S. Th.,De i^rincipiis naturœ
mit're, par elle-même et indépendamment de toute forme, est une et la même dans toutes les substances matérielles, et, sur ce point encore, tous les Scolastiques sont d'accord. La matière première est le sujet de toutes les transformations substantielles des corps, sujet par lui-même indéterminé et comme espèce et comme individu ; elle n'a donc en elle-même rien qui la spécifie et l'individualise ; par conséquent, elle est une. Supposons que les chefs-d'œuvre qui remplissent le musée des statues au Vatican aient tous été faits avec du marbre de Carrare. Evidemment, à l'état de statues, tel qu'il existe maintenant dans le palais des Souverains Pontifes, ce marbre n'est pas numériquement un, puisqu'il est partagé en un grand nombre de statues et d'autres œuvres d'art. Mais, que l'on fasse abstraction de toutes ces formes accidentelles de statues, de colonnes, etc., et il ne sera pas moins évident que le marbre de Carrare qui a servi à faire toutes ces merveilles est numériquement un, parce qu'il n'y a pas de distinction où manque tout principe de distinction. On nous objectera peut-être que les Anciens, et les Scolastiques après eux, tenaient que tous les corps étaient formés de quatre éléments. Nous répondons que les quatre éléments des Anciens n'étaient point pour eux la matière première, mais quatre corps simples composés de ma-
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tière et de forme, et qui entraient dans la formation des corps mixtes 4.
Il est vrai, les philosophes et les physiciens du moyen âge n'ont pas connu tous les corps simples découverts par la chimie moderne ; mais qui pourrait s'en étonner, et surtout en conclure qu'ils se sont trompés sur une question essentiellement métaphysique comme est celle de la constitution essentielle des corps? Cette objection tant ressassée ne prouve donc rien contre la théorie scolastique de la nature des substances matérielles. Quand les physiciens et autres savants modernes entrent dans le domaine de la théologie ou de la philosophie, il leur arrive bien souvent d'avancer des propositions fausses, contraires même aux premiers principes de ces sciences. A-t-on le droit d'inférer de là qu'ils se trompent lorsqu'ils parlent des choses qui font l'objet propre de leurs études, et dont la connaissance leur a mérité la réputation de savants ? Non, sans doute. De môme, les erreurs en physique et en chimie des philosophes du moyen âge, erreurs que nous avouons sans peine, ne prouvent absolument rien contre leurs doctrines philosophiques, parce que ces doctrines, et notamment la théorie de la constitution substantielle des corps, sont complètement indépen-
1. Cfr. B. Albertun Magnnm. De gen . et corrupt.j Tr. 1. lilj. II, c, iv,
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dantes de l'état dos sciences physiques à cette époque glorieuse, qui a été l'âge d'or de la théologie et de la philosophie. La saine raison n'est pas nne découverte moderne.
Mais revenons à la matière première. Identiqne dans tons les corps, la matière première est simple qnant à son essence, en ce sens qu'elle n'est pas composée d'éléments de nature différente. Elle est de plus le principe de la passivité et de l'inertie des corps ; car l'activité vient du principe formel, de la forme substantielle, essentiellement variable selon les différentes espèces de corps dans la nature. Les corps sont naturellement étendus ; c'est encore de la matière que procède l'étendue : (( Quantitas se tenct ex parte inaterin% quaUtan ex parte fonme ^)) Enhn, la matière première ne peut être produite par voie de génération ni périr par voie de corruption : Mater ia est ingenerabilis et incorruptihiiis \ La génération, prise dans un sens large, est la production d'un composé ex subjecto prœexistente, et la corruption est la destruction d'un composé par le passage de ce sujet d'une espèce à une autre espèce. Or, la matière première n'est pas composée de deux principes, l'un indéterminé et l'autre spécifique, mais elle est simple quant à son essence. Donc, elle ne peut arriver à