‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 41 sur 89 · I. Notion de la matière en général · texte numérisé non relu

I. Notion de la matière en général

MATIÈRE PREMIÈRE ; MATIÈRE SECONDE. Rien n'esl

plus commim que le terme de matière, nous l'employons à chaque instant. Dans son acception la plus générale, la matière est ce dont une chose est faite, id ex qiio aliqidd fit ; v. g. le marbre, le bois, etc., sont la matière d'une statue ou de toute autre œuvre d'art. La philosophie emploie cette expression dans le même sens, sauf à le préciser d'une manière plus parfaite. Gomme nous l'avons dit plusieurs fois déjà, il y a dans la nature deux espèces de changements, les uns accidentels et les autres substantiels.Quand le changement n'estqu'accidentel, le sujet ou l'être qui change, passe d'un accident à un autre accident, tout en restant substantiellement ce qu'il était. Une boule de cire qui se liquéfie ne cesse pas d'être de la

cire. Evidemment, Tôtre qui change ainsi est une substance corporelle complète, jouissant d'une existence propre dans la nature. Les Scolastiques appellent ce sujet matière seconde, pour le distinguer du sujet des mutations substantielles. La matière seconde est donc un corps tel qu'on le trouve dans l'ordre réel. La matière première, au contraire, n'est pas un corps ni une essence ou substance complète ; elle n'en est qu'une partie, comme le corps humain n'est qu'une partie de l'homme ; elle est le premier sujet des transformations substantielles qui s'opèrent dans la nature. On ne peut procéder à l'infini dans aucun genre de causes : de môme qu'il faut qu'il y ait une première cause efficiente, une première cause formelle, une dernière cause finale, il faut qu'il y ait une première cause matérielle, un premier sujet qui passe d'une espèce à une autre dans les changements substantiels des corps. Ce premier sujet substantiel, apte à entrer ainsi dans la constitution de tous les corps et qui par luimôme n'est aucun d'eux, est la matière première. On l'appelle première, soit par rapport au corps ou à la matière seconde dont elle est une partie essentielle, soit parce qu'elle n'en présuppose point d'autre dont elle serait ellemême composée. Voilà ce que l'Ecole entend par matière première. Mais précisons davantage cette notion,

II. Définition de la matière première. — A la suite des Anciens, on peut définir ou plutôt décrire la matière première de trois manières ditîérentes : par voie d'analogie, négativement et positivement.

La matière première, dit saint Thomas, ne peut pas être connue par elle-même, parce que tout être est intelligible par sa forme, et que la matière première est le premier sujet de toutes les formes'. Mais on peut la connaître par voie d'analogie ou de proportion. Ainsi, continue le saint Docteur, « nous comprenons très bien que le bois est quelque chose de distinct de la forme de siège ou de lit que lui donne l'art, puisque le bois est tantôt revêtu de celte forme et tantôt d'une autre : CognoscAnms qnod ligmnn est ûliquid prœter formam scamni aut lectl,qufa quandoquc est sub una forma, qucindoque siib ciUa ». Donc, si nous considérons, v. g. le bois qui est dans l'atelier d'un sculpteur, par rapport aux différentes formes ou déterminations que peut lui donner le sculpteur, il est évident que ce bois est quelque chose de passif, d'indéterminé, qui n'a ex se aucune des formes de l'art, mais qui est indifférent à toutes et peut successivement les revêtir sous le ciseau de l'artiste. Or, ce que le bois est relativement à l'être accidentel que lui donne le sculpteur en en faisant

Page 1