‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 11 sur 46 · LA CT. FF DU CORAN · texte numérisé non relu

LA CT. FF DU CORAN

Cadi. Il suffit, pour te comprendre, de savoir distinguer un fil blanc d’un fil noir.

Dziai. Excusez-moi , Messieurs, si je ne prête plus mon attention à vos raisonnements; je m’occupe à coordonner les faits.

Prêtre. Nous en attendons le récit.

Dziri. Les faits se présentent en foule : parmi les trois mille que je pourrais citer avec les historiens, je me borne à un seul. Ce fait est de nature à faire incliner les montagnes et fendre les rochers.

Cadi. Fca men el dahag (de nature à faire pouffer de rire).

Prêtre. Écoutez, écoutez le Dziri.

Dziri. C’était pendant le repos de la nuit. L’ange Gabriel se présente au prophète; il lui fend la poitrine, lui enlève le cœur, d’où il lave la tache de sang noir avec de l'eau du puits de Zernzem, et le remet à sa place. A l'instant se trouve au service du prophète le Borac, à la queue de paon, à la tête de femme, d’une taille tenant le milieu entre l’âne et le mulet. Chaque pas embrassait l’espace mesuré par la vue. Altier, revêche, foudroyant, le Borac ne permet à Mahomet de monter qu’après avoir obtenu de lui la promesse d’une place dans le paradis. Soudain , le prophète se trouve transporté du temple de la Mecque à l’Acsa (temple de Jérusalem). Après y avoir fait la prière et admiré la magnificence de l'édifice, toujours monté sur le Borac et sous la conduite de l’ange Gabriel, il se dirige vers les sept cieux.

L’espace de la porte du vestibule au premier

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ciel est de cinq siècles de marche ordinaire. Même intervalle d’un ciel à l’autre. On est arrivé au premier ciel. Là, un état-major de soixante-dix mille anges, dont chacun a le commandement en sous-ordre d’autres soixante-dix mille. L’ange Gabriel frappe à la porte : « Qui est là? — Gabriel. — Qui est avec toi ? — Mahomet. — Le prophète de t)ieu? — Oui. — Qu’il soit le bienvenu. » La porte s’ouvre. Apparaît un personnage vénérable; c’est le bon père Adam. Adam salue le prophète, et appelle les bénédictions de Dieu sur lui.

On arrive au deuxième ciel (même cérémonial, et ainsi à chaque ciel).

Là, se trouve Jean, fils de Zacharie, et Aïça, fils de Marie.

Au troisième, c’est Joseph, fils de Jacob. C’est dans ce ciel qu’on aperçoit un ange chez qui l’espace entre les deux yeux égale soixante-dix mille journées de chemin.

Au quatrième ciel, on rencontre Hénoch;... au cinquième, Aaron, qui a la moitié de la barbe blanche, l’autre moitié noire;... au sixième, c’est Moïse;... au septième, Abraham, appuyé sur le livre de la loi. Là, on aperçoit une multitude d’anges, dont chacun, mille fois plus grand que la terre, a sept cent mille tètes, chaque tète sept cent mille bouches, chaque bouche sept cent mille langues. Chaque langue loue Dieu dans sept cent mille idiomes différents...

L’ange Gabriel dit à Mahomet : Il ne m’est pas permis de monter au huitième ciel, vas-y seul. Sur la porte sont écrites ces paroles : La Ha/i

LA clef du corak,

elY Allah (il n’y a de dieu que Dieu). C’est là que le Très-Haut parle à Mahomet, une main posée sur l’épaule du prophète, l’autre sur la poitrine. Au contact de la main divine, le prophète sent un froid glacial pénétrer jusqu à la moelle, le long de l’épine dorsale.

Le prophète reçut de Dieu l’ordre de prescrire à son peuple de prier cinquante fois par jour. Sur le conseil de Moïse, à qui il alla faire part de cette ordonnance, Mahomet obtint de Dieu que les prières fussent réduites à quarante-cinq. Encouragé par ce succès, il se transporta encore successivement de Dieu auprès de Moïse, son conseiller, et de Moïse auprès de Dieu, en faisant retrancher cinq prières chaque fois, et le nombre resta réduit à cinq par jour; mais à condition que chaque prière en vaudrait dix. Comme le prophète voulait encore faire réduire le nombre, Dieu lui répondit : Mes paroles sont immuables. C’est là, aussi, que Séid Mahomet vit ces jeunes filles dont la beauté surpasse tout ce que l’imagination peut nous représenter : si une d’entre elles apparaissait au firmament ou dans les airs pendant les ténèbres de la nuit, elle remplirait l’univers d’une lumière plus éclatante que celle du soleil; si elle laissait tomber une goutte de salive dans la mer, à l’instant l’amertume des eaux serait remplacée par la douceur du miel.

Je n’en finirais pas, Messieurs, si je voulais rapporter tous les détails du voyage nocturne. Chacun en peut lire les développements dans Yahiaben- Salem, dans Mahomet - ben -Abd- Allah et

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autres. Louange à Dieu, mon guide et mon soutien !

§ Il

Prêt he. Magnifique édifice, s'il porte sur des fondements.

Dziri. Le fondement, c’est le fait lui-mème; l’édifice, c’est l’Islam, qui porte d’aplomb sur ce fondement. Ailleurs, le prophète ne reçoit qu’une révélation médiate de Dieu, qui lui envoie les versets par l’entremise de Gabriel; ici, Dieu se montre à découvert, il s’entretient familièrement avec le prophète. Le théâtre du colloque, ce n’est plus le mont Sina, où Jéhovah se révéla jadis au prophète du peuple juif; c’est le séjour même de Dieu, au delà de l’arbre Elmentaha, le nec-plus-ultra du Paradis.

Cadi. Un fondement n’est solide qu’antant qu’on a enlevé le sable et la terre mouvante, et qu’il ne porte que sur la terre ferme ou sur le roc. Un miracle ne peut servir de fondement ou d’appui à la religion, avant que l’existence en soit incontestablement prouvée. Pour ce fait-ci , aucun témoin ne l’atteste; bien plus, comme nous venons de le voir dans les versets du Coran , il a été publiquement rejeté en présence de Mahomet, et le prophète lui-mème semble avoir renoncé à en accréditer l’existence. Comme les habitants de la Mecque lui disaient : I\ous ne croirons que tu sois monté au ciel qu' autant que lu en auras fait descendre un livre que nous puissions lire, il répondit : Je ne suis qu'un envoy é chargé cf avertir.

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Dziri. Je laisse à Dieu l’interprétatiôn des versets du Coran qui semblent contredire les miracles de Mahomet.

Cadi. Les Mecquois ne sont pas les seuls contemporains qui aient nié le fait. Parmi les personnages intimes de Mahomet, Moavia^ cinquième kalife, a protesté contre; Aïcha, épouse de prédilection du prophète, a nié qu’il eût découché pendant la nuit en question.

Dziri. Moavia et Aïcha , dont Dieu voit la face, sont des personnages trop élevés pour que je me permette de m’inscrire en faux contre leur témoignage; mais, pour tout concilier, je dirai, avec les musulmans qui l’admettent, que le voyage nocturne consiste en une vision ou en un songe que Dieu a envoyé au prophète. L’intervention divine est la même, comme c’est le même résultat.

Prêtre. Mais alors le merveilleux disparàit : une vision n’est qu’une vision. Il peut se faire que quelqu’un de nous rêve la nuit prochaine quelque chose de plus extraordinaire : serait-il èn droit, pour cela, de sc donner pour thaumaturge ?

Cadi. Le voyage nocturne, considéré comme fait matériel, est une fausseté en opposition avec l’histoire; réduit à l’état de songe, c’est une illusion palpable. C’est une illusion que Séid Mahotnet se soit transporté, même en esprit, au temple de Jérusalem; qu’il y ait prié, qu’il ait admiré la beauté de l’édifice : le temple n’existait plus depuis six cents ans. Ceux qui disent que ce temple, sotVs le nom d’Aesa, Subsiste encore aujourd'hui.

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devraient savoir que la mosquée qui porte ce nom n’a de commun, avec l’ancien temple, que d’avoir été bâtie sur ses ruines par Séid Omar, deuxième kalife, après qu’il eut fait la conquête de Jérusalem. Saladin l’a restaurée plus tard.

Mijphti. Le cadi connaît bien son histoire.

Prêtre. Cependant, Messieurs, il me semble qu’il est fait mention de l’Acsa dans le Coran. N’avez-vous pas quelque part ce passage : « Louange à Dieu, qui a transporté pendant la nuit son serviteur, de l'Oratoire sacré an temple de l’Acsa!»

Dziri. Le babas dit ce «pie j’aurais dû dire. Que Dieu lui soit en aide!

Prêtre. Le Dziri l’a «lit dès son début, mais sans citer le Coran.

Caüi. Le babas convient-il que la mosquée qui porte le nom d’Acsa ait été bâtie par Séid Omar?

Prêtre. C’est le patriarche des chrétiens qui montra au kalife Omar l’emplacement du temple de Salomon.

Cadi. Cela suffit pour montrer que l’Acsa est postérieur à Séid Mahomet, et que le prophète n’a pu visiter ce temple.

Prêtre. Mais encore, comment conciliez-vous l’Acsa bâti par le kalife Omar et l'Acsa dont il est fait mention dans le Coran?

Cadi. I! ne m’est pas permis d’aller plus loin.

Mijphti. Nous devons dire comme le Dziri :

A Dieu appartient le soin de concilier ces «leux choses, qui paraissent inconciliables.

Prêtre. Plaisante manière de raisonner. Mais vous ne parlez pas sérieusement. Messieurs. Si

vous vouliez rendre votre pensée, vous diriez : Le calife Omar, voyant que l’Acsa du Coran était un mot sans objet existant, a bâti l’Acsa de Jérusalem pour donner aux yeux de la postérité une apparence de sens au verset du Coran.

Cadi et Muphti. Nous ne pouvons aller jusque-là.

Prêtre. Mais pouvez-vous vous empêcher de penser ainsi?

Le cadi et le muphti sourient, le Dziri pâlit.

Caiu. Laissons ce point. Le babas a-t-il quelque chose à dire sur le reste de la question?

Prêtre. Oui et non : les raisons que vous avez apportées contre le Dziri, sont si évidentes, que je ne puis entreprendre de les combattre. D'un autre côté, je ne puis me joindre à vous contre lui : j’ai pour principe de prendre le parti des faibles, ou de me taire.

Dziri. Je loue la délicatesse du babas, mais je le prie de la réserver pour d’autres- Grâce à Dieu, je ne suis pas du nombre des faibles .

Prêtre. Je voulais dire des vaincus , car on peut être vaincu, sans être du nombre des faibles.

Dziri. Encore une fois, les ménagements du babas m’offensent. Libre à lui de se joindre à mes contradicteurs. Une opposition de plus ne fera qu’augmenter la gloire de mon triomphe!

Prêtre. Peut-être; mais je n’ose l’espérer.

Voici : Je trouve, moi aussi, que le voyage nocturne, considéré comme fait matériel, est une grande erreur historique ; considéré comme songe,

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une grande illusion; la preuve se trouve dans le récit même du Dziri.

Dziri. Dans mon récit!

Prêtre. Hélas! oui. Comment? Après avoir dit que chaque ciel a une élendue de cinq siècles de marche ordinaire (les sept cieux un million deux cent cinquante et une journées), le Dziri a ajouté qu’arrivé au troisième ciel, Mahomet aperçut un ange dont les yeux étaient séparés par un espace de soixante-dix mille journées de chemin. Comme l’espace entre les yeux de l’homme est approximativement la soixante-dixième partie de la taille de l’individu, vous devez admettre les mêmes proportions chez cet ange, à moins de le supposer un monstre d’irrégularité. Le produit de soixantedix mille journées d’espace entre les deux yeux, multiplié par soixante-dix, égale quatre millions neuf cent mille journées de chemin, constituant la hauteur de cet ange; or, la somme de la hauteur des sept cieux n’est que d’un million deux cent cinquante et un mille; d’où il résulte que nonseulement le troisième ciel est insuffisant pour servir de séjour à l’ange en question, mais que les sept cieux, auraient-ils le double, le triple de l’étendue que vous leur supposez, ne pourraient contenir un pareil hôte.

Le Dziri se lève brusquement, en laissant paraître une grande émotion sur son visage, et passe dans un appartement voisin. Bientôt, parmi les cris des femmes en émoi, on distingue ces mots : Jther, ather! (de l’eau calmante! de l’eau calmante! )

LA CLEF l)t COR Ai,

Le cadi prête une oreille attentive... il a compris , et tient ce monologue : Le Dziri expie sa témérité... Pourquoi affirmer ce que Dieu nie... Préférer aux passages du Corau des faits exhumés de la Sonna'.... Fondement inébranlable! disait-il avec jactance.... Fondement de l’Islam!... Son édifice n’est qu’un colosse informe sur un pied d’argile... D’un doigt j’ai brisé le piédestal, et le colosse a croulé... Jusques à quand... jusques a quand les préjugés des hommes occuperont-ils la place de la vérité?...

La porte s’ouvre. C’est le Dziri. Sa figure est pâle. Après avoir repris sa place : Pardon, Messieurs, dit-il, de vous avoir quittés un instant. Il me semblait entendre du bruit parmi les personnes de la maison. Le maître, vous le savez, a besoin d’avoir l’œil à tout.

Prêtre. Le Dziri a été parfaitement compris.

Il me reste une observation à faire au sujet de cet ange incommensurable. Si vous rapprochez de ce fait cette autre proposition de la Sonna, que Mahomet doit dominer ou domine, par sa taille et sa beauté, toutes les créatures du paradis, il résulte que les sept cieux (et l’espace de plus de trois millions de journées de marche au delà) seraient insuffisants pour contenir même le prophète; ce qui constitue un véritable panmahométismc.

Cadi. H ne resterait plus qu’à supposer la même dimension à chacune des femmes réservées au prophète dans le ciel.

Prêtre. Le cadi tient toujours en réserva quelque bon mot pour rire.

Cadi. Tout le mérite en revient au Dziri; je ne fais que tirer les conséquences de son récit.

Muphti. On comprend alors comment une de ces houris n’aurait qu’à laisser tomber dans la mer une goutte proportionnelle de salive pour tempérer l’amertume des eaux.

Cadi. Voilà donc la valeur du plus vanté de nos miracles : il est contredit par l’histoire; il renferme, comme c’est mathématiquement prouvé, d’énormes contradictions, et conduit à des conséquences ridicules. C’est cependant le miraclé par excellence prêté à Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Par un seul jugez des autres.

Le Dziri , immobile, dans un morne silence, semble appeler la résignation à son secours.

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