que la grand'mère de la pauvre Emily Russell était une petite fille blanche, volée par ces marchands de chair humaine. Ainsi encore, il n'y a pas plus d'une semaine, l'auteur a eu l'occasion de rencontrer une quarteronne fugitive ayant avec elle ses deux enfants , — un garçon de dix mois, une petite fille de trois ans. Tous deux étaient ce qu'on peut voir de plus blond, et tous deux, d'une beauté remarquable. La petite fille avait les yeux bleus et des cheveux d'or. La mère et les enfants s'étaient trouvés en danger d'être vendus, par suite de lahcitationd'un domaine, et c'était là le motif de leur fuite. — Rien qu'à regarder ces enfants, il y avait de quoi trembler pour les nôtres , dont aucun signe extérieur quelconque ne les distinguait.

Au surplus, un gouverneur de la Caroline du Sud déclarait ouvertement, en 1835, que les classes laborieuses de n'importe quel pays, blanchies ou non, constituaient un élément dangereux de la population , à moins qu'on ne les réduisît à l'esclavage.

Nous ne discuterons point cette curieuse doctrine , et nous croyons pouvoir regarder comme suffisamment étabh, parles documents cités dans ce chapitre: —

1° Que les arguments invoqués pour justifier l'esclavage du nègre sont inapplicables à un grand nombre des esclaves actuels;

2^ Que ces esclaves, jugés d'après leurs maîtres eux-mêmes, ne sont pas, après tout , entièrement stupides ;

3*^ Que leur sort ne les réjouit pas autrement;

A^ Qu'il y a bien quelque raison pour cela;

5« Qu'un nombre infini d'hommes sont, à chaque instant, vendus comme esclaves , bien qu'ils déclarent et affirment être libres.

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