Conf., liv. XII, c. m
de son corps appartient à l'espèce humaine; quand il cesse d'exister, cette matière n'est plus humaine, mais devient toute autre chose selon la nature du principe spécifique qui l'informe. Voilà en quel sens la matière première est une pure puissance au regard de l'acte d'essence.
D'après saint Thomas et son Ecole, il en faut dire autant relativement à l'acte d'existence. En effet, Texistence ne convient proprement qu'aux essences ; par conséquent, l'exiscence convient à une chose de la même manière que lui convient l'essence. Or, dans les substances composées de matière et de forme, l'essence n'appartient pas à la matière, qui n'en est qu'une partie, mais au composé. Ce n'est pas la matière qui est Têtre spécifique et déterminé de tel corps, du bois v. g., ni le principe spécificateur de ce corps ; par elle-même, elle n'est pas plus cette essence que toute autre ; elle n'en est que l'élément indéterminé. Aussi, bien que la matière fasse partie de l'essence du composé substantiel, elle n'est pas la raison et le principe de cette essence. Laissée à elle-même, la matière première, si elle pouvait t?xister, ne serait aucun corps en particulier, parce qu'elle n'a ex se aucune essence complète. Donc, pour la même raison, la matière première, par elle-même, n'a pas d'existence ; elle n'existe que par la forme qui
la fait communiquer à sa propre existence, comme elle Tassocie à son être spécifique et déterminé. Par conséquent, dans la substance composée, il y a deux essences incomplètes, celles de la matière, principe indéterminé, et celle de la forme, principe déterminant, et une seule et môme existence, qui procède de la forme et par laquelle le composé existe. « L'être (l'existence), dit saint Thomas, n'est pas l'acte propre de la matière, mais de toute la substance ; car l'être est l'acte de ce dont on peut dire qu'il existe; or, l'être, l'existence ne s'affirme pas de la matière, mais du tout, c'est-à-dire du composé. Aussi on ne peut pas dire que la matière existe; mais ce qui existe, c'est la substance elle-même (le composé de la matière et de la forme). Ipsum esse (existentia) non est proprius actus materùe, sed subtantiœ totius ; ejus enim actus est esse de quo possumus dicere quod sit; esse autem non dicitur de materia, sed de toto. JJnde mater la non potest dici quod est, sed ipsa substantia est id quodest. » Et plus loin^ dans le même chapitre, le saint Docteur ajoute : « On peut dire cependant que la forme est ce par quoi le composé existe, parce qu'elle est le principe de l'existence. Et la substance entière est ce qui existe ; et c'est en vertu de l'existence que la substance est un être (un composé d'essence et d'existence) : « Forma tamen potest dici quo
est, secundum quod est essendi principiinn. Ipsa autem tota siibstantia est ipsiim quod est; et ipsiim esse est quo siibstantia denominatur ens *. »
IV. Unité de la matière première. — Les Scolastiques se posaient^ concernant la matière première, une autre question qui n'est pas sans intérêt. Cette réalité indéterminée, passive, indifféi'ente à devenir toute espèce de corps, cette matière première est-elle une ou multiple? Une chose, répond saint Thomas, peut être une de deux manières : soit parce qu'elle est constituée par une forme déterminée dans telle espèce d'êtres dont elle est un individu, comme v. g. Aristote était un homme ; ou bien encore parce que, considérée en elle-înême, cette chose n'a rien qui la spécifie et l'individualise \ Or, si l'on entend l'unité dans le premier sens, il est évident, et tous les Scolastiques en conviennent, que la matière première n'est pas numériquement une dans tous les corps. Personne n'a jamais mis en doute que la matière première soit informée de formes numériquement et spécifiquement distinctes. De là, la multiplicité des espèces diverses et des individus que nous admirons dans la nature. Mais, la matière pre-