‹ La clef de la case l'Oncle TomChapitre 78 sur 82 · ESPRIT DE LA RÉFORME CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

ESPRIT DE LA RÉFORME CHRÉTIENNE

On insiste , et l'on nous dit qu'au moins les apôtres ont pu ordonner aux maîtres d'affranchir légalement leurs esclaves, et qu'ils ne l'ont pas fait.

Nous répondons que toutes les réformes dirigées par la main de Dieu ont suivi la même marche : on s'est occupé d'abord de détruire , si l'on peut parler ainsi, resprit de Valms, et l'on a laissé la /br7n<? tomber, peu à peu, d'ellemême.

Ce procédé a l'avantage, non-seulement de supprimer tel abus particulier, mais de prévenir tous ceux qui, dans la suite des temps, pourraient naître du même principe. Si l'apôtre eût attaqué seulement la forme qu'avait alors l'esclavage, l'esprit d'égoïsme n'aurait pas manqué de lui en substituer une autre, et se serait mis à couvert sous la lettre du précepte. Dieu a porté au monstre un coup plus sûr : il l'a frappé au cœur. Au lieu de dire au maître : Affranchis ton esclave y il lui a dit : Traite-le comme ton frère! laissant cà sa conscience à déduire les conséquences du commandement.

Au temps des apôtres , l'esclavage avait infecté de ses poisons tous les rapports sociaux. Le fils était l'esclave de son père ; la femme était resclave de son mari.

D'après la loi romaine (^), le père pouvait à son gré emprisonner son fils , le faire battre de verges, le mettre à mort. Le fils ne possédait rien qui ne fût la propriété du père. Ce pouvoir sans limites dont le père était investi durait autant que sa vie, à moins qu'il n'émancipât son fils; mais il f;illait que l'acte de manumission fût répété trois fois, tandis qu'une seule fois sufïisait

(*) Adams, Anliquités romaines.

pour donner la liberté à l'esclave. En aucun cas la loi n'obligeait le père à émanciper son fils.

La femme romaine était dans une position tout à fait semblable. Quand elle était accusée d'un crime, le mari convoquait ses parents à elle, la jugeait en leur présence, et lui infligeait le châtiment (|u'il jugeait convenable.

Si elle avait trahi la foi conjugale, ou si elle avait bu du vin, la loi de Romulus donnait à son mari le droit de la mettre à mort (*). A la différence du fils, la femme ne pouvait être affranchie. Son esclavage durait autant que sa vie.

Le même esprit de brutalité présidait aux rapports de maître à esclave , et avait produit tout un code de rigueurs, que la chrétienne Amérique a fait renaître au dix-neuvième siècle en le chargeant de rigueurs nouvelles.

Pour réformer ces différents abus, l'Evangile a procédé de la même manière. Il n'a pas dit au père d'émanciper légalement son fils; mais il a versé dans son cœur des sentiments si tendres, que tout Romain, devenu chrétien, aurait cru trahir sa foi s'il eût usé de la puissance tyrannique que la loi lui donnait. 11 a fait du mariage le symbole du lien mystérieux qui unit le Christ avec son Eglise; il n'en a pas fallu davantage. Tout mari chrétien a compris immédiatement que sa religion lui interdisait l'usage des droits oppresseurs dont la loi civile l'avait armé.

De même pour les esclaves. 11 a été posé en principe que le maître devait « accorder à son esclave tout ce qui était juste et équitable , • qu'il devait voir en lui « non un esclave , mais un frère bien-aimé, » et l'on a vu disparaître peu à peu, dans la pratique, toutes les rigueurs de la loi romaine.

Page 1