‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 6 sur 89 · In 3um de Cœîo, lect. VIII · texte numérisé non relu

In 3um de Cϔo, lect. VIII

sons chimiques ne pourraient pas avoir lieu. La philosophie n'a pas à rechercher combien il y a de corps simples; cette étude est du domaine de la chimie, qui en compte aujourd'hui soixante-huit. Toutefois, il est fort possible qu'à l'aide d'instruments plus puissants que ceux dont la science dispose actuellement, des corps regardés maintenant comme chimiquement simples soient un jour décomposés, et qu'ainsi le nombre des corps simples soit réduit. Ces corps simples, combinés entre eux en dilTérentes proportions, forment la plupart des composés matériels.

On appelle donc corps mixtes ceux qui sont formés d'autres corps de diverses espèces, v. g. l'eau, qui est composée d'oxygène et d'hydrogène. Ces deux substances se distinguent réellement entre elles, ainsi que de l'eau qu'elles constituent ; de même que l'oxygène n'est pas l'hydrogène, l'eau n'est ni l'oxygène ni l'hydrogène ni la simple réunion de ces deux substances, mais un troisième corps de nature diverse, comme nous le prouverons plus loin.

II. Objet de la question de la nature des CORPS. — Personne ne doute que les corps soient des substances composées. Mais de quels principes sont-ils composés? Quel est le mode d'union de ces principes? Quel est leur rôle respectif dans la constitution de l'essence des

corps? Toi est robjot de la fameuse question delà nature des substances matérielles. Comme on le voit, il ne s'agit pas de déterminer quels sont les éléments qui entrent dans la formation de tel ou tel corps mixte, mais quels sont les principes des corps considérés comme corps. Evidemment, les corps simples, combinés en des proportions données sous l'action des agents naturels, peuvent bien former d'autres corps, comme v. g. roxygène et l'hydrogène forment l'eau, le mercure et l'oxygène^ le bioxyde de mercure ; mais ils ne sauraient être les premiers principes constitutifs des corps en général, en tant que corps, parce qu'ils sont eux-mêmes des corps. Une maison n^est pas un assemblage d'autres maisons réduites aux plus minimes proportions qu'on puisse imaginer, ni une plante n'est un composé d'autres plantes plus petites ; de même les premiers principes des corps considérés comme corps ne peuvent être des corps. Ces principes, dit iVristote, ne sont pas formés d'autres principes ; ils ne procèdent pas l'un de l'autre ; mais ils sont les causes premières intrinsèques de tous les corps : « Nec ex aliis, nec ex alterutris, sed ex ipsis omnia naturalia fiunt *. » S'ils étaient l'effet d'autres éléments, ils ne seraient pas les premiers principes de tous les composés naturels : ils seraient ^jrmc/- 1. De Nat. Ausc. sive I P/n/sir. lib. I, c. 3.

piata,non princfpia. Impossible non plus qu'ils résultent l'un de l'autre, ni comme cause efficiente ni comme cause intrinsèque ; car ils sont contraires, et l'un des contraires ne peut être le principe de l'autre. D'ailleurs, dans cette hypothèse, l'un des deux deviendrait inutile ^ Le grand philosophe ajoute qu'ils constituent tous les corps naturels, parce que la question de la nature des corps ne porte pas sur les éléments qui forment tel ou tel corps en particulier et de telle espèce déterminée, mais sur les principes intrinsèques des corps en tant que corps, abstraction faite de leur nature spécifique. Donc, encore une fois, ces principes ne peuvent être des corps, pas plus que chacun des principes qui constituent rhomme ne peut être un homme.

III. Importance de la question de la nature DES CORPS. — Or, la détermination des principes constitutifs des composés naturels est de la plus haute importance. Il n'y a pas, en philosophie, de question plus capitale ; elle touche à tout l'ensemble du savoir humain et en forme la base. Cette question, dit le célèbre P. Liboratore, est l'une des colonnes de la philosophie, et la principale. Les forces des corps ou leur inertie, la réalité de l'étendue, l'unité du continu, la divisibilité de la matière

1. Cfr. Goudin, Philosophia juxta inconcussa tutissimaque divi Thom. dogmata. Physica lap, q. i«, 1.

à rinfini, et cent autres notions, que la science du monde visible embrasse, se rattachent nécessairement à cette théorie ^ Seule, elle peut rétablir l'harmonie entre la métaphysique et les sciences naturelles et donner à celles-ci des fondements solides. L'essence des corps, ne cesse de répéter saint Thomas, est l'objet propre de l'intelligence humaine dans l'état présent d'union de l'âme avec le corps : « Objectum intellectiis nostri secundiim statiim prœsentis vitce est naturel rei materialls ^. » La raison humaine n'a pas d'autre moyen naturel pour arriver à la connaissance des choses immatérielles ; son point de départ est nécessairement la nature des substances matérielles, d'où elle s'élève ensuite par voie d'analogie et de raisonnement jusqu'aux êtres spirituels et suprasensibles. « Intellectiis humani, qui est conjunctus corpoin, propriiim objectum est qiàdditas sive natura in niateria corporali existens ; et per hujusmodi naturas visibiliuni reriun etiani in invisibilinm renim aliqiialem cognittoneni ascendit^. » Donc, dit le cardinal Pecci, delà connaissance de la nature des composés substantiels dépend pour nous toute autre connais-

1. C/j'.Mgr Rosset : Prima principiascientiarum,On(ol. c. II, a. 3.

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