LA CI. FJ-' M CUB A N
Cadi. A la sourate Z' Adoration , vous lisez, au sujet du jugement deruier : « On retournera à Dieu, le jour qui égalera en longueur mille ans de ceux que nous passons sur la terre. »
A la sourate les Degrés, il est dit : a Les anges et les esprits iront à lui, ce jour dont la longueur égalera cinquante ' mille ans. Espère donc d’une belle espérance. » La contradiction est frap- * pante, Messieurs.
Secrétaire. Ces versets ne font-ils pas allusion à la longueur moralei, effet de la terreur du jugement?
Muphti. Oui, on peut l’entendre dans. ce sens; mais la contradiction est la même: mille n’est pas cinquante mille; cinquante mille n’est pas mille. D’ailleurs, si la terreur des châtiments doit, prolonger la durée morale pour les pécheurs , la douceur des récompenses doit la diminuer eu raison inverse pour les justes. Or, dans le verset où il est fait mention Aies anges et des esprits qui iront recevoir la récompense, la durée, loin d’être dimir nuée, est portée à quarante-neuf mille ans déplus.
Cadi. Continuons le dernier passage précité:
a Et les cieux furent divisés en sept dans l’espace de deux jours. Nous assignâmes à chacun ses fonctions; nous ornâmes d'astres le ciel le plus rapproché de la terre. Ces astres furent placés comme des sentinelles. Ainsi fait le Tout-Puissant, l’incomparable, le savant. » Je fais mes observations, Messieurs; le ciel le plus rapproché delai terre, c’est celui do la lune (i). Les astres sont
(r) t^tiatre-vingt-quinze mille lieues métriques environ , il n’v a pas sur relie distance cinquante lieues d'incertitude.
placés à des distances immenses. Le plus rappro* ché est à six mille milliards de lieues de la terre* à la même distance de la lune;
Ce verset est donc inconciliable avec l’astronomie; et l’astronomie, comme toute science, vient de Dieu. Le verset qui la contredit porte donc le cachet de l’homme.
Secrétaire. Mais vous savez. Messieurs, vous le savez tous mieux que moi 4 que par le mot astres ou /lambeaux sont désignées les étoiles filantes que nous voyons tomber pendant la nuit. Ces étoiles sont lancées par les anges contre la famille des diables, qui veulent pénétrer dans les forteresses de Dieu (signes du zodiaque) pour y lire les secrets de l’Éternel. Tel est l’enseignement ‘du Coran, sourate la>Pierre : «-Nous avons 1 placé dans le ciel , y est-il «dit, des forteresses que nous avons embellies d’ornements agréables' à .la vue; Nous les protégeons contre tout diable lapidé. Nul ne peut tenter de furtivement écouter les conseils célestes, sans être repoussé par une flamme 'éblouissante. »
Cadi. Le verset que j’ai cité renferme une con* tradietion et une erreur. Le secrétaire ajoute une contradiction à une contradiction, une erreur à ; une erreur: si par flambeaux on veut désigner les constellations du zodiaque, il est faux de dire qu’elles sont placées dans le ciel de la lune? Ces constellations sont, comme nous venons de lé dire, à six mille milliards de lieues de distance de cette planète. Contradiction ajoutée à contradiction. Dire que ces flambeaux, n’importe où ils
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soient placés, ont été créés pour servir aux anges de torches contre les diables lapidés, c’est avancer une chose inadmissible. Ce ne serait que depuis ' •
Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! que les anges jouissent de ce privilège. Jusquelà, les Chitans, embusqués dans les tours du zodiaque, auraient pu ravir à leur gré les secrets de Dieu pour les communiquer aux magiciens et aux prêtres des idoles (i). Pourquoi ces batteries inutilement braquées cinq mille ans à l’avance; tandis que Dieu, quand il veut une chose, n’a qu’à dire : Sois ! et elle est. Erreur ajoutée à une erreur.
Muphti. Puisque vous êtes si peu d’accord dans l’explication de ce passage, j’aime tout autant adopter l’opinion des chrétiens. Je l’ai entendu professer par les savants qui se trouvent au service de notre maître : ils disent que ces étoiles filantes ne sont autre chose que des météores, réunion de gaz enflammés qui se détachent de l’atmosphère. Les chrétiens prouvent leur assertion par la physique, et la physique est une grande science parmi les musulmans.
Cadi. Oui, oui, en physique comme en toute autre science, les chrétiens n’ont appris que ce que nous avons oublié. Nous pouvons dire, en
(i) C’est l'opinion des musulmans. La croyance et le fait, que le règne de Jésus-Clirisl a paralysé la puissance du démon parmi les chrétiens, ont apparemment donné lieu à cette opinion. C’est un petit larcin en faveur de Mahomet, mais si bien embelli, qu'il semble «tonner aux enfants du Coran le droit de légitimes et tranquilles possesseurs.
tonte vérité: L'astronomie et la physique, nos sciences d’autrefois, concourent à démontrer que les versets dont nous nous occupons viennent de l’homme. Passons à d’autres citations.
A la sourate Elkautlar et à la sourate la Fumée , nous lisons que Dieu décrète dans la nuit Elkaudar(i) tout ce qui doit arriver dans le courant de l’année. Gelal-Eddin, expliquant ces passages, dit : «Dans cette nuit est donné tout décret conforme à la sagesse, touchant la vie, touchant la mort des individus et toutes les choses qui doivent arriver jusqu’à la même nuit de l’année suivante. »
Dans la sourate le Fer , Dieu dit : « Il n’arrive rien sur la terre, ni touchant vos personnes, qu’il ne se trouve écrit dans le livre de mes décrets avant d’arriver. » Ce livre des décrets de Dieu n’est autre chose, tout le monde le sait, que la planche bien gardée par les anges , sur laquelle toutes choses sont écrites de toute éternité. Eh! bien, Messieurs, comment concilier ces passages? Si les événements sont décrétés de toute éternité, ils ne le sont pas dans la nuit Elkaudar. S’ils sont décrétés dans la nuit Elkaudar, pourquoi dire qu’ils le sont de toute éternité?
Muphti. Ce que le Coran dit de la nuit Elkaudar se trouve encore contredit par cet autre verset du livre : « Chaque homme , en venant au monde, porte suspendu à son cou un oiseau sur lequel est écrit le sort de l’individu. »
(i) Nom d'une nuit du mois de Ramdnn, pendant laquelle on prétend que le Coran est descendu du ciel.
LA CLEF IHT COBAN,
Ga'DI.i A la sourate* Ai Facile et dans plusieurs autres, il est dit que, juifs, chrétiens, tous ceux qui awront cru en Dieu et au jour dernier et pratiqué le feien, iront au paradis. Toujours conséquent «avec lui-même, Dieu a dit : « N’emploie pas Ja violence eu matière de religion. La vérité se distingue elle-même de l’erreur. Quiconque repousse île culte de Tagout (i) et croit en' Dieu, se tient accroché à une anse solide, qui ne saurait «e briser. »
Ailleurs, il est dit ;*« La seule religion que Dieu approuve, c’est l’Islam... Combattez les infidèles jusqu’à ce qu’ils aient embrassé l’Islam.»
Dieu ne se contredit pas, Messieurs; ces versets révèlent le langage de l'homme.
Secrétairt. C’est surtout ici que nous devons admirer la sagesse de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Au commencement de sa mission, faible, il n’a pas jugé prudent de heurter les juifs ni les chrétiens. Quand il s’est vu en force, il a fait usage des moyens que Dieu lui mettait en main pour porter les peuples à l’unité de ;croyanoe.
Cadi. A la sourate l'Ouverture est établie l'inviolabilité du serment par ces mots solennels : «La main de Dieu est levée au-dessus de la main * de celui qui prête serinent. »
A . la sourate la Défense, au contraire , nous lisons : a O prophète, pourquoi te refuses-tu ce que Dieu a permis? Il vous est licite de délier vos
(i) Nom d’une idole.
serments. » Voilà encore, dans cette contradiction, le cachet de l’homme.
Muphti. Nous savons tous qu’il s'agit ici d’un serment personnel au prophète, serment qu’il avait fait sans l’intention de l’observer.
Secrétaire. Affaire de femmes. Dieu est indul-* gent et miséricordieux. La violation du serment eût été un scandale. Le prophète a feint la dispense ; c’est prudent et sage.
G aui. A la sourate les Conjurés il est dit: « O prophète, nous te permettons d’épouser toutes les femmes à qui tu accorderas une dot ; de plus, toutes les prisonnières qui , par la permission de Dieu : tomberont en ton pouvoir; les filles de tes oncles et de tes tantes paternels et maternels, lesquelles t’ont accompagné dans la fuite de la Mecque à Médine, et toute femme croyante qui donnera son cœur au prophète , si le prophète veut l’accepter. C’est un privilège que nous t’accordons sur les autres croyants.» Hans la même sourate, trois versets plus loin, il est dit : «Il ne t’est pas permis à l’avenir d’épouser d’autres femmes eu outre de celles que tu as, ni d’échanger les tiennes contre d’autres, quand même la beauté de cellesci te plairait. Sont exceptées les esclaves qui tomberont sous ta main. Dieu a l’œil ouvert sur tout. »
La contradiction, Messieurs, révèle le langage de l’homme.
Muphti. Les versets sont trop rapprochés pour que la contradiction passe inaperçue à quiconque n’affecte pas de fermer les yeux. Mais ceci ne dément en rien l’habileté de Séid Mahomet , que la
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bénédiction de Dieu soit sur lui. Il était pressé par les circonstances : les femmes, race pétrie de jalousie, voyant leur nombre indéfiniment s’accroître, éclatent en murmures. Le prophète, pour rétablir la paix dans le harem, s’empresse de dissiper les craintes. De là, les dernières paroles que le eadi vient de nous rapporter. C’est ainsi qu’après s’ètre mis en règle devant le public pour le premier verset, le prophète, pour avoir la paix dans le ménage, a dû le restreindre par le second. Précaution du moment, bien entendu.
Secrétaire. Ce ne pouvait être, en effet, qu’une précaution du moment. Quelle que fût la déférence du prophète pour ses femmes, il ne pouvait renoncer au privilège d’en augmenter le nombre à son gré.
Mwphti. Il serait difficile de faire usage du pieux mensonge avec plus d’intelligence et d’àpropos.