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CHAPITRE V

Des changements substantiels des corps.

I. Autre fait à expliquer : les changements substantiels des corps. — Notion du changement ; — ses éléments; — ses espèces. — II. Réalité de changements substantiels dans la nature. — Explication de ce lait d'après les Atomistes et les Dynamistes ; — d'après les Scolastiques.

I. Changements substantiels des corps. — Les corps naturels sont donc de nature différente, et leur constitution substantielle n'est pas la même. Mais il y a plus; l'observateur se trouve en présence d'un autre fait non moins évident, qu'il faut aussi expliquer. Dans la nature, les corps ne demeurent pas toujours dans le môme état : au contraire, ils subissent des changements continuels, et qui atteignent quelquefois leur substance elle-même. Pour entretenir sa vie, l'homme a besoin d aliments; il les emprunte à tous les règnes de la nature; mais qui peut douter que ces aliments ne changent substantiellement quand ils deviennent chair humaine et qu'ils cessent d'être ce qu'ils étaient pour faire partie de notre personne? Il en est de môme pour les éléments que la plante et l'animal s'assimilent et qu'ils transforment en leur propre substance. Encore

ici, le philosophe doit paitir des données du sens commun, qui ne sauraient être erronées, et en chercher la raison scientifique, sous peine de ne rien édifier qui soit vraiment solide et conforme à Texpérience et à la raison. Mais avant tout, qu'est-ce que le changement, et quelles conditions suppose-t-il? Le terme de changement, mutatlo, motus, a un sens très étendu. On entend généralement par changement le passage d'un être d'un état quelconque à un autre état ou manière d'être. Par exemple, lorsque l'homme, d'ignorant qu'il était, devient savant, que le bois, par la combustion, passe à l'état de cendre, il y a changement. La mutation, de quelque nature qu'elle soit, suppose évidemment trois choses : 1^ un état ou mode d'être qui est abandonné, et que la philosophie appelle tenninum a quo ; 2** un nouvel état ou mode d'être qui succède au premier, et qu'on nomme termmum ad quem; 3^^ un sujet, une réalité qui passe du premier mode d'être au second. Ces modes d'être ne sont pas nécessairement des perfections, ni même toujours quelque chose de positif. Lorsqu'un homme qui possédait la science ou toute autre qualité, vient à la perdre, il change sans rien acquérir qui le rende meilleur. L'être qui change est donc contingent, composé, fini et imparfait; il peut cesser d'être ce qu'il est, perdre quelque chose de ce qu'il possède,

acquérir dos propriétés qu'il n'avait pas ; pai conséquent, il n'a pas toutes les perfections. Dieu, l'être infini et nécessaire, ne peut rien acquérir ni rien perdre; il est absolument immuable.

Gomme l'être se divise adéquatement en substance et en accident, les modes d'être se divisent aussi en mode d'être substantiel et mode d'être accidentel. Etre homme, animal on plante sont des modes d'être substantiels: être saint ou vicieux, grand ou petit, sont des modes d'être accidentels. L'être substantiel est appelé par saint Thomas être premier, fondamental, essentiel, esse hoc, qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, c'est-à-dire de telle ou telle espèce, homme ou plante. L'être accidentel, au contraire, n'est qu'an être secondaire, postérieur, surajouté, qui ne fait pas qu'une chose est de telle ou telle espèce, mais simplement qu'elle a telle ou telle qualité, v. g. qu'un homme est saint ou savant^ qu'un animal est fort ou faible.

Le changement accidentel est le passage d'un accident à un autre accident. Avant de changer, le sujet ou l'être qui subit ce changement est affecté de tel accident déterminé ; après le changement, cet accident a disparu et tait place à un autre accident, comme v. g. lorsqu'un homm<î devient savant, d'ignorant qu'il était. Donc, quand il y a mutation pure-

ment accidentelle, le sujet qui change reste substantiellement le même ; il ne devient pas autre qu'il était mais autrement, non aliud sed tantuni aliter. Un ignorant qui est devenu savant, ne cesse pas d'être un homme, il a toujours la môme nature et il appartient à la même espèce. Or, que les corps éprouvent des changements accidentels , changements de volume, de qualités, de place, c'est une chose évidente et que personne n'a songé à nier. L'homme, l'animal, la plante, le corps brut ne sont jamais bien longtemps dans le même état. Point de difficulté sur ce point.

Le changement substantiel atteint les êtres d'une manière bien plus intime, car il est le passage d'un être d'une espèce i une autre espèce diiïérente, ab esse subslantiali ad aliud esse substantiale. Quand il y a changement substantiel, in terniino a qiio, avant le changement, le sujet ou l'être qui change est de telle espèce déterminée, mais capable de passer à une autre espèce, en cessant d'appartenir à la première ; in tennino adqîieni^a^rès le changement, ce même corps est devenu coi'ps d'une autre espèce ; ce n'est plus le même ; non seulement il est autrement qu'il était, mais il est autre, ?ion tantuni aliter, sed aliud. Un homme prend de la nourriture, il mange du pain, des fruits, boit du vin et de l'eau ; ces aliments sont des corps d'espèces déterminées ; tout à l'heure.

ils seront devenus, en partie du moins, sang humain, chair liumaine, os, etc., qui sont, de l'aveu de tout le monde, des corps de nature différente. Il y a donc eu passage d'un sujet ou d'une réalité d'une espèce à une autre espèce diverse, c'est-à-dire changement substantiel *.

II. Réalité des changements substantiels dans LES CORPS. — Or, il n'est pas douteux qu'il s'opère dans la nature des changements qui atteignent la substance même des corps, soit organiques, soit inorganiques. En effet, l'essence d'un être est le fondement et le principe des opérations qu'il produit : acjere procedit ah esse, l'opération est le fruit de l'être, et l'on connaît chaque être par ses actes. Donc, quand une substance corporelle, placée dans les mêmes circonstances, cesse de produire les opérations ou les phénomènes qu'elle produisait, et qu'elle en produit d'autres entièrement différents, à plus forte raison lorsqu'elle en produit qui sont opposés aux premiers, manifestement il est intervenu dans cette substance une mutation essentielle, et le principe qui constituait cette substance in specie ejus a fait place à un autre principe substantiel. L'hydrogène et l'oxygène, chimiquement combinés en des proportions connues, forment Teau. Mais les

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