Id. Ibid., 11° J
uns de ces savants vont même plus loin que les Scolastiques, puisqu'ils nient la permanence des qualités des corps élémentaires dans les combinés chimiques. Et puis, comme le dit très bien le P. Libéra tore, « pour obtenir une chose d'une autre sous l'action d'un agent proportionné à la fin que l'on veut obtenir, il n'est pas nécessaire que la première soit contenue en acte dans la seconde ; il suffit qu'elle y soit contenue en puissance. S'il devait en être autrement, toute activité serait anéantie ; car l'activité, pour être véritable et non pas seulement nominale, doit nécessairement être capable de produire quelque chose de nouveau, qui, par conséquent, ne préexiste pas en acte, tel quel, dans le sujet passif de l'action |. » L'arbre n'est pas en acte dans la semence qui lui donne naissance sous rinduencedes agents naturels, ni la moisson, dans les grains que le laboureur jette en terre. Le sujet ou la matière d'où ces corps sont tirés les contient en puissance, et les agents naturels la font passer de la puissance à l'acte par la production d'un principe nouveau^ du principe spécifique de ces corps. Il en est ainsi toutes les fois qu'il y a production, quel qu'en soit le terme^ accident ou substance. Supposer que l'être produit doit exister en acte, avec sa propre nature, avant le fait de sa production, c'est réduire
l. Composé humain^ C. viii, a, G,
toute causalité au changement local, c'est-àdire nier toute activité proprement dite.
Mais, reprennent les défenseurs de la chimie, d'où vient donc que lorsqu'un corps mixte se dissout, son principe spécifique ne tend à céder la place qu'aux principes formels des corps simples qui ont servi à le former ? Gela vient, d'après les Scolastiques, de ce que les corps simples demeurent virtuellement dans le corps composé. Nous l'avons dit plus haut, quand il y a combinaison chimique, les propriétés des corps élémentaires ne sont pas détruites, mais altérées et modifiées ; il s'en forme une résultante qui concourt, sous l'action des agents naturels, à la production delà forme substantielle du corps mixte et dont elle reste la propriété. Les principes formels des corps simples existent donc virtiite dans cette résultante et dans la forme substantielle du nouveau composé, c'est-à-dire qu'ils y sont comme dans un principe physique capable de les produire, pourvu qu'il soit placé dans des conditions favorables. Ainsi, V. g. quoique la semence ne renferme pas formellement la plante, elle renferme cependant un principe réel et physique en vertu duquel les agents naturels, en altérant telle semence donnée, ne détermineront la production que de telle espèce de plante. Si donc le corps mixte vient à se décomposer, les qualités des corps simples qui étaient demeurées
dans ce corps mixle, bien qu'altérées et modifiées, tendront naturellement à recomposer ces corps simples et non pas d'autres corps ; il n'y aura pas une pure séparation d'éléments, mais une véritable génération * . La synthèse chimique avait produit un corps différent des corps combinés; à son tour, l'analyse reproduit ces éléments. Il n'y a pas plus de difficulté d'un côtéque de l'autre ; puisqu'on aies mêmes causes, on doit obtenir les mêmes edets. Donc, il n'est nullement impossible d'expliquer la réapparition des corps simples dans l'analyse chimique des corps mixtes ; par conséquent, l'argument des partisans de l'Atomisme chimique ne prouve pas. Passons maintenant à l'examen de quelques-unes des preuves que les Scolastiques apportent en faveur de leur théorie.
IV. Preuve positive de la doctrine scolas- TiQLE. — Et d'abord, si les corps simples persévéraient actu dans le composé chimique, avec leur nature dans toute son intégrité, ils manifesteraient leur présence par leurs propriétés et leurs opérations. Nous n'avons pas d'autre moyen de connaître les essences des êtres que leurs qualités et leurs opérations constatées par l'expérience ; car nous ne percevons pas les essences immédiatement. Par conséquent,