‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 71 sur 89 · Cf>'. Ziglara, De Mente Conc. Vien,u · texte numérisé non relu

Cf>'. Ziglara, De Mente Conc. Vien,u

toutes les fois que les caractères spécifiques de telle substance n'apparaissent pas, on est en droit de nier la présence de cette substance^ à moins que des raisons évidentes ne démontrent le contraire. Or, rien ne prouve Fexistence in actii des corps simples dans les corps mixtes et des chimistes de grand renom en conviennent. Il ne sert de rien de dire que les corps élémentaires sont dans le combiné chimique, mais neutralisés. Les corps inorganiques sont des agents nécessaires, qui agissent selon toute l'énergie de leur nature. Donc, ou les forces des corps simples sont contraires et inégales ; ou elles sont contraires et égales ; ou elles sont semblables ; ou enfin elles sont différentes. Si elles sont contraires et inégales, la résultante sera de môme genre que la force prédominante ; si elles sont contraires et égales, l'effet produit sera purement négatif et rien n'apparaîtra extérieurement; si elles sont semblables, l'action produite sera le résultat de toutes ces forces réunies ; enfin, si ces forces sont différentes, elles devront toutes agir selon leur nature et l'expérience manifestera leur présence dans le composé. Pourquoi ne voyons-nous rien de semblable dans les corps mixtes, si les corps élémentaires y demeurent dans leur intégrité substantielle ? 11 est donc évident que le mot de neutraluation n'explique rien. Combien n'est-

il pas plus rationnel de conclure, de l'altération si profonde des propriétés des corps simples, à l'altération de leur essence? Or, il n'y a pas de métaphysicien qui ne sache que toute altération dans les essences en change l'espèce. Les essences, selon la belle compai*aison d'Aristote, sont comme les nombres ; toute addition à un nombre, de même que toute soustraction, en change nécessairement l'espèce ; un nombre modifié n'est plus le même.

En second lieu, le combiné chimique manifeste de nouvelles forces et de nouvelles propriétés ; c'est donc un signe évident que, par la combinaison, il a acquis un être nouveau en vertu d'un nouveau principe spécifique. L'opération suit l'être, elle en est le germe naturel. Si donc l'action du corps mixte produit par la combinaison est différente de celles des corps simples combinés, manifestement l'être lui-même de ces corps est changé. Il n'est pas cependant changé dans toute son intégrité, autrement le corps mixte ne serait pas formé d'éléments simples combinés ensemble, mais créé ou produit de rien. Donc, le changement n'a eu lieu que pour une partie seulement de l'être, pour celle qui spécifie et détermine chaque subtsance, et qui est dans chacune la source de l'activité, en d'autres termes, pour le principe formel. C'est ce

principe l'ormel qui est nouveau ; il spécifie le corps mixte et explique les opérations de ce corps.

Enfin, si les corps simples demeurent en actedans le corps mixte, ou ils occupent le même esi)ace ou non. Si l'on suppose qu'ils occupent le même espace, on admet donc la compénétration naturelle des corps, ce qui n'est pas moins contraire à l'expérience qu'à la raison, et que d'ailleurs les atomistes rejettent. Mais la seconde hypothèse n'est pas plus admissible, car elle est absolument en opposition avec l'expérience qui atteste la parfaite homogénéité des corps composés. 11 est impossible d'assigner un point de l'espace, si petit qu'on le suppose, dans lequel on trouve un élément à l'exclusion de l'autre ; en sorte que même les rayons les plus subtils de la lumière n'arrive pas à les séparer. Les corps élémentaires qui entrent dans le combiné chimique forment un tout d'une unité parfaite, et rien absolument ne révèle qu'ils demeurent distincts en quelque manière. Cela est si vrai que quelques physiciens en sont venus à nier l'impénétrabilité naturelle des corps et à admettre que, dans le composé chimique, chaque molécule de l'un des composants occupe le même point de l'espace occupé par chaque molécule de l'autre composant. C'était manifestement tomber dans une erreur pour en éviter une

autre ; mais cela prouve du moins qu'il est indifférent à la chimie que les corps simples demeurent ou ne demeurent pas actu, avec leur nature spéciiique, dans les corps mixtes. Nous avons donc le droit de nous en tenir à la doctrine scolastique : « Les formes des corps élémentaires demeurent dans le corps mixte, non pas actuellement, mais virtuellement : Formœ elementorwn marient in mixto non actii, sed virtute *.»

Page 1