la q. LXXVII, a
férents de leur nature à être statues, colonnes, horloges ou autre chose. Selon que l'art les revêt de telle forme accidentelle, ils deviennent statues, colonnes, horloges, etc., sans cesser d'être spécifiquement ce qu'ils sont. De même, comme nous l'avons dit tant de fois déjà^ la matière première, ex se, est indéterminée et indifférente à être telle ou telle espèce de corps ; pour qu'elle soit marbre, fer, bois ou autre chose, il faut qu'un principe substantiel et spécifique lui soit uni et lui communique l'être essentiel d'un corps déterminé \ Ce principe est la forme substantielle. On peut donc définir la forme substantielle : Une substance simple et incomplète qui est unie à la matière comme principe spécifique et constitue avec elle l'essence des corps. Elle est une substance, et par là elle se distingue de la forme accidentelle ou de l'accident, qui ne forme pas une seule essence avec son sujet. C'est une substance simple et incomplète : simple parce qu'elle n'est pas composée de plusieurs éléments comme le corps lui-même ; incomplète, car seule et sans être unie à la matière, elle ne peut ni agir, ni exister si elle n'est pas subsistante, et si elle Test, elle ne peut subsister que comme nature incomplète. Enfin, la forme substantielle est unie à la matière première comme principe déterminant et spécifi- 1, Cfr. S, Thomas, In lib. YJI, Metaphys., lect. 2.
catoLir et forme avec elle l'essence du composé naturel. Par la forme substantielle, la matière qui, d'elle-même, est une réalité indéterminée, est constituée dans telle espèce de corps. Gomme on le voit, la forme substantielle, pas plus que la matière, n'est toute l'essence du composé naturel ou du corps, elle n'en est qu'une partie, mais la partie spécifique et déterminante, tandis que la matière première en est la partie indéterminée et déterminable. Voilà pourquoi on appelle aussi la forme substantielle: actus primiis rnateriœ, ratio qiiidditalis corponmi, prima radix proj)rietatum uniuscujiisque specici corporis naturalis. Ces définitions, qui sont toutes très bonnes, ne diffèrent pas de celle que nous venons de donner. La forme substantielle est l'acte premier de la matière, parce qu'elle la spécifie et la constitue dans telle espèce déterminée de corps. Elle est ainsi le principe spécifique du composé qu'elle informe, ratio quidditalis, et parla môme, la racine première de toutes les propriétés qui découlent de cette essence. Evidemment, dans tout être, les propriétés et les facultés dérivent de la nature et lui sont proportionnées. Agere sequitur esse.
De cette notion de la forme substantielle, il suit qu'un principe est forme substantielle à deux, ou si l'on veut, à trois conditions. Il faut : l^' qu'il n'ait pas produit, comme cause
efficiente, le sujet qu'il informe ; 2^ qu'il spécifie ce sujet et le constitue, en s'unissant à lui, dans l'espèce déterminée de substance matérielle à laquelle il appartient ; 3^ qu'il forme avec ce sujet une seule essence complète, un seul être dont l'existence unique soit commune aux deux éléments qui le composent : « Pour qu'une chose soit la forme substantielle d'une autre, dit saint Thomas, il faut deux conditions. La première, c'est que la forme soit pour son sujet le principe d'une existence substantielle ; principe non pas effectif (ou cause efficiente), mais formel, en vertu duquel une chose est un être et en reçoit la dénomination. La seconde condition, qui est une conséquence de la première, est que la forme et la matière doivent avoir une seule et même existence, ce qui ne peut avoir lieu pour le principe elTectif et la chose à laquelle il donne l'existence. Et cette existence est Tcxistence de la substance du composé, qui est une quant à l'existence, bien que composée de matière et de forme : Ad hoc quod aliquid sit forma substantial'ts aller iuH, duo requiruntur . Quorum iinum est iit forma sit principiiim essendi siibstantiaUter ei cujus est forma ; principium aiitem dico Jion effectivum sed formule, qiio aliquid est et denominatur ens. Unde sequitiir aliud, scilicet quod forma et materia conveniant in uno esse ; quod no M, contingit de principio effectivo cum eo ciii
dat esse; et hoc esse est in qiio siibsistit substantia compositt, qiup e^t una secundum esse ex materia et forma constans ^. »
IV. Unité de forme substantielle dans chaque COMPOSÉ NATUREL. — Nous nc nous arrêterons pas à prouver qu'il existe réellement des formes substantielles dans la nature, parce que c'est une vérité de sens commun. Qui oserait nier que l'homme, l'animal, la plante et le minéral diffèrent spécifiquement, et qu'ils n'ont pas la môme nature ? Or, des substances composées ne peuvent être spécifiquement diverses qu'autant que les principes qui les constituent ce qu'elles sont, diffèrent essentiellement. Il y a donc^ dans les substances matérielles qui existent dans la nature, des principes spécifiques divers. Ces principes sont les formes substantielles. Les Scolastiques les ont à bon droit appelées formes substantielles, parce qu'elles constituent les corps ce qu'ils sont in specie propria. On peut les appeler autrement, il importe peu ; ce qui est hors de doute, c'est l'existence réelle de ces principes.
Il n'est pas moins certain que dans chaque composé naturel, il ne peut y avoir en même temps qu'une seule forme substantielle. Telle est la doctrine constante de saint Thomas. La forme substantielle donne l'être substantiel, 1, Contra Gentiles, lib. H, c. Lxvm,
premier^ essentiel, elle constitue chaque corps dans sa propre espèce. Or, un corps ne peut appartenir simultanément à deux espèces différentes et avoir deux essences complètes. Donc, un corps naturel ne peut avoir qu'une forme substantielle. « Une chose ne peut avoir qu'un être substantiel. Or, c'est la forme qui donne l'être substantiel. Donc, une chose ne peut avoir qu'une forme substantielle : Unhis rei est uninn esse substantiale . Sed forma suhstan- Halls dat esse substantiale. Ergo unhis rei est itna tantwn forma substantialis < ». Il est évident que tout ce qui survient à un être constitué dans une espèce déterminée, ne peut entrer dans sa nature comme principe essentiel ; par conséquent, il est impossible qu'une forme substantielle s'ajoute à une autre forme substantielle dans le môme composé naturel. Cette seconde forme ne pourrait pas donner à ce corps l'être premier^ substantiel et fondamental qu'il posséderait déjà ; c'est-à-dire qu'elle ne serait pas forme substantielle. « Cuicumqiie formœ siibsternitur aliquod ens actii, quocumque modo, illa forma est accidens^. » D'ailleurs, pourquoi plusieurs formes substantielles dans un même composé naturel ? Les formes substantielles, selon l'admirable compa-