V. Méthode à suivre pour arriver à la véritable solution
I. Corps inorganiques et corps organiques. — « Les êtres naturels qui composent ce monde sensible se divisent comme en deux grandes catégories : les corps bruts ou non vivants et les corps vivants. Les corps vivants peuvent à leur tour se répartir en deux classes : celle des plantes, êtres à fonctions végétatives, et celle des animaux, qui, outre la fonction de végéter, sont doués de la faculté de sentir. De là, la grande division des trois règnes de la nature : le règne minéral, le règne végétal et le règne animal. Le prernier n'a que l'être en partage ;
le second a Tôtre et la vie; le troisième a l'être, la vie et le sentiment. A la tête de tous, se tient l'homme qui, comme le sommet d'une pyramide triangulaire, les réunit tous les trois dans l'individualité de sa nature. Par la vie intellectuelle qu'il a en partage, il inaugure un ordre bien plus sublime, celui des esprits, avec lequel il relie le monde corporel, et forme ainsi de l'univers une chaîne continue *. »
Les diftérences qui distinguent les corps inanimés de ceux qui sont doués de la vie sont nombreuses ; on peut les ramener aux points suivants, qu'il nous suffira d'indiquer :
lo Les corps bruts sont identiques et homogènes dans toute la masse de leur être ; point de variété, mais similitude parfaite dans toutes les parties qui les constituent; tandis que les corps organiques sont formés de parties diverses admirablement disposées et destinées à des fonctions spéciales.
2^ Les minéraux sont simples, ou, s'ils sont composés, c'est le plus souvent de deux éléments. Les végétaux, au contraire, sont toujours formés de trois éléments au moins : Toxygène, l'hydrogène et le carbone, et en des proportions beaucoup plus variées que les minéraux.
3o Les corps non vivants doivent leur existence à l'intervention accidentelle de causes
L Liberatore, Composé humain^ c. m, n° 29.
de difîérenle nature; pour les former, il suffît de combiner des corps plus simples ou de décomposer d'autres corps. Il en est tout autrement pour les plantes ; elles procèdent, par voie de génération^ d'autres plantes, c'est-àdire d'autres corps vivants de même espèce.
i'^ Les végétaux croissent et développent leur type spécifique en s'assimilant, par une vertu propre, les éléments qui leur conviennent; d'eux-mêmes, les corps bruts restent immobiles dans leur premier état, ils ne se modifient que sous l'action des agents extérieurs qui les entourent.
5^ Les corps inorganiques peuvent durer indéfiniment, et le développement de leur masse n'a pas de bornes déterminées; tandis que l'existence des corps vivants varie avec les différentes espèces de ces corps et ne dépasse pas certaines limites fixées par la nature.
6^ Les corps bruts ne sont pas doués de la faculté de se nourrir; ils restent tels qu'ils ont été produits, jusqu'à ce qu'ils se dissolvent, ou entrent dans la composition d'autres corps; les plantes, au contraire, se nourrissent et réparent leurs pertes par la conversion de nouveaux éléments en leur propre substance. 7^ Les corps inanimés peuvent indifféremment revêtir toutes sortes de figures ; ils n'ont pas de types fixes et déterminés, sauf les cristaux, dont le type, d'ailleurs, se retrouve
également dans le tout et dans chacun^? des parties. Il n'en est pas ainsi pour les végétaux: chaque espèce a sa figure particulière et invariable, et cette figure ne convient qu'au tout et non à ses parties.
8^ Les minéraux n'ont pas la faculté de se reproduire, et de conserver ainsi leur espèce ; ce que font tous les végétaux.
9^ Enfin, manifestement, dans les plantes, les forces physiques et chimiques sont dominées par un principe supérieur qui les dirige et les fait servir à la conservation et au perfectionnement du corps vivant; principe qui n'existe pas dans les corps bruts.
Il y a donc entre le règne minéral et le règne végétal une différence capitale, essentielle. Autre est la nature du corps brut, autre celle de la plante. Est-ce à dire que les corps inorganiques n'agissent pas? Non, assurément; ils ont leurs forces propres et ils les manifestent par les multiples phénomènes que nous révèle l'expérience ; mais ces forces, les effets qui en procèdent^ les lois qui les régissent sont complètement différents des facultés du végétal, des manifestations de son activité et des lois auxquelles il obéit. En un mot, le végétal est vivant, le corps brut ne l'est pas ; le végétal est en même temps le principe et le sujet de ses opérations, il agit, et, en agissant, il se modifie et se perfectionne; le minéral
agit aussi, mais il ne vit pas, et ses opérations, bien inférieures à celles de la plante, ne sont pas immanentes; le principe qui les produit n'en est pas le sujet, ce qui est le caractère essentiel de toute opération vitale *.
Les corps inorganiques sont de deux espèces: les corps simples et les corps composés ou mixtes. Les corps simples sont ceux qui ne sont pas composés d'autres corps de différente nature, ou mieux, que l'analyse chimique n'a pu, jusqu'à présent, dédoubler en plusieurs corps divers, v. g. l'oxygène, l'hydrogène. Les anciens les appelaient corps élémentaires ou simplement éléments. Saint Thomas définit les corps élémentaires : « Corpora in quœ alla resolvuntur^ ipsa vero non resolvuntiir in alla -. » Gomme on le voit, la définition que donne le Docteur angélique est exactement celle des chimistes modernes. D'après les Scolastiques, et les savants de nos jours sont encore du même sentiment, les corps simples sont les premiers éléments de la synthèse chimique et les derniers de l'analyse : Prima in synthes'y ultima vero in anali/si. Quant au nombre de ces corps, il est impossible de le déterminer a priori ; tout ce que l'on peut affirmer, c'est qu'ils doivent être multiples, parce que, sans cela, les combinai-
L la, q. XVIII, a. 1.