‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 28 sur 89 · la q., XLV, a. 2, ad · texte numérisé non relu

la q., XLV, a. 2, ad

propriétés de l'eau sont-elles les propriétés des doux corps simples qui concourent à la former? Point du tout, et rien ne révèle leur présence actuelle, avec leur nature propre, dans ce nouveau corps. Qu'y a-t-il de commun entre les propriétés du nitrogène et du carbone et celles de la chair humaine? Si donc la substance des corps est le principe premier et intrinsèque de leurs propriétés, partout oii ces propriétés disparaissent pour faire place à d'autres propriétés^ à des propriétés et des opérations entièrement diverses, il y a par là môme changement radical et substantiel.

Un grand nombre de savants modernes, à la suite des Atomistes de l'antiquité, prétendent trouver une raison suffisante de ces changements de propriétés et de phénomènes dans les variations de nombre, de position, de forme et de mouvement d'atomes de même nature ou dans l'union d'atomes de nature différente. Les monadistes expliquent ce fait de la même manière, sauf que pour ces philosophes et ceux qui suivent leurs rêveries, les premiers éléments des corps sont des êtres simples et inétendus qu'ils appellent monades. Mais il est évident que ces différences sont purement accidentelles et qu'elles ne sauraient expliquer les mutations si profondes et si complètes que l'expérience atteste dans les composés chimiques. Si les atomes qui

sont supposés former les corps mixtes sont d'espèces diverses, les composés qui en résultent devraient donc dillerer selon qu'ils seraient constitués de tels ou tels atomes. Ainsi, le sang de l'homme variera de nature avec les aliments qu^il s'assimile, et il ne sera pas de môme espèce selon qu'il se nourrit de corps inorganiques, de plantes ou de la chair des animaux. Qui pourrait admettre une pareille conséquence ! D'autre part, personne ne peut le nier, il y a une connexion naturelle entre la substance des corps et leurs propriétés; par conséquent, lorsque les propriétés et les opérations ont changé radicalement, c'est une preuve évidente que la nature d'où elles émanaient n'est plus substantiellement la môme. Les corps simples ne diffèrent pas plus les uns des autres que les composés chimiques ou corps mixtes qu'ils servent à former. L'oxygène n'est point l'hydrogène, comme le prouve la diversité de leurs propriétés. Mais en quoi les propriétés de l'eau ressemblent-elles à celles de ces deux corps? Donc, de môme que les corps simples sont constitués chacun en leur espèce pyr un principe substantiel divers, les corps mixtes sont ce qu'ils sont et possèdent les propriétés dont ils sont doués, en vertu d'un principe spécifique et substantiel produit par le fait de la combinaison chimique. D'ailleurs, si le composé

chimique ne di (l'ère pas substantiellement des corps élémentaires qui entrent dans sa formation, en quoi ce composé se distingue-t-il de l'agrégat constitue par l'assemblage des mêmes corps simples ? On répondra que les atomes ou les monades sont en nombre différent; qu'ils n'occupent pas les mêmes positions; que leur mouvement a varié. Y a-t-il là des causes proportionnées aux effets que l'on prétend expliquer? Nous n'hésitons pas à dire : évidemment non. Qui a jamais vu des fragments de bois, des débris de fer ou de tout autre corps acquérir, par le seul fait de changer de position, des propriétés entièrement différentes de celles qu'ils possédaient? Encore une fois, à tout eifet il faut une cause proportionnée, c^est-à-dire capable de le produire et de l'expliquer. Tout système prétendu scientifique qui lèse ce principe en quelque manière, est par là môme condamné. Seule, la doctrine scolastique assigne aux propriétés et aux phénomènes des composés chimiques une raison pleinement suffisante. Cette raison est dans la production d'un nouveau principe spécifique et substantiel que nous appellerons plus tard forme substantielle. Les anciens, à Texception des Atomistes et des Dynamistes, tous les docteurs du moyen âge, les plus illustres philosophes modernes, et avec eux des physiciens et des chimistes éminents

expliquent ainsi les cliangemenls substantiels des corps, et Ton n'a pas encore réussi à prouver que celte explication n'est pas la plus simple, la plus complète et en mcuie temps la plus conforme à Texpérience et à la raison.

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